Mettre en relation les meilleurs talents de la diaspora marocaine, africaine et internationale avec des entreprises basées au Maroc, c’est l’objectif de la start-up marocaine Menbita. Créée en juillet 2024 par trois jeunes marocains, Anouar Azelmat, Saad Lemseffer et Omar Douiri, Menbita est à la fois un espace d’échange et de networking, et un “pont” entre les jeunes talents marocains et les grandes entreprises nationales.
En marge d’un événement organisé le 23 juillet dernier à Casablanca, auquel assistait la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah Alaoui, et un an après la création de la start-up, Anouar Azelmat, qui a cofondé Menbita, a accordé un entretien à TelQuel. Il y détaille les perspectives de développement de sa start-up.
TelQuel : Quelles sont les dernières innovations de Menbita pour faciliter le retour des talents marocains de la diaspora ? Quels ont été les résultats de votre dernière conférence en termes de participation et de networking ?
Anouar Azelmat. L’enjeu pour Menbita, depuis sa création il y a un an, est de permettre à tous les Marocains du monde, notamment ceux issus de la diaspora, de candidater pour un retour au Maroc.

Au cours de cet événement, Menbita a présenté une nouvelle technologie, mise au point il y a tout juste un mois. Cette dernière permettra à tous les Marocains, exerçant à l’étranger, de candidater à des postes dans des entreprises au Maroc. À défaut d’aller à la rencontre de ces Marocains dans les différentes parties du globe, nous leur offrons désormais la possibilité de déposer leur CV via notre plateforme. En tant que start-up spécialisée dans le recrutement par l’événementiel, cela prend tout son sens.
Pour ce qui est des résultats de networking en marge de notre dernière conférence, je peux déjà vous dire que plus de 400 personnes étaient présentes, dont plus de 85 % de jeunes diplômés et étudiants, tous à la recherche d’opportunités, avec un besoin en networking toujours insatisfait.
Ils ont eu l’opportunité de suivre la conférence de Mme la ministre, ses précieux conseils, mais aussi de rencontrer des entreprises partenaires présentes, notamment Attijariwafa bank, Les Eaux Minérales d’Oulmès et Briqueterie Chaouia. Des rencontres qui aboutiront potentiellement à des recrutements.
Que répondez-vous aux nombreux internautes qui reprochent — ne serait ce qu’en réaction à l’entretien que vous avez accordé à TelQuel en janvier — le fait de viser les talents et compétences marocains ayant fait leurs études à l’étranger dans les grandes écoles, « marginalisant » ainsi les talents locaux, lauréats de l’université marocaine ? Comment Menbita assure-t-elle l’égalité des chances dans ce contexte ?
Ces inquiétudes sont totalement légitimes. Mais Menbita donne la chance à tous les Marocains, y compris ceux qui travaillent au Maroc. Nous ne faisons que répondre à un besoin grandissant, et surtout non identifié, celui des Marocains du monde de contribuer à l’économie du royaume. Celle d’aujourd’hui et de demain. Ces Marocains ayant fait leurs études à l’étranger ne viennent pas remplacer ceux qui étudient et évoluent localement. Ces deux profils sont complémentaires. Notre Royaume a besoin de tous ses talents y compris ceux de la diaspora.
Pourquoi un Marocain ayant fait ses études à l’étranger aurait-il moins de possibilités que celui ayant évolué au Maroc ? Le principe de l’égalité des chances trouve son fondement dans celui de la méritocratie.
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Quarante candidats sont revenus au Maroc grâce à votre dernier événement organisé à Paris le 15 février (À la rencontre des dirigeants de demain, ndlr). Cela ne sous-tend-t-il pas que quarante candidats locaux ont perdu des places ?
Absolument pas ! D’abord parce que nos talents locaux sont ceux qui contribuent quotidiennement à notre économie. Ils font tourner la machine. Et pour bien l’entretenir, voire l’améliorer, ils ont besoin des expertises des autres. Nos talents formés à l’étranger ont souvent soit des expériences internationales, ô combien utiles pour nos entreprises, soit des formations pointues, sans parler des Marocains nés ailleurs, à qui on ouvre des portes via nos événements.
Si l’on organise des événements au Maroc, c’est aussi pour connecter les locaux avec les internationaux. Il y a tellement de synergies, de complémentarités entre les deux, qu’il serait presque nuisible de les confronter. Enfin, parmi les 40 personnes recrutées, il y a des personnes ayant commencé leurs parcours académiques au sein d’écoles et universités marocaines.
Outre les secteurs de la banque et de la finance, il existe d’autres secteurs émergents, qui commencent à prendre de l’importance en créant des opportunités d’emplois notamment pour les jeunes. Quelle place accordez-vous aux autres secteurs comme les industries culturelles et créatives (ICC), le Gaming, le cinéma… ?
Je vous avoue qu’à l’heure actuelle, notre taille (effectif, ressources…) ne nous permet pas d’élargir le spectre et de viser ainsi plusieurs secteurs d’emploi. Cela dépend également des entreprises clientes.
Sans oublier que la majorité des Marocains à l’étranger ont des formations d’ingénieurs, d’écoles de commerce, de droit…
Donc, pour l’instant, nous restons positionnés sur ce créneau, mais aucune candidature ne sera écartée.
Si demain, nous recevions cinq candidatures autour de l’industrie du cinéma, nous irons à la recherche d’un client dans le même secteur ! Menbita est au service de tous les Marocains.
Un an après le lancement de Menbita, quel bilan dressez-vous du marché de l’emploi marocain ? Quels sont ses principaux défis et comment votre plateforme entend-elle y répondre ?
Il serait naïf de prétendre que le marché de l’emploi, dans son ensemble, est en pleine forme.
En revanche, si l’on se concentre sur la catégorie des cadres et des professions intellectuelles supérieures, force est de constater que la situation y est nettement plus favorable.
“L’essence même de notre contribution réside dans les efforts quotidiens que nous fournissons pour rapatrier nos talents”
Les entreprises connaissent aujourd’hui des taux de croissance élevés, des refontes stratégiques déterminantes et manifestent donc des besoins en recrutement pointus. Cela aura d’ailleurs des retombées positives sur les autres catégories socioprofessionnelles — ce n’est qu’une question de temps.
Pour ce qui est des défis, je vais me permettre de paraphraser Mme la Ministre de l’Économie, à qui l’on a posé la question, et qui a avancé le secteur informel, le décrochage scolaire et l’inadéquation entre les formations académiques et les besoins réels comme principaux défis auxquels le marché de l’emploi fait face aujourd’hui…
L’essence même de notre contribution réside dans les efforts quotidiens que nous fournissons pour rapatrier nos talents.
Nous vendons chaque jour une image d’un écosystème économique marocain encore peu connu afin que nos compatriotes puissent mieux en saisir les enjeux et enfin contribuer pleinement au développement de notre pays.
Notre contribution se traduit donc par l’accompagnement que nous proposons aux entreprises afin de combler leurs besoins en recrutement les plus stratégiques, et jouer ainsi un rôle actif dans leur performance et leur expansion.
