Chambre des représentants : quand une partie des élus renonce à interpeller le gouvernement

 55 députés ont traversé la législature en restant silencieux,  certains d'entre eux n'ont depuis le début de leur mandat jamais fait usage de l’un des principaux outils de contrôle du gouvernement : les questions parlementaires.

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Séance plénière au Parlement le 3 novembre 2025. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

Alors que le Maroc peine à créer des emplois décents, que des millions de citoyens vivent avec un salaire minimal et que nombre d’institutions dont le Parlement accusent un déficit de confiance, certains élus dotés de prérogatives constitutionnelles majeures, choisissent de ne pas activer l’un des outils les plus visibles et les plus structurants du contrôle de l’Exécutif. Sans poser, ou presque, de questions orales ou écrites, ils traversent leur mandat en laissant peu de traces dans cet espace public de confrontation qu’est censé être la première chambre du Parlement.

Ces députés dits « silencieux » n’incarnent pas nécessairement une absence totale d’activité parlementaire : ils peuvent, en théorie, être présents dans d’autres arènes, notamment au sein des commissions. Faute de données consolidées permettant d’évaluer précisément cette dimension, l’analyse se limite ici à un constat circonscrit mais lourd de sens : leur retrait manifeste du contrôle parlementaire par question, pourtant au cœur du fonctionnement démocratique et de la reddition des comptes.

La Constitution de 2011 devait pourtant redonner de la vigueur au Parlement. L’article 100 impose une séance hebdomadaire de questions orales et une séance mensuelle avec le chef du gouvernement. Le règlement intérieur renforce ce mécanisme en instaurant un délai « théorique » maximal de 20 jours pour répondre aux questions écrites. Or, à quelques mois des législatives de 2026, 55 députés, soit près de 14 % de la Chambre des représentants, ont posé moins de 3 questions durant l’ensemble du mandat, et certains… aucune. Un chiffre qui ne traduit pas une absence d’engagement parlementaire dans l’absolu, mais qui révèle un renoncement à un outil précis, central et constitutionnellement consacré du contrôle démocratique.

Une majorité rongée par son propre silence

Cette inertie individuelle s’inscrit dans un contexte institutionnel déjà fragilisé. Officiellement, Aziz Akhannouch a affirmé, le 10 septembre dernier, lors de son grand oral, que le gouvernement avait répondu à 70 % des questions des députés. La réalité contredit fortement ce récit. Les chiffres officiels sont sans appel : sur 39 603 questions posées (15 500 orales et 24 103 écrites), l’Exécutif n’en a traité que 19 892, soit à peine 50,23 %. Pire encore, quatre questions orales sur cinq demeurent sans réponse. Le gouffre entre oral et écrit, entre visibilité publique et efficacité administrative, illustre une vérité plus profonde : même lorsqu’une partie du Parlement joue son rôle, l’exécutif répond de manière très sélective. C’est dans ce contexte que s’inscrit la figure du « député silencieux », symptôme extrême d’un dysfonctionnement plus large.

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