Tribune : Micro-organisme et macro réformes

Par La Rédaction

Le 15 mars dernier, TelQuel lançait un appel à contributions sur le ressenti, le quotidien ou la vision de la situation chez nos lecteurs. Notre première contributrice est Neyla Belmaachi, étudiante à Sciences Po et Columbia, qui nous livre une réflexion sur comment la crise actuelle pourrait remettre en question l’organisation de nos sociétés.

On apprendra beaucoup de cette crise sanitaire et biologique. Elle nous montre comment chaque nation arme ses infrastructures de moyens efficaces pour gérer une situation de telle ampleur, et quels en sont les points faibles.

Mais c’est surtout la dépendance mondiale des sociétés et des économies qui se reflète dans cette mise en pause des relations internationales. Un micro-organisme peut-être la cause de cette prise de conscience générale, signal d’alerte à nos modèles de développement qui nécessitent d’être réorganisés. Cette crise remet en question nos systèmes d’autosuffisance et comment le principe réaliste de la sécurité nationale se positionne prioritairement au marché libre et à la division internationale du travail.

Un micro-organisme peut-être la cause de cette prise de conscience générale

Le cloisonnement de chaque pays par la fermeture des frontières nous apprend à exploiter nos ressources locales et à en faire bénéficier l’ensemble de la population dans un effort national. Les secteurs agricoles, privés, sanitaires ou publics doivent entrer dans une coordination permettant une dépendance envers soi-même, minimisant les échanges avec le monde. Je suis consciente que cette vision paraît utopique, mais elle devrait être une aspiration pour favoriser le développement national.

Cette crise m’apparaît comme un signe de l’univers demandant un rééquilibrage de tous ses constituants. Elle remet en question notre impact sur l’environnement et notre impuissance, souvent sous-estimée, face aux forces de la nature.

Un choc pour l’ego de certaines nations qui pensaient avoir un contrôle absolu sur le cours du monde à travers leur pouvoir économique

Nos systèmes immunitaires sont vulnérables, des milliers d’individus meurent chaque jour de maladies transmissibles et d’épidémies locales. Cette crise biologique touchant notamment le monde occidental est un choc pour l’ego de certaines nations qui pensaient avoir un contrôle absolu sur le cours du monde à travers leur pouvoir économique.

Et pourtant, c’est bien la première fois que des pays du “Sud” ferment leurs frontières à l’Europe. Je pense que l’économie et la poursuite capitalistes ont pris une place trop importante dans nos vies, la société de consommation est aujourd’hui face à une situation où la pénurie est un risque concret, avec ces supermarchés qui se vident en quelques jours et ces pharmacies qui voient leurs stocks décliner.

Contribuer au bien-être des autres est une manière aussi d’assurer une sécurité pour l’ensemble de la population

C’est une remise à niveau que l’univers demande, que l’on se rapproche de notre état de nature, en essayant de vivre dans la simplicité et de ne consommer que dans le besoin. Je vis dans une société où les excès de la bourgeoisie dépassent toutes les caricatures gargantuesques : ces excès feront un jour exploser le couvercle, au moment où les plus démunis seront privés de denrées par ceux qui en consomment plus que nécessaire. C’est pourquoi la question de la solidarité nationale doit être primordiale en ces temps de crise : contribuer au bien-être des autres est une manière aussi d’assurer une sécurité pour l’ensemble de la population.

L’avidité, c’est bien ce qui nous tuera, pas le virus. Si nous revenons au principe de dépendance internationale, il en est de même pour nos communautés locales : nous sommes dépendants les uns des autres et seule une solidarité entre compatriotes aidera à la guérison des esprits. J’espère que cette crise nous permettra de reconstruire le système international, à chaque pays d’identifier ses failles institutionnelles et aux individus de se rendre compte de leur dynamique de vie et son impact sur notre environnement.

J’espère aussi que les médias travailleront sur la question de l’effet de panique, en limitant leurs flux d’information. Si le nombre de nouvelles que nous recevions chaque jour depuis quelques mois était filtré et limité, je pense que les premiers problèmes liés au coronavirus auraient été mis en exergue de manière plus importante qu’ils ne l’ont été au départ. Parce que nous étions submergés d’informations, le virus apparaissait comme un problème bénin, éloigné de nos régions, bien que nous vivions dans un monde interconnecté.

La gestion de crise n’est pas impossible. J’espère que celle-ci nous donnera les outils pour gérer les prochaines, car le réchauffement climatique croît en courbe exponentielle.

Neyla Belmaachi

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