Saaïd Amzazi : “7000 établissements scolaires n’ont pas accès à l’électricité”

Intervenant ce 13 mai à la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication, le ministre de l’Éducation nationale Saaïd Amzazi a livré un bilan de l’ensemble des mesures prises jusqu’à maintenant par son département pour faire face aux conséquences de la pandémie.

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Saïd Amzazi, ministre de l'éducation Crédit: DR

Intervenant ce 13 mai à la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication, le ministre de l’Éducation nationale Saaïd Amzazi a livré un bilan de l’ensemble des mesures prises jusqu’à maintenant par son département pour faire face aux conséquences de la pandémie.

“Je suis content de vous rencontrer après plusieurs reports en raison d’un agenda très chargé lié aux circonstances actuelles. Nous avons construit une relation solide de coopération et de travail qui nous permet de parler en profondeur des sujets qui touchent notre pays. Actuellement, on peut se féliciter du fait que les citoyens soient rassurés au niveau national.”

Front commun

“Aujourd’hui, nous vivons une situation exceptionnelle et nous devons saluer le travail fait par le gouvernement sous la directive de Sa Majesté. La situation épidémiologique est sous contrôle même si des épicentres émergent, et notre pays est un exemple mondial.”

“L’élan de solidarité qu’a connu notre pays est quelque chose dont je suis fier”

“La création du fonds et la solidarité des Marocains me réjouit. L’élan de solidarité qu’a connu notre pays est quelque chose dont je suis fier.”

“Toutes les décisions que nous prenons au ministère sont élaborées en concertation avec le chef du gouvernement, le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Santé. Tous les secteurs dépendent de ces départements aujourd’hui, il y va de la santé de nos concitoyens. Je suis fier de cette coordination.”

Protéger l’école

“Dix millions d’étudiants, d’élèves et de professeurs constituent une masse humaine importante. Notre souci était de protéger leur santé et par conséquent celle de toute la population, vu qu’élèves et professeurs sont en contact avec d’autres personnes, notamment leurs familles au quotidien. Maintenir les cours aurait favorisé la propagation du virus dans le pays.”

“Nous avons décidé de suspendre les cours le 13 mars. Comme vous le déduirez, nous avons bien fait d’anticiper”

“Le Maroc s’est distingué en érigeant la santé des citoyens en priorité nationale. Hamdoullah, nous faisons partie des pays qui ont choisi de protéger la santé malgré les conséquences que cela peut avoir pour des secteurs vitaux comme l’économie.”

“À partir du 2 mars, dès la déclaration du premier cas, nous avons créé des commissions régionales pour que les établissements respectent les mesures préventives. Tout le monde a adhéré à cette sensibilisation.”

“Pendant la semaine qui a précédé la déclaration du premier cas, alors que le Maroc n’en dénombrait que sept sur l’ensemble du territoire, et avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, nous avons décidé de suspendre les cours le 13 mars. Comme vous le déduirez, nous avons bien fait d’anticiper.”

Transition vers l’e-learning

“Nous avions un week-end pour préparer la transition vers l’apprentissage à distance. La principale problématique était la généralisation de ce mode d’apprentissage. Certaines régions n’ont même pas accès à l’électricité. Actuellement, nous étudions des solutions et pensons fournir plus de 7000 établissements scolaires dans le monde rural en énergie solaire pour qu’ils aient accès à l’électricité et à Internet.

“Plusieurs zones rurales n’ont ni 4G ni 2G. Nous avons eu recours à un abonnement satellitaire. Chaque point de réception nous coûte 1400 dirhams. Les frais Internet que nous payons s’élèvent annuellement à 90 millions de dirhams.”

“Plusieurs associations d’enseignants ont pris l’initiative de produire des contenus qui ont été relayés auprès des élèves. Au niveau central, nous avons créé ce qui ressemble à une direction qui suit de près ces initiatives. Aujourd’hui, un service au sein de l’académie est en cours de création.”

Créer du contenu

“La plateforme Tilmidtice comprenait, le premier lundi qui a suivi la suspension des cours en présentiel, près de 600 contenus éducatifs pour tous les niveaux. À midi, nous avons commencé la diffusion sur la chaîne Attaqafya.”

