Casablanca : au forum Crans Montana, l’Alliance des États du Sahel a donné de la voix

Les 25 et 26 avril se tenait à Casablanca le forum Crans Montana, un rendez-vous quarantenaire entre responsables gouvernementaux et décideurs du monde des affaires, visant à renforcer la coopération public-privé. Organisé cette année sur le thème du commerce maritime, l’événement a été le théâtre du retour en grâce des trois pays de l’Alliance des États du Sahel, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, sur la scène du commerce international.

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Les 3 ministres des Affaires étrangères de l'Alliance des Etats du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger). Crédit: Forum Crans Montana

L’invitation qu’il a reçue est “très courageuse”, souligne d’entrée de jeu le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, à la tribune du forum Crans Montana, organisé pour la première fois à Casablanca après cinq éditions à Dakhla. Il n’y a pas si longtemps, en 2023, son pays, mais aussi le Burkina Faso et surtout le Niger, étaient sous la menace d’une invasion militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), soutenue en sous-main par la France. Deux ans plus tôt avait en effet commencé au Sahel une série de putschs, qui a donné naissance entre ces trois pays à l’Alliance des États du Sahel (AES).

Mises au banc de l’Union africaine, parias de la diplomatie internationale et sous la menace constante de groupes terroristes, les trois juntes ont fait preuve de résilience pour se maintenir au pouvoir et faire valoir leur vision souverainiste au reste du continent. Après des mois de silence subi, donc, les chefs de la diplomatie des trois pays ont pris la parole — excepté celui du Burkina Faso, absent de dernière minute. Quel a été leur message au reste du monde ?

Industrialisation et valeur ajoutée

Crans Montana est avant tout un événement qui promeut l’investissement. Dans des pays où des groupes terroristes contrôlent une partie du territoire et menacent directement l’exploitation de ressources, il était primordial pour l’AES de rassurer les investisseurs sur la stabilité de leur organisation. Car s’il est un domaine sur lequel les trois États insistent, c’est la création de biens à forte valeur ajoutée.

Le Burkina Faso est le quatrième producteur d’or en Afrique, et pourtant, vous ne trouverez pas de bijouterie à Ouagadougou”, observe Al Hassan Sienou, le vice-président du patronat burkinabè. Symbole d’un système économique qui maintient ces pays dans un état d’exportateur de matière brute, la situation de l’or se calque aussi sur le coton. Longtemps premier producteur de cette matière première en Afrique, le Burkina Faso n’a jamais développé une filière textile industrielle à plus forte valeur ajoutée.

Autres ressources, même problème au Niger, dont la richesse en pétrole, uranium et minerais pourrait, avec un tissu industriel compétitif, apporter une valeur ajoutée importante aux exportations du pays. En somme, comme beaucoup de pays du continent, les pays de l’AES marquent leur ras-le-bol d’une Afrique réservoir de ressources pour les autres.

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