L’ambition est concrète : rapprocher des soins sûrs et modernes des patients, en appui du public, tout en projetant ce savoir-faire à Riyad et Dubaï. Cette stratégie est en droite ligne avec la vision royale qui consiste à faire de la santé un levier de justice sociale et territoriale. Dans cet entretien, le Dr Rochdi Talib explique la méthode, les choix et les garde-fous.
Quel est le sens du plan XXL de 63 cliniques d’ici 2030, selon quels critères choisissez-vous les villes, quelle complémentarité avec le public et quel alignement avec la Coupe du Monde 2030 ?

Nous maillons les 12 régions du Maroc en priorisant les besoins réels : charge en pathologies lourdes, déficit de lits, disponibilité foncière et appui des autorités. Des villes sous-dotées comme Taza, Larache, Al Hoceïma, Khémisset, Fqih Ben Salah ou Tiznit sont ciblées pour éviter l’exode sanitaire.
La télé-expertise et, demain, davantage de télé-chirurgie permettent d’irriguer les régions tout en gardant le patient près de sa famille. Le phasage intègre les exigences de la Coupe du Monde 2030 : urgences, imagerie, traumatologie et capacités de réanimation 24/7 sur les villes hôtes et leurs corridors.
Concrètement, la démarche du groupe est en phase avec l’orientation royale qui place l’amélioration les conditions de vie des citoyens dans les quatre coins du royaume au cœur des priorités nationales, en vue de renforcer la justice sociale et lutter contre les inégalités territoriales.
Comment financez-vous ce déploiement, et quels risques majeurs anticipez-vous, notamment la pénurie de médecins et la fidélisation des talents ?
Nous séparons immobilier et exploitation. Des investisseurs portent les murs. Akdital concentre ses ressources sur les plateaux techniques, les équipes et les systèmes”
Nous séparons immobilier et exploitation. Des investisseurs portent les murs. Akdital concentre ses ressources sur les plateaux techniques, les équipes et les systèmes. Le financement combine fonds propres et dette, avec ouverture possible à des partenaires minoritaires. Les risques clés sont humains et réglementaires.
Nous y répondons par un paiement à l’acte transparent et à temps, l’accès à des technologies de pointe, la recherche clinique, la formation continue via l’Académie Akdital, des dispositifs d’attraction (logement, prime de localité) et la mobilisation de la diaspora.
Comme vous le savez, le Maroc aspire à devenir terre privilégiée d’investissement à l’échelle régionale et internationale, et notre trajectoire est cohérente avec l’objectif de porter la part du privé à deux tiers de l’investissement total d’ici 2035, en faisant levier sur le capital privé pour démultiplier l’impact.
Quelle est la stratégie d’Akdital pour son développement au Moyen-Orient ?
“Nous ciblons deux marchés régulés à forte demande en soins spécialisés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis”
Nous ciblons deux marchés régulés à forte demande en soins spécialisés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. En marge de notre participation au Global Health Exhibition de Riyad nous avons annoncer une nouvelle étape de notre développement international à travers la conclusion de partenariats stratégiques d’envergure en Arabie Saoudite.
Ces projets consistent en la création et l’exploitation, aux côtés de partenaires saoudiens de premier plan, d’un réseau d’hôpitaux multidisciplinaires. À l’horizon 2030, une enveloppe globale d’environ 14 milliards de dirhams, soit environ 1,4 milliard de dollars américains, sera mobilisée dans le cadre de ce plan.
Cette enveloppe sera répartie entre les investissements immobiliers portés par des partenaires (25 %), les dépenses d’exploitation (55 %) et les investissements en équipements et aménagements médicaux (20 %), ces derniers étant financés par AKDITAL et ses partenaires financiers.
Cette expansion participe au rayonnement d’un savoir-faire marocain et s’appuie aussi sur la profondeur des liens historiques entre le Maroc, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Pour Akdital, c’est une étape structurante de sa stratégie internationale, en droite ligne de la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, fondée sur l’excellence et la promotion de la coopération internationale.
Pourquoi avoir créé la Fondation Akdital, et comment élargit-elle concrètement l’accès aux soins, avec quels mécanismes, quels partenaires et quels résultats ?
La Fondation traduit notre engagement social en mécanisme opérationnel. Nous lui versons 1 % du chiffre d’affaires. Les prises en charge se font sur avis d’un comité médical, à partir de dossiers présentés par des associations reconnues et les services sociaux. Priorités : oncologie, cardio-vasculaire, réanimation et chirurgie vitale, y compris pour des patients relevant d’AMO Tadamoun afin d’éviter le renoncement aux soins.
Les actions se font en lien avec les autorités locales et le ministère pour articuler prévention, dépistage et accès aux plateaux techniques. L’ambition est simple : soigner dignement, partout où le besoin est avéré. La Fondation contribue ainsi, à son échelle, à l’objectif national de Couverture Sanitaire Universelle.
Comment définissez-vous l’excellence médicale chez Akdital et comment la garantissez-vous en croissance rapide, avec quels standards et quelles innovations au service du patient ?
L’excellence est mesurable. Nous déployons ISO 9001, 45001 et 14001 et suivons un parcours d’accréditation Qmentum International avec deux pilotes, l’Hôpital Privé de Casablanca et le Centre International d’Oncologie de Casablanca, en vue d’essaimer les protocoles à l’ensemble du réseau. Côté innovation, la chirurgie robotique est opérationnelle, avec première intervention à distance entre Casablanca et Laâyoune grâce à une latence maîtrisée.
Nous entrons dans la médecine 4.0 via des partenariats avec Dassault Systèmes et Long Island University : jumeaux numériques d’organes, analytics biomédicales et personnalisation des traitements, assortis de transferts de compétences et de formation continue. La technologie reste un moyen ; la finalité demeure la sécurité, la précision et l’expérience du patient.
Au-delà de ces standards et innovations, un horizon structure notre action : 2035, cap du Nouveau Modèle de Développement. Dans les faits, notre feuille de route y contribue par la formation, l’attractivité des talents et l’organisation intégrée des parcours, afin que l’excellence clinique se mesure, partout, à l’expérience et à l’issue pour le patient.
Rochdi Talib, d’anesthésiste à PDG : trajectoire entrepreneuriale
Médecin anesthésiste-réanimateur, diplômé de la faculté de médecine de Casablanca, Rochdi Talib a été interne puis attaché dans les hôpitaux de Paris. De 1996 à 2009, il dirige la Clinique Socrate à Casablanca, où il structure l’organisation médicale et opérationnelle.
En 2011, il fonde la Clinique Jerrada Oasis, cumule pratique, direction médicale et gérance, et fait monter en puissance le plateau technique.
En 2017, il crée Akdital Holding, transformée ensuite en société anonyme dont il devient PDG, pour porter un modèle industriel de santé privée fondé sur la spécialisation des pôles, des protocoles harmonisés et des indicateurs de résultats.
