Pacte sur la migration de Marrakech : deux ans plus tard, Antonio Guterres veut plus de concret

Adopté en décembre 2018, le Pacte de Marrakech pour des “migrations sûres, ordonnées et régulières” fait l’objet d’un premier rapport d’étape. Si les engagements sont là, les actions concrètes se font encore attendre.

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Les chefs d’Etat africains venus en nombre se sont félicités de la signature du Pacte. Alors que, pour leur part, des ONG estiment que l’Afrique est lésée. Crédit: YASSINE TOUMI/TELQUEL

Deux années après l’adoption du Pacte de Marrakech, l’heure est au bilan. Et pour le secrétaire général des Nations unies, il est temps de passer à l’action et redoubler d’efforts. “Beaucoup plus peut et doit être fait”, a concédé le portugais Antonio Guterres, dans un message filmé, ce 1er décembre. Cet appel aux différents États membres et partenaires non gouvernementaux intervient en marge de la sortie d’un rapport de l’instance internationale, intitulé “De la promesse à l’action : le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières”.

Il s’agit du premier bilan d’étape pour cet engagement qui, tous les deux ans, fait l’objet d’un compte-rendu par le Réseau des Nations unies sur les migrations. Le rapport fait notamment la part belle à une période marquée par la pandémie de Covid-19, qui a eu “sans aucun doute eu une incidence considérable sur la mobilité des êtres humains”.

Sans omettre des lueurs d’espoir, Antonio Guterres entrevoit des façons où “le Pacte prend racine de manière prometteuse”. Et de lister : “Nous avons vu émerger de nouvelles pratiques pour protéger les migrants pendant les bouleversements d’aujourd’hui. Plusieurs pays ont prolongé les permis de séjour et de travail, d’autres ont régularisé le statut des sans-papiers et certains ont recherché des alternatives à la rétention des migrants”.

20 000 noyés en Méditerranée depuis six ans

Adopté le 10 décembre 2018 dans un contexte houleux, le Pacte de Marrakech se veut “une réponse” apportée par et pour les États. Le document de 41 pages fixe 23 objectifs pour “améliorer la coopération en matière de migrations internationales” et lutter contre les “facteurs négatifs et les problèmes structurels qui poussent les gens à quitter leur pays”.

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Selon le Département des affaires économiques et sociales du Secrétariat général de l’ONU, le nombre de migrants internationaux approche les 272 millions. “Les différentes pratiques que les États ont adoptées face aux nombreuses fermetures de frontières et au ralentissement spectaculaire de la mobilité mondiale ont peu à peu révélé toute la pertinence du Pacte mondial”, indique le rapport. “Cependant, dans certains cas, les mesures qui ont été prises ont exacerbé les inégalités existantes et érodé les droits et la dignité des migrants, parfois même au prix de leur vie.

C’est que les migrants continuent de mourir en Méditerranée, le plus souvent dans une indifférence politique grandissante. De nombreuses ONG pointent l’Union européenne du doigt, accusée de barricader ses côtes. D’après le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies, ils seraient 20 000 noyés en Méditerranée depuis six ans. L’étude n’hésite pas à pointer du doigt les États ayant eu à un recours accru à des politiques jugées “discriminatoires”, telles que la détention d’immigrants ou leur expulsion “au mépris de la légalité”. “Cela a été le cas de la Belgique, de l’Espagne, du Japon, du Mexique, de la Norvège et du Royaume-Uni”, appuie le document.

Pour autant, des initiatives d’États signataires sont également évoquées, à l’instar du Cambodge qui a mis en place une politique de dépistage aux frontières doublé d’une quarantaine pour les personnes présentant des symptômes et un suivi des rapatriés. Des pays comme la France, l’Italie, le Portugal et la Zambie ont rempli l’objectif 14, de protection et d’assistances consulaires, en régularisant le statut d’une partie des immigrants sans-papiers.

Mantra

Quid du Maroc ? Dans le rapport, le pays est présenté de manière positive. D’autant que le Royaume s’était engagé à devenir l’un des “champions” du Pacte mondial, en compagnie de treize autres États. Le rapport des Nations unies a ainsi salué la création de l’Observatoire africain des migrations et du développement, “un bon exemple des efforts de collaboration qui sont faits pour favoriser un discours, une politique et une planification fondées sur des faits”. Autrement, dans le volet de l’inclusion sociale et de l’intégration des migrants, Rabat et plusieurs régions sont également mentionnés pour avoir collaboré avec des entités de l’ONU pour fournir une assistance et des services de base aux nationaux comme aux groupes de migrants.

Le Maroc ne ménage aucun effort pour contribuer à la mise en œuvre des objectifs du Pacte mondial pour des Migrations sûres, ordonnées et régulières”, s’est étendu Nasser Bourita, dans un discours prononcé lors d’une réunion de haut-niveau, en marge du lancement du rapport. Le ministre des Affaires étrangères marocain était élu à la co-présidence de la Conférence en 2018.

Fidèle à sa volonté de coopération multilatérale, il a expliqué que la mise en œuvre du pacte de Marrakech doit rester notre “mantra”, à “inscrire et installer dans la durée”. Le tout, en dépit des contextes éphémères qui ne doivent pas faire dévier de l’objectif. “Entre l’adoption du Pacte à Marrakech et le lancement de ce rapport, la pandémie est venue accaparer, largement, l’attention, la mobilisation et les moyens de la communauté internationale”, a-t-il relevé. Et d’assener : “La pandémie passera, mais la migration, elle, restera.”

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