Théorie de fuite d’un laboratoire chinois : embarras à Pékin après les propos du chef de l’OMS

La Chine paraissait embarrassée ce 31 mars après les propos du patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a demandé de poursuivre l’enquête sur la théorie selon laquelle le Covid-19 aurait pu s’échapper d’un laboratoire chinois.

Par

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, assiste à une conférence de presse quotidienne sur le Covid-19, au siège de l’OMS le 28 février 2020 à Genève. Crédit: Fabrice Coffrini / AFP

Interrogé lors d’un point de presse, Liang Wannian, chef de la délégation de scientifiques chinois qui ont collaboré au rapport des experts désignés par l’OMS sur l’origine du coronavirus, a fait part de son incompréhension à l’égard des propos de Tedros Adhanom Ghebreyesus.

“Je ne comprends pas sa vision des choses parce que c’est un domaine qui nous concerne, nous les scientifiques”, a-t-il confié. Il a par ailleurs jugé prématurée la suggestion du patron de l’OMS d’envoyer une nouvelle mission d’enquête sur place.

Difficulté d’accès aux données

Le chef de l’OMS, longtemps accusé d’être trop complaisant envers Pékin, a créé la surprise mardi 30 mars en demandant des enquêtes supplémentaires sur la théorie selon laquelle le coronavirus aurait pu s’échapper de l’Institut de virologie de Wuhan, la ville du centre de la Chine où le Covid-19 a fait son apparition fin 2019.

Dans leur rapport publié cette semaine, les experts internationaux dépêchés à Wuhan par l’OMS en janvier l’avaient pourtant pratiquement exclue, en jugeant “extrêmement improbable” que le virus provienne d’un laboratoire.

à lire aussi

Même si l’équipe a visité l’Institut de virologie de Wuhan et envisagé l’hypothèse d’un incident de laboratoire, “je ne pense toutefois pas que cette évaluation ait été suffisamment approfondie”, a dit le patron de l’OMS.

Les Américains ont à plusieurs reprises souligné que cette équipe ne comportait pas de spécialiste capable d’évaluer la sécurité des laboratoires. Tedros Adhanom Ghebreyesus a également indiqué que les experts internationaux lui “avaient fait part de leurs difficultés à accéder aux données brutes” pendant leur séjour en Chine.

Une thèse défendue par Trump

La thèse de la fuite de l’Institut de virologie de Wuhan avait été défendue avec force par l’administration américaine sous la présidence de Donald Trump, se fondant sur les informations de ses services de renseignement. La Chine a toujours nié cette possibilité.

Mardi, les États-Unis et 13 pays alliés, dont le Royaume-Uni, Israël et le Canada, ont exprimé leurs “préoccupations” dans une déclaration commune au sujet du rapport de l’OMS, réclamant à la Chine de donner “pleinement accès” à ses données.

L’UE de son côté a pointé du doigt “le démarrage tardif de l’enquête, le retard dans le déploiement des experts (en Chine) et la disponibilité limitée des spécimens et données” remontant aux débuts de la pandémie.

Une “manipulation politique” selon la Chine

Interrogée lors d’un point de presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a accusé Washington de vouloir “manipuler politiquement” un dossier scientifique.

“Cette manipulation ne réussira pas”, a-t-elle averti, appelant les pays signataires de la déclaration à “faire leur examen de conscience”. “Où en est votre combat contre l’épidémie ? Qu’avez-vous fait en matière de coopération internationale ?”, s’est-elle interrogée.

À propos de la théorie de la fuite, elle a répété que le rapport des experts de l’OMS la jugeait improbable. Quant à une nouvelle mission d’enquête sur l’origine du Covid, elle s’est prononcée pour qu’elle se déroule dans d’autres pays.

“Il y a plus de 200 sites biologiques dans le monde, par exemple celui de Fort Detrick”, un laboratoire militaire américain, a déclaré la porte-parole de la diplomatie chinoise. “En cas de besoin, je pense qu’on devrait laisser les scientifiques mener des recherches dans d’autres laboratoires mondiaux”, a-t-elle dit.

article suivant

Réouverture des frontières : pas de recommandation du comité scientifique, selon le ministère de la Santé