TelQuel : Quelle est la part de responsabilité de l’Etat ou des autorités locales dans la prolifération des actes inciviques ?
Driss Jaydane : Si responsabilité de l’Etat il y a, celle-ci réside moins dans l’absence de lois — elles existent — que dans leur application sélective. La grande question est celle de l’impunité. Un exemple : lorsque des voitures brûlent des feux rouges, ou que des motos roulent sur nos trottoirs, non pas que les agents d’autorité ne les voient pas, ou bien qu’ils les laisseraient faire, mais pour avoir posé la question frontalement : “Pourquoi ne pas les verbaliser ?”, la réponse a été : “Il faudrait ne faire que cela, et nous ne pouvons pas, nous policiers de la circulation, ne faire que cela…”
“L’impunité fissure, un peu chaque jour, les valeurs civiques”
Est-ce à dire que l’Etat, par le truchement de ses agents d’autorité, aurait baissé les bras ? Oui, car peut-être débordé. Non, parce que ce n’est pas concevable. A ce titre, l’impunité — c’est bien de cela qu’il s’agit —, dès lors, produit de l’anomie au quotidien. Cette dernière s’insinue, elle ne donne pas dans le coup d’éclat, non, elle fissure, un peu chaque jour, les valeurs civiques. Autre point, mais il faudrait tout un essai pour tenter d’y répondre : quels sont les bénéfices secondaires que nous tirons à ne pas choisir les valeurs du civisme ? C’est La question, désormais.
