Qui est Hélène Le Gal, la prochaine ambassadrice de France au Maroc?

Qui est Hélène Le Gal, la prochaine ambassadrice de France au Maroc?

Selon toute vraisemblance, Hélène Le Gal sera la prochaine ambassadrice de France au Maroc. Le profil de cette femme, la première à occuper ce poste, est différent de celui de ses prédécesseurs. Portrait. 

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Youtube/ Ambassade de France en Israël

D’habitude, les ambassadeurs de France au Maroc sont des hommes rodés à l’exercice diplomatique – importance stratégique oblige -, proches des gouvernements de droite, et parfois déjà “amis” du Maroc. Hélène Le Gal n’a que peu à voir avec la description.

À partir du mois de  septembre, cette diplomate, en poste en Israël, devrait diriger la représentation diplomatique française au Maroc. Son profil tranche avec celui de ses prédécesseurs. Et la différence va bien plus loin que la simple question du genre. “Madame Afrique” du mandat Hollande, elle est à l’origine d’un nouveau prisme sur les relations avec la France, voulu par l’ancien chef d’Etat.

Une nomination déjà actée ?

Les bruits de couloir ont pris de la consistance ces derniers jours. Le HuffPost Maroc puis Jeune Afrique annonçaient la nomination d’Hélène Le Gal à la tête de l’ambassade de France à Rabat. “C’est ficelé et déjà acté”, nous confirme une source diplomatique marocaine. Après avoir présenté ses lettres de créance, la diplomate deviendra alors être la première femme à exercer à la tête de cette représentation diplomatique.

Sa nomination est attendue pour fin août, lors de la traditionnelle conférence des ambassadeurs à Paris, rendez-vous annuel de la diplomatie française. Hélène Le Gal, en poste à Tel-Aviv depuis septembre 2016, devrait succéder à Jean-François Girault en poste depuis quatre ans à Rabat.

Si elle n’est pas a priori dans le pré carré du Quai d’Orsay, l’ambassade de France en Israël reste une chancellerie sensible, où la France se veut particulièrement attentive aux développements dans la région. “Un poste difficile, expliquait-elle à Ouest-France, en octobre. La relation entre Israël et la France est toujours sur le fil du rasoir. On est le pays qui les a le plus soutenus. Puis on est passé par une phase de désamour, avant de revenir actuellement à une certaine normalité. On tient à une neutralité entre Israël et la Palestine. Ça provoque des tensions”.

La chaîne israélienne I24 News annonce ce mardi 30 avril qu’Hélène Le Gal a été convoquée par le ministère israélien des Affaires étrangères “suite aux propos tenus, il y a quelques jours par l’ex-ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud”. Peu avare en mots et connu pour son franc-parler, ce dernier avait qualifié Israël “d’État d’apartheid” en raison de la situation des Palestiniens, lors d’un entretien accordé à The Atlantic.

Première femme à de nombreux postes

En Israël, Hélène Le Gal n’est pas arrivée en terre inconnue. Sa nomination avait été accueillie avec satisfaction aux yeux de différents observateurs. Première femme à représenter la France au sein de l’État hébreu, elle avait pu tisser un réseau lors de son précédent passage entre 1994 et 1998, en tant que première secrétaire de l’ambassade.

C’est qu’Hélène Le Gal n’est pas une novice, loin de là. Cette Bretonne d’origine, âgée de 52 ans et diplômée de SciencesPo Paris, a intégré la diplomatie française à Ouagadougou, au Burkina Faso, comme deuxième secrétaire à l’ambassade de France. Un saut dans le grand bain immédiat alors que de coutume, un nouvel arrivant au Quai d’Orsay passe ses premiers mois à Paris. Des premiers pas déterminants pour celle qui reconnait en 2013 au journaliste Éric Fottorino que le continent africain constitue le “fil rouge” de sa carrière.

Et pour cause, suite à ce premier poste, elle travaille ensuite à la direction Afrique du Quai d’Orsay avant de s’envoler pour Tel-Aviv puis Madrid où elle est première secrétaire aux ambassades. En 2009, elle devient consule générale de France au Québec après avoir été conseillère auprès de l’Union européenne puis vice-directrice du département Afrique centrale et orientale au ministère français des Affaires étrangères.

Fibre africaine

Sa nomination comme conseillère pour l’Afrique du président de la République, François Hollande, marquera un tournant dans sa carrière. Rodée au terrain et à la gestion des dossiers politiques, elle est à l’époque en charge de marquer la nouvelle diplomatie que le président socialiste veut impulser aux relations France – Afrique. Dans un bureau mitoyen à celui de l’Élysée qui a, entre autres, vu défiler Jacques Foccart ou Michel de Bonnecorse, sa mission est claire : sonner la fin de la Françafrique, lourde de connotation et aux forts relents coloniaux.

Une fonction qu’Hélène Le Gal résumera en ces mots à France24 : “La Françafrique, c’est une espèce d’institutionnalisation d’un système mafieux de réseaux. Ce n’est pas du tout la manière dont fonctionnent aujourd’hui les relations entre la France et l’Afrique. Il existe des canaux bien identifiés, des ministres, des ambassadeurs, des conseillers qui portent cette relation, font des propositions qui instaurent ce partenariat. Cela ne passe pas par des émissaires officieux”.

Un proche collaborateur d’Hélène Le Gal confie ne garder d’elle “que de bons souvenirs”. Il décrit une personnalité “honnête”, “rigoureuse” et “solide”. Un sentiment visiblement partagé, tant cette proche de la gauche française dispose d’une image de moderniste dans de nombreux milieux africains. Elle reconnait régulièrement son attachement à l’Afrique et aux relations humaines qu’elle a pu nouer dans le continent. Faut-il y voir l’une des raisons déterminantes de sa nomination ?

L’Elysée sous Macron a exprimé une volonté d’inversion des relations avec le continent africain. L’objectif annoncé est de les faire reposer sur une logique continentale. Dans cette configuration, le Maroc entend se positionner comme la figure de proue d’un continent en pleine mutation. De quoi impulser un nouvel élan à la représentation diplomatique de la France au Maroc ? Après le gel des relations en 2013, le temps était  à l’apaisement, dans une ambassade stratégique pour la France du fait des relations et enjeux entre les deux pays. Hélène Le Gal présente, elle, cette fibre africaine et un profil différent de ses prédécesseurs pour donner un nouveau souffle. De quoi rompre avec l’idée “d’une ambassade où il n’y a rien à faire”, comme le soufflait Maurice Couve de Murville à Jacques Morizet, tout juste nommé ambassadeur à Rabat en 1980 ?

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