À Tétouan, elles réalisent une vidéo contre les violences faites aux femmes

À Tétouan, des femmes se sont inspirées de féministes chiliennes pour réaliser une performance filmée. La vidéo, mise en ligne le 20 janvier, a été largement relayée. Discussion avec l’artiste Khadija Tnana, à l'origine de l'initiative.

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"Nous en avons assez de revendiquer nos droits avec gentillesse", explique Khadija Tnana. Crédit: Capture d'écran

Une dizaine de femmes, les yeux bandés, face caméra, chantent pour revendiquer la liberté de disposer de leur corps et dénoncer les violences sexuelles. La vidéo s’intitule “Dynamique mon corps, ma liberté” et reprend le concept réalisé par le collectif féministe chilien Las Tesis le 25 novembre dernier à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Le cri “Un violador en tu camino” (un violeur sur ta route), a été repris en choeur dans plusieurs pays, dans plusieurs langues, traduit en français par “Le violeur, c’est toi”.

Filmée à Tétouan il y a environ une semaine et publiée sur YouTube lundi 20 janvier, la vidéo a pris une ampleur plus importante que ne l’aurait imaginé l’une des participantes, l’artiste peintre Khadija Tnana. Native de Tétouan, cette universitaire et ancienne élue locale, qui a occupé le poste d’adjointe au maire de Fès, chargée de la culture de 1983 à 1992, aborde régulièrement des thématiques féministes dans son travail.

Dénoncer les violences

L’idée de cette vidéo est de montrer que les femmes font face aux mêmes problématiques partout dans le monde, notamment pour ce qui est des violences sexuelles. Les participantes ont repris cette chanson et y ont ajouté leurs propres revendications, autour de la liberté du corps. 

En plus du fléau du viol, nous avons voulu parler de la manière dont la société nous considère ; comme des citoyens de seconde zone. L’idée était de dire : Qui êtes-vous pour m’empêcher de faire ce que je veux ? Le choix m’appartient, il n’appartient ni aux institutions, ni aux juges, ni à l’État, ni à personne d’autre”, explique Khadija Tnana. Et d’ajouter : “C’est nécessaire. Nous en avons assez de revendiquer avec gentillesse, par écrit… il faut des choses plus marquantes.

“En plus du fléau du viol, nous avons voulu parler de la manière dont la société nous considère : comme des citoyens de seconde zone”

Issues d’un rassemblement d’associations des régions de Tétouan-Tanger et Al-Hoceima, ces féministes entendent lutter pour les droits individuels. Si Khadija Tnana n’est pas impliquée au sein d’une de ces association et a rejoint la dynamique récemment, elles se considère avec elles “en tant qu’artiste et activiste féministe” tout en précisant que “ce sont elles qui organisent le mouvement, entamé à peu près au même moment que le collectif des Hors-la-loi”.

Pour l’artiste, “les hommes doivent être conscients que ça les concerne de la même manière”. Et d’ajouter : “Mais ce qui me touche plus profondément, ce sont les femmes qui, au lieu de passer elles-mêmes à l’action, critiquent gratuitement. La solidarité entre femmes est très importante.”

Coup d’essai

Cette vidéo est le lancement d’un projet qui a vocation à se développer. “Évidemment, l’effet de voix avec 300 ou 500 personnes n’est pas le même qu’avec sept ou huit personnes. Cette vidéo est seulement un lancement, une première étape”, explique Khadija Tnana. “Nous avons prévu d’améliorer les paroles et la chorégraphie. Nous voulions sensibiliser d’abord et observer quelles allaient être les réactions. Nous avons eu beaucoup d’encouragements, mais bien sûr aussi des critiques, ce qui est normal.

L’idée est de réaliser une prochaine vidéo, avec davantage de femmes, “idéalement une centaine”, pour ensuite réaliser une performance dans la rue.

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