“Je souhaite saluer les professeurs qui ont bénévolement participé et adhéré à notre initiative. Cela a créé une dynamique de coopération”

“Afin de couvrir l’ensemble des programmes de chaque niveau, nous avons alors renforcé les troupes et dispatché les niveaux d’études à des enseignants au niveau de chaque académie. Chaque jour, ils étaient tenus d’enregistrer des leçons qu’ils devaient nous rendre à 19 heures. Je souhaite saluer les professeurs qui ont bénévolement participé et adhéré à notre initiative. Cela a créé une dynamique de coopération.”

“L’OCP nous a fourni des studios pour enregistrer, la SNRT a mis à notre disposition cinq caméramans, la MAP nous en a envoyé deux. Je les remercie pour leur temps et pour leur solidarité.”

“Le lundi d’après, nous avons commencé à diffuser des contenus éducatifs sur toutes les chaînes. Actuellement, on dénombre 6000 contenus éducatifs qui couvrent les programmes de tous les niveaux.”

Égalité des chances

“Il est évident que des disparités entre les élèves se sont manifestées lors de la transition vers l’enseignement à distance. Nous avons enregistré un problème d’interaction et avons demandé aux familles d’encadrer les élèves. Certains élèves peuvent bénéficier de cet encadrement familial si leurs parents sont conscients de l’importance de suivre l’enseignement à distance. Pour d’autres, ce n’est pas le cas.”

“Comment encadrer un élève à distance ? Certains élèves ont l’encadrement de leurs parents, d’autres non”

“Comment encadrer un élève à distance ? Certains élèves ont l’encadrement de leurs parents, d’autres non. Nous avons travaillé avec les maisons d’édition en vue d’élaborer un manuel qui comprend les contenus essentiels de mathématiques, français et arabe, et qui sera distribué gratuitement aux élèves.”

“95 % des classes réelles ont été converties en classes virtuelles. Sur la plateforme Tilmidtice, la moyenne de nombre d’accès est de 600 000 élèves par jour. Au début les élèves étaient curieux, et nous avons enregistré l’accès de plus de 900 000 étudiants.”

“Sur Teams, le nombre d’utilisateurs était faible au début. Aujourd’hui, 83 000 enseignants y ont accès. Nous n’avons pas pu faire ça en dix ans. Pendant très longtemps, le nombre de professeurs sur cette plateforme ne dépassait pas 30 000. Toutefois, le nombre d’élèves sur Teams demeure faible, nous avons enregistré 100 000 accès. Nous nous attendions à plus.”

Enseignants mobilisés

“Les professeurs ne se sont pas contentés des méthodes que nous leur avons proposées, ils ont fait preuve de créativité et ont pensé à des techniques qui leur convenaient. À titre d’exemple, certains ont créé des groupes WhatsApp pour interagir avec les élèves. Nous estimons qu’ils savent ce qui fonctionne pour eux et leurs élèves, et nous n’avons pas cherché à leur imposer les classes virtuelles. Certains font même des lives sur Facebook.”

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“Les professeurs prennent en charge eux-mêmes les coûts relatifs à la connexion. Nous en avons parlé avec le ministre de l’Industrie et il a été très compréhensif. Il a proposé que l’ANRT négocie la gratuité de l’accès aux plateformes éducatives. Les trois grands opérateurs ont accepté immédiatement la proposition.”

“Nous avons rencontré quelques problèmes en quête de cette gratuité. Tilmidtice diffuse les cours en direct à travers YouTube. Il est très compliqué de rendre l’accès à YouTube gratuit vu qu’il est administré par une compagnie étrangère. Nous avons essayé de faire migrer les contenus dans des clouds nationaux, mais nous n’avons pas pu le faire. Actuellement, nous cherchons à faire héberger ces contenus dans les serveurs de Maroc Telecom.”

Se changer les idées

“Nous ne nous sommes pas contentés de produire des contenus uniquement pour les matières essentielles. Nous avons également pensé à des activités extrascolaires vu qu’après un mois de confinement, nous avons remarqué que les élèves ont souffert psychologiquement.”

“Nous avons lancé plusieurs initiatives, notamment des compétitions de poésie, de dessin, de récit. Les académies distribuent alors des prix symboliques pour féliciter les étudiants. Nous avons également ajouté du contenu relatif à l’éducation physique et cela a eu des effets remarquables sur les élèves. Les professeurs de sport ne se sont pas contentés de donner des leçons. Ils ont mis en place un contenu ludique sous forme de coaching.”

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