L’association Turāth est encore jeune. Quels sont les projets phares que vous avez déjà menés depuis sa création ?
L’association Turāth est encore très jeune, puisqu’elle n’a que deux ans et demi. Mais on a déjà fait des actions, heureusement, très importantes. Et justement, l’action la plus importante que nous avons réalisée, c’est l’institutionnalisation de ces Journées du patrimoine, où nous sensibilisons les enfants et le public à l’importance du patrimoine de notre ville.
En quoi cette troisième édition des Journées du patrimoine de Marrakech se distingue-t-elle des précédentes ?
Pour cette troisième édition, on a voulu faire des choses plus importantes que l’année dernière. On a multiplié les circuits. L’année dernière, on s’était concentrés sur le circuit de Kzadria, qui regroupait trois monuments emblématiques : le Palais El Badi, le Palais Bahia et les tombeaux saadiens. Cette année, on a créé d’autres circuits autour de la Koutoubia, sachant qu’il y a plusieurs monuments méconnus dans ce secteur, notamment les vestiges de Ksar Lahjar, un monument emblématique datant de l’époque almoravide, mais aussi la grande citerne d’eau, peu connue du public, également datant de la période almoravide.
Vous avez présenté hier votre ouvrage sur la Qoubba Almoravide. Qu’est-ce qui vous a motivée à centrer vos recherches sur ce monument en particulier ?
Concernant la Qoubba Almoravide, depuis que j’ai commencé mes études et mes travaux sur le plan de sauvegarde de la Médina de Marrakech, elle m’a toujours interpellée, suscitant beaucoup de questionnements restés sans réponse. Et c’est pour cela que je parle de “l’énigme” de la Qoubba Almoravide.
J’ai donc mené plusieurs recherches qui m’ont permis d’ouvrir, disons, une nouvelle voie pour les chercheurs, afin de montrer que cette Qoubba Almoravide présente des similitudes avec d’autres Qoubbas dans d’autres villes arabo-musulmanes, généralement situées à l’intérieur de la grande mosquée, dite mosquée gardienne de l’eau. Cette Qoubba, située au cœur de la mosquée, est toujours liée à l’eau, à la grande citerne. Elle reflète donc une relation symbolique entre l’eau, le sacré et l’architecture, que j’ai essayé d’expliquer dans mon livre.
Vous avez inauguré un nouveau circuit consacré à l’eau. Que révèle ce parcours, et quel message souhaitez-vous faire passer à travers lui ?
Nous avons voulu lancer un nouveau circuit, le circuit de l’eau, qui vise à expliquer tout le système hydraulique ancestral. Dans ce circuit, on va découvrir des khettaras. Il y a les khettaras courtes, qui ont permis d’irriguer, par exemple, la palmeraie – nous avons d’ailleurs visité un site emblématique situé dans un parc national de la palmeraie.
Nous avons aussi vu une khettara longue, qui permettait d’amener l’eau potable depuis la montagne jusqu’à la ville, sur environ 40 kilomètres.
Nous avons également découvert un grand bassin monumental, aujourd’hui appelé Sarij Lbger, ainsi qu’un petit musée construit il y a 20 ans, que l’association souhaiterait réaménager. Nous cherchons un sponsor pour le remettre en service, afin de montrer justement ces khettaras souterraines, en reconstituant un petit filet d’eau pour illustrer leur fonctionnement.
C’est un projet que j’avais moi-même porté avec la commune de la Kasbah il y a environ 20 ans. Aujourd’hui, j’espère pouvoir l’intégrer dans les actions de l’association, afin de le relancer et de mettre en lumière l’importance des khettaras, qui devraient également être classées au patrimoine mondial. Il y a beaucoup d’associations qui se battent pour cela.
À l’occasion de la troisième édition des Journées du patrimoine de Marrakech, du 22 au 25 mai, l’association Turāth a organisé une série de visites guidées gratuites à travers la ville, portées par de jeunes étudiants en architecture. Entre jardins, vestiges almoravides et… pic.twitter.com/Q0I9Ytpt3D
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) May 27, 2025
