Hier, des dizaines de familles se sont présentées devant la grille de l’Académie. Des personnes qui sont venues de Marrakech et d’Ouarzazate pour tenter d’inscrire leurs enfants”. C’est “l’effet” Coupe du Monde, explique ce responsable de l’Académie Mohammed VI. Un effet qui continue à inspirer, surtout après la réception, et la décoration, des Lions de l’Atlas par le roi Mohammed VI, la veille.
“Rien que ce matin, j’ai dû recevoir une quinzaine de demandes d’inscription par mail. Depuis la Coupe du Monde, notre standardiste est au téléphone sans cesse. Ça n’arrête pas…” nous confie notre accompagnateur du jour. Ce dernier a d’ailleurs un agenda chargé, puisque des médias du monde entier s’intéressent désormais à cette Académie qui a formé quatre demi-finalistes de la Coupe du Monde 2022.
Au commencement, une volonté royale
Au commencement de cette Académie, une volonté royale. En mai 2008, la construction d’une Académie Mohammed VI de football (AMF) est annoncée par le souverain. Sur la scène internationale, le football marocain est alors en plein marasme. L’équipe nationale ne s’est pas qualifiée pour une phase finale de Coupe du Monde depuis dix ans. Et devra patienter encore dix ans pour y parvenir. Idem pour les clubs marocains qui ne parviennent pas à s’imposer sur la scène continentale avec un dernier succès décroché par le Raja en 1999.
C’est dans ce contexte que la première pierre de l’édifice est posée par le roi Mohammed VI en janvier 2009 à Sala Al Jadida dans une zone où l’on retrouve désormais l’Université Mohammed VI Polytechnique et l’Université internationale de Rabat, deux autres pôles d’excellence.
L’AMF sort de terre après quelques mois de travaux et un investissement de 140 millions de dirhams, qui n’est pas ponctionné sur le budget de l’Etat, car l’Académie bénéficie du soutien financier royal.
Car contrairement à ce qui a pu être affirmé, l’Académie ne dépend pas de financements étrangers. “L’Académie est intégralement financée par Sa Majesté”, nous indique la communication de l’AMF.
Et en mars 2010, l’Académie ouvre ses portes à 45 enfants âgés de 12 et 13 ans. Mohammed VI vient alors en personne inaugurer son grand projet footballistique. Un déplacement lors duquel il croise un certain Nayef Aguerd : le défenseur des Lions de l’Atlas fait partie des premiers talents repérés par l’AMF. Qui a développé toute une méthodologie pour en dénicher d’autres.

A la recherche de la nouvelle star
Les recrues de l’AMF passent initialement par deux phases de sélection. “Selon les meilleurs formateurs dans le monde du football, il faut dix ans pour former un bon joueur. Ici à Rabat, nous formons les joueurs (à partir de 12 ans) sur une période qui dure généralement six ans. Pour couvrir les quatre années précédentes, nous avons recours aux antennes régionales”, nous explique Tarik El Khazri, responsable de la cellule de recrutement de l’Académie.
Car l’AMF, ce n’est pas qu’un centre d’excellence à Rabat, ce sont aussi 12 antennes situées dans chaque région du royaume et chapeautées par des coachs qui font également office de recruteurs et de dénicheurs de talents à proximité.
Parmi les perles repérées par les antennes régionales de l’AMF, le milieu de terrain Azzeddine Ounahi. Le numéro 8 du Mountakhab a certes effectué ses premiers pas footballistiques au Raja, mais il a poursuivi son parcours junior au sein de l’antenne casablancaise de l’Académie avant de rallier Rabat. Et l’actuel joueur d’Angers (France) a été confronté à un processus beaucoup plus sélectif que celui qui a permis à un Nayef Aguerd d’accéder à l’AMF.
Si la première promotion de l’Académie comptait plus de 40 jeunes footballeurs, les récentes promotions n’en comptent désormais qu’une quinzaine. Et le chiffre pourrait encore baisser à l’avenir. “Notre processus est devenu de plus en plus sélectif, et l’attention que nous accordons au talent est plus important. On pourrait compter 13 jeunes l’an prochain”, nous glisse un responsable.
Les recruteurs de l’AMF sont prêts à tout pour trouver la perle rare. Le tableau de bord de Tarik El Khazri, le responsable du recrutement, qui affiche près de 14 000 kilomètres au compteur rien que pour cette année 2022, peut en attester.
Le football, mais pas que
Car une attention et un soin particuliers sont accordés aux athlètes intégrant l’AMF. Celle-ci compte autant de membres du staff que de footballeurs, qui sont une centaine en tout. Tous poursuivent le même cursus.
Essentiellement, un sport-étude qui consacre 20 heures par semaine sont consacrées aux matières scolaires (contre 30 dans un système “traditionnel”) et 20 heures aux entraînements (sans compter les rencontres disputées par les différentes équipes de l’Académie).

Dix salles de classe accueillent les élèves de l’établissement, qui disposent également d’une salle informatique et d’une salle dédiée à l’apprentissage de langues étrangères pour les accompagner dans leurs études. Une grande partie des élèves de l’Académie choisissent d’ailleurs d’étudier une ou plusieurs langues après avoir décroché leur baccalauréat.
“L’un de nos étudiants est actuellement ingénieur. Un autre poursuit ses études aux États-Unis dans le but d’accéder à la MLS (championnat américain de football, ndlr)”
Ce fut l’option choisie par Ahmed Reda Tagnaouti, troisième gardien des Lions et gardien du Wydad, lors de son passage par l’Académie. Nayef Aguerd, quant à lui, a poursuivi ses études jusqu’à l’obtention d’une licence. “L’un de nos étudiants est actuellement ingénieur. Un autre poursuit ses études aux États-Unis dans le but d’accéder à la MLS (championnat américain de football, ndlr)”, nous informe un membre du staff de l’Académie.
