Maroc/Algérie, le divorce des peuples

Par Réda Dalil

Sans surprise, l’élimination en phase de poules de l’équipe nationale algérienne a provoqué la liesse au Maroc. Les scènes de nos compatriotes fêtant avec la diaspora mauritanienne la contreperformance des Fennecs dans plusieurs villes du royaume n’ont étonné personne. Entre l’Algérie et le Maroc, la rancœur est telle que ce fameux concept de “Khawa Khawa” semble désormais mort et enterré. Pourtant, il y a à peine quelques années, la solidarité sportive entre nos deux pays battait son plein. Il suffit de se rappeler des instants de bonheur collectif qui ont suivi le sacre de la team Belmadi à la CAN de 2019. Le soir du triomphe algérien, les rues marocaines, noires de monde, suintaient d’une joie sincère, symbole d’une fraternité inébranlable entre voisins.

Cinq ans plus tard, cette CAN 2023 aura servi de miroir aux vicissitudes politiques qui maintiennent les relations maroco-algériennes dans l’impasse. Il faut dire que, entretemps, le régime algérien a usé contre nous d’une grosse artillerie propagandiste. Si le soutien historique du régime d’Alger aux séparatistes du Polisario a toujours constitué un point d’achoppement à la reprise de relations sereines entre nos deux pays, les peuples eux parvenaient à s’affranchir des bisbilles de leurs leaders pour conserver un lien solide, affranchi des passions politiques tristes. Or, depuis 2019, le Maroc a opéré un décollage inédit sur le plan diplomatique. La reconnaissance de la marocanité du Sahara par Donald Trump en décembre 2020 a démontré aux généraux algériens que ce dossier, loin de s’enliser dans les sables, était de nature à évoluer en faveur du Maroc.

Le régime algérien s’est alors braqué avec une sévérité sans précédent, ne ratant aucune occasion de fustiger son voisin de l’ouest avec force désinformation et sur fond d’un complotisme sans bornes. Le président Tebboune et les vieux pontes du FLN ont même vu en la diabolisation du Maroc une stratégie de rassemblement national contre un ennemi commun. Une façon de souder les rangs après l’épisode chaotique du Hirak, jamais réellement soldé. Avec la reconnaissance par Israël de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud, l’alibi était tout trouvé : “Les sionistes sont à nos portes”, ont répété les caciques du FLN ; “le Makhzen s’allie aux Israéliens pour déstabiliser l’Algérie”, ont-ils martelé.

A partir de là, tous les délires étaient permis. Le Maroc devenait le réceptacle de théories conspirationnistes alliant le mauvais goût à la mauvaise foi la plus crasse. Nous fûmes même accusés d’être à l’origine des feux de forêt qui ont dévasté une partie du nord algérien à l’été 2021. Lobotomisés par une grossière propagande télévisuelle, beaucoup d’Algériens se sont rangés du côté des fake news manufacturées par leurs élites.

Cahin-caha, hélas, le poison de la haine s’est répandu d’une minorité active pour atteindre des pans entiers de la population. Il importait peu que le roi Mohammed VI multipliât les mains tendues envers Alger, rien n’y fit. Le mal s’était durablement installé, charriant la bêtise et le ridicule. Le ridicule, à l’instar de cette couverture médiatique du parcours des Lions de l’Atlas au Mondial du Qatar. Les chaînes algériennes, dans une entreprise de manipulation orwellienne, ont tout simplement gommé les résultats exceptionnels de notre onze national.

Les assauts des voisins se sont ensuite diffusés massivement aux réseaux sociaux, grâce à des milices numériques déterminées à salir la réputation du Maroc. A cette offensive, les Marocains ont bien entendu riposté, transformant les plateformes numériques en théâtre d’une guerre âpre et sans merci. Seulement, côté marocain, les narratifs, surtout officiels, sont demeurés empreints d’une certaine retenue. Jamais, par exemple, la SNRT n’aurait osé déformer une réalité factuelle pour éclabousser la réputation du voisin (souvent, relater fidèlement les comportements irrationnels des dirigeants algériens suffisait à le faire). Tandis que, de l’autre côté, la véhémence n’a cessé de s’amplifier jusqu’à en arriver à accuser les officiels marocains de tirer les ficelles de l’Union Africaine et de la CAF.

On prête à Fouzi Lek(d)jaâ une force d’influence mondiale tout entière braquée vers un seul but : nuire coûte que coûte à l’Algérie

Réda Dalil

Un homme cristallise cette détestation : Fouzi Lek(d)jaâ. Ce dernier obsède littéralement le régime algérien et ses fantassins numériques. Ainsi prête-t-on au président de la FRMF une force d’influence mondiale tout entière braquée vers un seul but : nuire coûte que coûte à l’Algérie. Une doxa fumeuse qui, malheureusement, s’est enracinée dans l’esprit des citoyens algériens. Au final, qu’avons-nous ? Un peuple algérien chauffé à blanc, un peuple marocain irrité par la violence verbale de ses voisins et deux jeunesses formatées intellectuellement pour se livrer une guerre physique, si tant est que l’occasion se présente. Les esprits en tout cas y sont préparés. Il suffira juste d’une étincelle. Une étincelle qui, l’espère-t-on, ne s’allumera jamais…