Amine El Mezouaghi : “L’enjeu est de bâtir un environnement numérique accessible, sécurisé et humain”

De la protection des usagers à la simplification des services publics en ligne, Amine El Mezouaghi, récemment nommé à la tête de l’Agence de développement du digital (ADD), détaille les chantiers engagés par le Maroc pour renforcer la confiance numérique.

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De la protection des usagers à la simplification des services publics en ligne, Amine El Mezouaghi, récemment nommé à la tête de l’Agence de développement du digital (ADD), détaille les chantiers engagés par le Maroc pour renforcer la confiance numérique. Crédit: DR

Quels sont les projets phares de l’ADD démontrant l’engagement du Maroc en matière de confiance digitale ? L’engagement du Maroc en faveur de la confiance digitale se traduit par le déploiement de projets structurants portés par l’ensemble des institutions concernées, notamment par l’Agence de développement du digital, bras opérationnel du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration. Ces actions agissent à la fois sur la protection des usagers, le renforcement des compétences et la sécurisation de la relation numérique entre l’administration et les citoyens.

Parmi les initiatives emblématiques figure le chantier national de promotion de la culture digitale de protection des enfants en ligne. Celui-ci vise à encourager des usages responsables et sécurisés du numérique auprès des enfants et des adolescents, tout en accompagnant les parents et les enseignants à travers des ressources pédagogiques, des outils de prévention et des actions de sensibilisation. En agissant en amont des usages, dès le plus jeune âge, cette initiative contribue à ancrer durablement la notion de confiance dans l’écosystème digital.

Autre initiative structurante : la plateforme nationale pour le développement des compétences numériques, destinée au grand public, aux administrations et aux entreprises. Elle propose des parcours de formation couvrant des domaines clés tels que la transformation digitale, la cybersécurité et les technologies émergentes. En renforçant les capacités numériques, cette plateforme favorise l’autonomie des usagers et une appropriation plus confiante des outils digitaux.

L’ADD accompagne également le déploiement de projets orientés vers la simplification et la sécurisation de la relation numérique avec l’administration, notamment à travers la généralisation progressive de solutions e-gov. Ces dispositifs permettent de fluidifier les démarches, de réduire les interactions physiques et de garantir des échanges numériques fiables et traçables, contribuant ainsi à la modernisation de l’action publique.

Pris dans leur ensemble, et au-delà, ces projets traduisent une approche globale de la confiance digitale, qui dépasse la seule dimension technologique pour intégrer la sensibilisation, la montée en compétences et l’amélioration continue des services publics digitaux.

Quelles innovations le Maroc déploie-t-il pour améliorer l’expérience utilisateur dans l’usage des services publics digitaux ?

Le Maroc a engagé une transformation en profondeur de ses services publics digitaux, avec une priorité clairement affichée : améliorer l’expérience utilisateur des citoyens et des entreprises, tout en renforçant la sécurité, la fiabilité et l’efficacité des démarches administratives.

Dans cette dynamique, l’ADD a inscrit, dans sa nouvelle feuille de route à l’horizon 2030, un ensemble de projets prioritaires structurants, orientés vers l’accompagnement de la réinvention des parcours administratifs, la réduction des frictions pour les usagers et la simplification de la relation entre l’administration, les citoyens et les entreprises.

L’un des leviers majeurs de cette transformation est la mise en place d’une plateforme nationale d’interopérabilité, actuellement en revisite. Cette infrastructure permettra aux administrations d’échanger des données de manière sécurisée, traçable et en temps réel. Pour l’usager, cela se traduira concrètement par la réduction des démarches redondantes, la limitation des pièces à fournir et des délais de traitement plus courts.

Par ailleurs, le portail national unifié des services publics, pensé comme un point d’entrée unique, vise à simplifier l’accès à l’information et à rationaliser l’offre de services en ligne. Aujourd’hui disponible dans une version informationnelle, il a vocation, à terme, à devenir pleinement transactionnel et à permettre la réalisation de démarches de bout en bout, sans rupture ni déplacement.

Enfin, au-delà des outils technologiques, l’ADD accorde une importance centrale à la conception de services réellement centrés sur l’usager. La nouvelle offre de valeur adoptée lors de la dernière session de son conseil d’administration intègre pleinement cette dimension, à travers des approches orientées compréhension des besoins, évaluation de la satisfaction et amélioration de l’accessibilité numérique.

Cette dynamique a vocation à évoluer vers un modèle de partenariat 4P, associant le secteur public, le secteur privé et la population, afin de co-construire des services publics digitaux encore plus centrés sur l’usager.

Confiance numérique et inclusion digitale : comment ces deux enjeux s’alimentent-ils mutuellement ?

La confiance digitale et l’inclusion digitale constituent deux piliers indissociables de toute transformation numérique durable. Loin d’être parallèles, ces deux enjeux se renforcent mutuellement dans une dynamique vertueuse, où l’un conditionne la réussite de l’autre.

La confiance favorise d’abord l’inclusion par l’usage. Lorsque les citoyens perçoivent les services digitaux comme fiables, sécurisés et respectueux de leurs données personnelles, ils sont davantage enclins à les adopter. Cette confiance facilite l’appropriation progressive des services en ligne, en particulier pour les publics les plus exposés au risque d’exclusion numérique.

Inversement, l’inclusion renforce la confiance par l’expérience. En rapprochant les services numériques des citoyens, notamment dans les zones rurales ou auprès des populations moins familiarisées avec le digital, les dispositifs d’accompagnement permettent de lever progressivement les barrières liées à l’usage. À travers des initiatives telles que le Relais numérique du citoyen, des espaces d’assistance de proximité, des actions de sensibilisation et des programmes éducatifs, les usagers sont accompagnés pas à pas dans leurs démarches.

Dans cette même logique de proximité et d’inclusion, l’ADD inscrit son action dans une perspective de territorialisation, à travers la création d’antennes régionales, afin de mieux prendre en compte les besoins locaux et d’accompagner le déploiement inclusif des programmes nationaux.

Au croisement de ces deux dynamiques, l’enjeu est de bâtir un environnement numérique accessible, sécurisé et humain, garantissant que la transition digitale bénéficie à tous, sans exclusion, et s’inscrive dans une logique de progrès partagé et durable.