Relance économique “massive”, gestion de crise et points faibles du Maroc : les vérités de Moncef Derkaoui à la CSMD

Dans une discussion animée par la Commission spéciale sur le modèle de développement, Moncef Derkaoui, directeur au ministère des Finances, a annoncé que le Conseil de veille économique planchait sur un plan de relance “massif” doté de“moyens colossaux”.  

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Le directeur des études et des prévisions financières au Ministère de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'Administration M. Moncef Derkaoui, intervient lors du séminaire sur le système national d'information et de modélisation sous le théme des "Fondements théoriques et enjeux de développement". 21-01-2020-Rabat Crédit: MAP

Le gouvernement aurait-il définitivement tiré un trait sur l’option de l’austérité économique ? C’est ce que semble suggérer une déclaration faite par Moncef Derkaoui, de la direction des études et des prévisions financières au ministère des Finances (DEPF), dans le cadre d’une discussion animée par la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD).

Évoquant les activités du Conseil de veille économique (CVE), au sein duquel son département est représenté, le responsable a déclaré que l’instance présidée par Mohamed Benchaâboun était entrée dans une “nouvelle phase où il est question de préparer un plan de relance massif”. Ce plan devrait disposer, selon Moncef Derkaoui, de “moyens colossaux qui vont être mobilisés pour soutenir le redémarrage et la relance vigoureuse des activités économiques”.

Maximiser l’impact local

Évoquant plus en détail la relance économique ainsi que son financement, Moncef Derkaoui a indiqué que le plan de relance prendrait en compte les trajectoires de reprise progressive des activités selon les secteurs”, précisant que “ce plan peut varier en fonction des entreprises opérant dans le même secteur”. Dans ce sens, le ministre des Finances devrait demander à certains ministres de préparer un plan de relance concernant leur secteur qui sera ensuite mis en cohérence au niveau national.

“Il est hors de question que les impulsions budgétaires se traduisent en importations ou en fuite de devises à l’étranger”

Moncef Derkaoui

S’il a noté que l’État serait capable de “sauver toutes les entreprises”, mais se retrouverait “à terre” s’il le faisait, Moncef Derkaoui a indiqué que les plans de relance envisagés par le département de Mohamed Benchaâboun avaient pour objectif de “maximiser l’impact au niveau local”. “Il est hors de question que les impulsions budgétaires se traduisent en importations ou en fuite de devises à l’étranger”, a martelé le directeur de la DEPF. Ce dernier a également a annoncé que certains programmes d’investissement allaient être revus pour créer un “maximum de valeur ajoutée locale et plus d’emplois”.

Leadership royal, solidarité, agriculture : les atouts

Signalant que cette crise a permis de faire remonter à la surface les “faiblesses et les points forts des sociétés”, le directeur de la DEPF a tenté de livrer sans ambages ses propres conclusions sur la crise économique et sanitaire générée par le coronavirus.

Le responsable a notamment relevé que la crise a permis l’accélération de certaines tendances comme la digitalisation ou encore la réindustrialisation, notamment à travers la production de masques. Évoquant les atouts du royaume dans le cadre de cette lutte sur deux fronts, Moncef Derkaoui a d’abord tenu à évoquer le leadership royal affirmant que l’institution monarchique avait fait les “bons choix” tout en faisant preuve de “réactivité”.

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Le responsable a également estimé que le Maroc avait su anticiper cette crise en lançant, dès 2017, le débat autour du modèle de développement. Autre atout dont dispose le royaume selon Moncef Derkaoui, l’élan de solidarité qui s’est matérialisé depuis le début de la crise du Covid-19 et qui constitue, selon lui, un acquis majeur. La “bonne gouvernance” macroéconomique constitue également, pour le patron de la DEPF, l’une des cartes dont disposait le Maroc pour faire face à cette crise puisqu’elle a permis au décideur de bénéficier d’une marge de manœuvre en termes de dette et de déficit.

Malgré la sécheresse qui frappe actuellement le pays, Moncef Derkaoui a également listé l’agriculture marocaine et le rôle qu’elle joue dans la sécurité alimentaire des Marocains, comme un autre point fort dont dispose le Maroc.

Couverture sociale, inégalités : les faiblesses

Au rang des points faibles listés par Moncef Derkaoui, la gestion du secteur informel. Alors que le CVE, à l’issue de plusieurs jours de réflexion, avait convenu du versement d’une aide à travers trois canaux (les guichets automatiques bancaires [GAB], le réseau d’agences des établissements de paiement, notamment Wafacash, CashPlus et Barid Cash, et les associations de microcrédit), le responsable de la DEPF déplore néanmoins l’absence “d’outils de politique publique pour protéger les emplois et les revenus du secteur informel”.

La pandémie a révélé au grand jour les citoyens vivant au jour le jour

Durant son intervention, Moncef Derkaoui a également estimé que l’État aurait bénéficié de l’existence d’un “système de protection sociale général couvrant les aspects sanitaires, économiques et sociaux”. Une référence, sans doute, au Registre social unique (RSU) qui devait permettre à l’État de cibler les ménages à faible revenu devant bénéficier des programmes d’aides sociales et de soutiens financiers. En projet depuis plusieurs années, ce système n’a toujours pas vu le jour.

Le directeur de la DEPF a par ailleurs relevé que la crise liée au Covid-19 avait été révélatrice des inégalités. La première étant les inégalités de revenu, la pandémie ayant révélé au grand jour les citoyens vivant au jour le jour. Pour Derkaoui, cette crise a également permis de souligner les inégalités des entreprises. Dans un contexte où les plus grandes se sont montrées “solides et résilientes”, le tissu des TPME a été “fragilisé” en raison notamment de problèmes de “liquidités qui vont se transformer en problème de solvabilité”.

L’intervention de Moncef Derkaoui s’inscrivait dans le cadre d’une audience livestreamée par la CSMD durant laquelle sont également intervenus Najy Benhassine, directeur régional MENA à la Banque mondiale, la professeure en immunologie Rajae El Aouad et l’économiste Grigori Lazarev.

La première session de ces audiences en direct s’est tenue le 21 avril. Cette rencontre avait été marquée par la participation de l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, de l’économiste Daniel Cohen, de l’ambassadeur du Maroc en Afrique du Sud Youssef Amrani, de l’ancien diplomate Mohamed Loulichki et du diplomate espagnol Miguel Ángel Moratinos.

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