Sécheresse : les mesures d’urgence annoncées par Akhannouch

La pression sur le secteur agricole, en proie à une sécheresse inédite, a contraint le ministère de l’Agriculture à des premières mesures pour aider les agriculteurs. Au Parlement le 11 mars, Aziz Akhannouch a annoncé une enveloppe de 55 millions de dirhams, une première phase avant un “programme d’urgence plus global”.

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Aziz Akhannouch, le 11 mars au Parlement. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

Des mesures d’urgence pour sauver ce qui peut encore l’être. Alors que de nombreux indicateurs du secteur agricole sont en berne, le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch, a évoqué la mise en place de nouveaux leviers pour parer aux aléas qui menacent la saison agricole marocaine.

Mercredi 11 mars au Parlement et devant les membres de la commission des secteurs sociaux, Aziz Akhannouch a mis l’accent sur la protection du bétail, particulièrement pris en étau du fait des conditions météorologiques. Pour ce faire, il a annoncé l’allocation d’une enveloppe budgétaire de 55 millions de dirhams “dans le cadre d’une première phase”, avec l’orge érigée en “priorité”.

Aziz Akhannouch devant les membres de la commission des secteurs sociaux, le 11 mars.

55 millions de dirhams d’orge seront distribués aux agriculteurs dès les prochains jours”, a poursuivi le ministre, également patron du Rassemblement national des indépendants (RNI). Et de poursuivre : Nous avons également lancé un programme de 2.165.000 quintaux d’orge et une dotation de 11 millions de dirhams d’orge suivra”. Une première mesure pour couvrir les deux prochains mois, avec des appels d’offres “lancés incessamment”.

Une première action qui en annonce d’autres : “Un programme d’urgence plus global sera mis en place comme en 2016, en fonction de l’évolution de la situation”, a-t-il adressé. Mais pour ne pas attendre, nous avons préféré démarrer avec ces mesures.

Une saison blanche et sèche ?

La situation préoccupante du secteur primaire contraint à l’action rapide. Prise en étau entre absence de pluie et des températures anormalement élevées, la campagne 2019-2020 s’annonce aussi morne que la précédente. Les 6,4 % de croissance agricole auxquels s’attendait le Haut-Commissariat au plan (HCP) en début d’année pourraient fortement dégringoler à 0 %, si ce n’est de façon négative comme en 2019 (-4,3 %).

La cause : des températures, en février, supérieures d’en moyenne 6 degrés par rapport aux normales de saisons et une pluviométrie des plus basses. “Nous avons enregistré une baisse de 46 % comparativement à la moyenne des 30 dernières années qui était de 256 mm, a poursuivi Aziz Akhannouch devant les membres de la commission des secteurs sociaux. Cette année, cette moyenne est de 143 mm.

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Conséquences : “Un arrêt de l’irrigation dans les régions de Souss-Massa et N’fis”, a-t-il souligné. Reste que, depuis, le Maroc voit ses agriculteurs sous pression, entre de fortes chutes de rendement dues au ralentissement des cultures, et un bétail dont ils doivent se débarrasser car ils ne peuvent plus le nourrir. À des prix souvent dérisoires. Une baisse de la production du secteur primaire dont les effets se ressentent déjà sur le milieu rural, mis à mal par ces périodes de sécheresse qui s’étendent.

Les ressources présentes dans les différents barrages sont estimées à seulement 1,6 milliard de mètres cubes, avec des retenues des barrages qui ont connu une “baisse significative” depuis 2015-2016 par rapport à la moyenne enregistrée les dix dernières années. De quoi impacter la campagne agricole, bien que Aziz Akhannouch ait rassuré sur l’état des céréales d’automne, “satisfaisant” d’après lui, bien que leur développement reste tributaire des précipitations à venir.

Focus sur l’orge

Une situation délicate qui avait déjà contraint, en septembre, les économistes du Centre marocain de conjoncture à tirer la sonnette d’alarme : “Nous ne pouvons pas avoir deux années de sécheresse successives.” La troisième depuis 2016, qui avait alors vu une production de 34 millions de quintaux de céréales, quand elle a été de 52 millions en 2018-2019.

Le ministre a pu rappeler dans son allocution que le prix du blé, lui, oscillait autour des 3,17 dirhams. Dans ses dernières prévisions sur la production mondiale de blé, publiées courant février, le département agricole américain estimait que la production de blé au Maroc pourrait aussi descendre à 4 millions de tonnes, soit 40 millions de quintaux, en raison des baisses pluviométriques.

Mais c’est surtout l’orge qui a mobilisé l’attention du ministre. Aujourd’hui fixé à 3 dirhams, le prix de l’orge va être revu à la baisse. “L’État va intervenir pour fixer ce prix à 2 dirhamsLes appels d’offres ont commencé pour désigner les entités qui procéderont à la distribution de l’orge en fonction des quantités disponibles. 82 points de vente verront le jour avec des prix fixes et la liste des bénéficiaires. Le transport se destinera aux localités éloignées des aliments au même prix.

Le ministre de l’Agriculture a également évoqué une réunion tenue avec les équipes de la Mamda (Mutuelle agricole marocaine d’assurance) pour supporter les éleveurs et agriculteurs. Des expertises et évaluations ont été annoncées afin d’indemniser de façon plus simplifiée les agriculteurs couverts par l’assurance risques climatiques.

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