Irak : les Etats-Unis tuent le général iranien Qassem Soleimani

Ce 3 janvier, Qassem Soleimani, chef des forces spéciales iraniennes a été abattu dans l’enceinte de l’aéroport de Bagdad lors d’une frappe aérienne menée par les Américains. Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ont grimpé en flèche.

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Le général Qassem Soleimani, en septembre 2016. Crédit: HO/KHAMENEI.IR/AFP

Le général iranien Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak, et un dirigeant pro-iranien ont été tués tôt ce vendredi 3 janvier dans un raid américain à Bagdad, suscitant les appels à la “vengeance” de l’Iran et attisant les craintes d’une “guerre dévastatrice”.

Bombardement américain

Le raid américain a visé, dans une attaque au drone avant l’aube, un convoi de véhicules dans l’enceinte de l’aéroport de Bagdad, tuant au moins neuf personnes au total, selon des responsables des services de sécurité irakiens.

Outre le général Soleimani, l’autre grande figure tuée est Abou Mehdi al-Mouhandis, véritable chef opérationnel du Hachd al-Chaabi et lieutenant du général pour l’Irak depuis des décennies. Tous deux sous sanctions américaines, ils seront enterrés samedi 4 janvier. Alors que trois jours de deuil ont été déclarés en Iran, le Parlement irakien se réunira ce même jour pour déterminer la position du pays à la lumière de ce coup de tonnerre.

Cette frappe a été décidée par le président américain Donald Trump, qui a lui-même donné l’ordre de “tuer” Soleimani, un dirigeant des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, selon le Pentagone.

Pic de tensions

Il s’agit de “la plus importante opération de ‘décapitation’ jamais menée par les États-Unis, plus que celles ayant tué Abou Bakr al-Baghdadi ou Oussama Ben Laden”, les chefs des groupes État islamique (EI) et Al-Qaïda, a déclaré Phillip Smyth, spécialiste américain des groupes chiites armés.

Aussitôt, le président iranien Hassan Rohani a promis que “l’Iran et les autres nations libres de la région” prendraient “leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre”. Téhéran a convoqué le responsable de l’ambassade suisse, qui représente les intérêts américains, pour dénoncer le “terrorisme d’État de l’Amérique”. L’assassinat ciblé de Soleimani va “enclencher une guerre dévastatrice en Irak”, a prédit le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi.

Dans ce contexte, les États-Unis ont appelé leurs ressortissants à quitter l’Irak “immédiatement”, tandis que le leader chiite irakien Moqtada Sadr a réactivé sa milice antiaméricaine, l’Armée du Mehdi, ordonnant à ses combattants de “se tenir prêts”.

Risque de conflit

Depuis des années, Bagdad est prise en étau entre ses deux grands alliés, américain et iranien — eux-mêmes au cœur de tensions grandissantes sur le dossier du nucléaire — et la mort du général Soleimani laisse craindre un conflit ouvert entre les deux pays.

La frappe américaine intervient après l’assaut mardi 31 décembre de l’ambassade américaine à Bagdad par des milliers de partisans du Hachd, une démonstration de force inédite qui a ravivé pour Washington le traumatisme de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979.

Les renseignements américains suivaient Qassem (Soleimani) depuis des années, mais ils n’ont jamais appuyé sur la détente. Lui le savait, mais n’a pas mesuré à quel point ses menaces de créer une autre crise des otages à l’ambassade (à Bagdad) changeraient la vision des choses”, a expliqué à l’AFP Ramzy Mardini, de l’Institut of Peace. “Trump a changé les règles en l’éliminant”, a-t-il ajouté.

Impact international

L’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié de Trump, a menacé l’Iran : “Si vous en voulez plus, vous en aurez plus”. Mais la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a estimé que “l’Amérique — et le monde — ne pouvait se permettre une escalade qui atteindrait un point de non-retour”. Le raid américain va “accroître les tensions”, a jugé Moscou, tandis que Pékin a appelé au “calme”. Damas a dénoncé une “lâche agression américaine”.

Vers 7 heures 40 en temps universel, les cours du pétrole bondissaient en raison des risques de conflit au Moyen-Orient. Des experts craignent aussi un isolement diplomatique de l’Irak, deuxième producteur de l’OPEP, voire des sanctions politiques et économiques contre le pays.

 

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