Vous avez pu analyser l’historique du taux de participation des femmes à l’emploi formel. Quelles conclusions en tirez-vous ?
Au cours des deux dernières années, l’Observatoire a franchi une étape clé en intégrant l’analyse de l’emploi formel selon le genre, grâce à notre partenariat avec la CNSS, la DGI, l’OMPIC, et Bank Al-Maghrib. Cette avancée a mis en évidence de profondes inégalités.
“Entre 2013 et 2018, la part des femmes parmi les salariés a très peu progressé avant de se stabiliser à 33% en 2019”
Entre 2013 et 2018, la part des femmes parmi les salariés a très peu progressé avant de se stabiliser à 33% en 2019. L’écart salarial entre hommes et femmes demeure significatif, avec un salaire moyen de 5296 DH pour les femmes contre 5833 DH pour les hommes.
De plus, près de 60% des salariées perçoivent moins que le SMIG, contre 53% des hommes, révélant un sous-emploi plus marqué chez les femmes. Avec 40% d’emplois occupés par des femmes, la région de Rabat-Salé-Kénitra affiche la plus forte proportion d’emploi féminin au Maroc, suivie de Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (38%).
D’autres régions, comme Beni-Mellal-Khénifra, sont à des proportions bien inférieures à la moyenne nationale. Côté salaires, Casablanca-Settat se démarque par une meilleure rémunération des femmes : 37% d’entre elles gagnent plus de 4000 DH, contre seulement 4 à 21% dans les autres régions.
Comment expliquer la part, encore importante, de femmes dont la rémunération n’atteint pas le SMIG ?
“Tout d’abord, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs où les salaires sont les plus bas, notamment les services à la personne, l’agriculture et le textile”
Tout d’abord, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs où les salaires sont les plus bas, notamment les services à la personne, l’agriculture et le textile, où le travail précaire et informel est fréquent. Ensuite, elles occupent plus souvent des emplois à temps partiel ou intermittents, souvent faute d’alternatives adaptées à leurs contraintes familiales.
Par ailleurs, les écarts de rémunération reflètent aussi des inégalités d’accès aux postes de responsabilité et aux métiers les mieux rémunérés. Enfin, la persistance du travail non déclaré, qui touche davantage les femmes, accentue cette précarité salariale.
Ces constats soulignent l’importance de politiques ciblées pour améliorer l’inclusion des femmes dans des emplois formels et mieux rémunérés.
Comment évaluez-vous l’impact et la persistance du plafond de verre dans le monde entrepreneurial ?
“Cette étude a mis en évidence la faible représentation des femmes à la tête des entreprises. Leur part reste limitée à 15%, une proportion encore plus faible dans les grandes entreprises, avec seulement 12%”
Les femmes entrepreneures font face à de nombreux obstacles qui limitent leur plein potentiel. Pour mieux comprendre ces défis, il était essentiel d’avoir une vision d’ensemble de leur situation.
Nous avons analysé les bases de données des administrations nationales, qui ne comportent cependant pas la dimension genre, et réalisé une analyse portant sur 306 000 entreprises, en identifiant le genre du dirigeant à partir de son prénom, grâce à un algorithme de Machine Learning développé par les équipes de l’Observatoire.

Cette étude a mis en évidence la faible représentation des femmes à la tête des entreprises. Leur part reste limitée à 15%, un taux quasi stable depuis 2020. Cette proportion est encore plus faible dans les grandes entreprises, avec seulement 12%.
L’analyse régionale révèle que même dans les régions les plus développées, telles que Casablanca-Settat (15,6%), Rabat-Salé-Kénitra (16,6%) et Marrakech-Safi (17,6%), où l’on pourrait s’attendre à des taux d’entrepreneuriat féminin plus élevés, la part des femmes entrepreneures dépasse à peine la moyenne nationale.
Notez-vous tout de même une évolution significative de la place des femmes marocaines dans le monde entrepreneurial ?
Des évolutions positives sont effectivement observées en nombre absolu. L’augmentation du nombre total d’entreprises signifie que, même si la proportion reste inchangée, davantage de femmes accèdent à l’entrepreneuriat. Cette progression est notamment soutenue par plusieurs initiatives visant à lever des freins financiers et structurels.
Comme, par exemple, la Stratégie nationale d’inclusion financière, portée par Bank Al-Maghrib et le ministère de l’Économie et des Finances, qui vise à améliorer l’accès des femmes aux services bancaires et au crédit.
En parallèle, la Fondation Marocaine pour l’Éducation Financière (FMEF) s’engage à renforcer les compétences financières des entrepreneures, tandis que Tamwilcom facilite leur accès au financement grâce à des mécanismes de garantie adaptés.
Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment la diversification des secteurs investis par les femmes et la persistance de barrières culturelles et structurelles. Pour accélérer cette dynamique, il est essentiel de renforcer l’accompagnement des entrepreneures, d’encourager leur présence dans des secteurs à forte valeur ajoutée et de promouvoir un écosystème entrepreneurial plus inclusif.
Quelles actions concrètes mène l’Observatoire pour promouvoir l’entreprenariat et le salariat féminin ?
L’OMTPME joue un rôle structurant dans la promotion de l’entrepreneuriat et du salariat féminin. Il produit et diffuse des indicateurs genrés sur la dynamique des entreprises et de l’emploi, permettant ainsi une meilleure compréhension de la place des femmes, facilitant la prise de décision éclairée.
En collaboration avec la Banque Mondiale, nous réalisons actuellement une étude visant à identifier les obstacles entravant l’accès des femmes à l’emploi. Par ailleurs, aux côtés de la BERD et de Bank Al-Maghrib, nous travaillons sur la mise en place d’un tableau de bord pour suivre et analyser l’accès des femmes aux financements, un enjeu majeur pour leur inclusion économique.
Dans le cadre de notre partenariat avec l’Alliance for Financial Inclusion, nous développons des méthodologies avancées et un outil d’intégration de la dimension genre pour affiner l’analyse des données sur les femmes entrepreneures, afin de mieux orienter les politiques publiques en faveur de l’inclusion économique féminine.
Enfin, ces actions s’accompagnent d’un effort de sensibilisation renforcé par la publication d’études thématiques et la participation à des événements nationaux et internationaux dédiés à l’inclusion économique des femmes.
