Potemkine culturel

Par Omar Saghi

On appelait “éléphants blancs” ces gigantesques conglomérats industriels livrés clefs en main aux pays nouvellement indépendants. Cimenteries sans clients, aciéries sans source d’énergie suffisante, centrales thermiques surdimensionnées, leurs carcasses rouillent aujourd’hui dans des clairières tropicales, au fond des déserts ou avalées par l’explosion urbaine. La mégalomanie industrialisante dans les pays du Sud est un mal diagnostiqué et désormais relativement bien traité. Mais il y aura à se demander si l’on n’assiste pas depuis plusieurs décennies déjà à la mise en place d’un autre type d’éléphants blancs”, plus délicats à saisir car désincarnés. Ce sont tous ces appareillages culturels qui se multiplient : festivals, conférences, congrès… et leurs “produits dérivés” : discours sécularistes, premières dames “libérées”, minorités émancipées. A la différence des “éléphants blancs” industriels, qui touchaient tous les Non-alignés, de la Chine au Brésil en passant par l’ex-Zaïre, les “éléphants blancs” culturels ne touchent presqu’exclusivement que les pays musulmans. C’est là que les élites, les régimes politiques, ou une combinaison des deux, cherchent à se dédouaner de ce qu’ils perçoivent comme un défaut anthropologique. Certes, on peut toujours parier sur un effet…

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