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Dans ma bulle

Par Amine Azariz

Non, ceci n’est pas une reprise du morceau de Diam’s. Cette semaine, nous allons parler d’un fléau qui touche les réseaux sociaux qui porte le nom, bien innocent, de « bulles de filtres » – The filters bubble.

Faites l’exercice. Demandez à un ami d’ouvrir son Facebook, YouTube ou de chercher le terme « Maroc » dans l’actualité de Google. Faites de même au même moment et comparez les résultats. Vous serez étonnés de la différence. Une différence loin d’être anecdotique, des fois même choquante… à se demander si vous vivez dans le même pays. Voici le monde où nous vivons aujourd’hui. Un monde personnalisé à l’extrême. Où les nouveaux garde-fous de l’information ne sont plus les journalistes, ne sont même plus des humains, mais sont désormais des Algorithmes.

Les Facebook, Twitter et autre Google de ce monde utilisent des technologies extrêmement sophistiquées pour traquer tous nos faits et gestes. Tous nos likes, nos partages, nos conversations. Toutes les vidéos qu’on regarde, la musique qu’on écoute et les sujets qu’on recherche. Nos déplacements, nos humeurs et nos fréquentations. Tout cela dans un seul objectif : nous comprendre… Nous comprendre pour mieux nous vendre le dernier smartphone à la mode. Et c’est au mieux offrant. Notre attention est littéralement vendue aux enchères. Celui qui paye le plus sera le plus visible. Gadgets, bijoux, voyages, crèmes miracles… tout y passe. Même les idées politiques sont désormais distribuées, sur les réseaux, comme on vendrait du chewing-gum.

Le fameux « si c’est gratuit, c’est vous le produit » prend tout son sens, aujourd’hui plus que jamais.

Révolus sont les jours où il suffisait d’ouvrir Facebook ou Twitter pendant quelques minutes pour « se mettre à jour » sur tout ce qui se passe dans le pays. Pour se retrouver au centre de débats bien enflammés où tout le monde participe. Femmes, hommes, jeunes, vieux, de gauche ou de droite, l’information arrivait de la même manière à tous. Ces places publiques avaient des airs d’Agora de l’ancienne Grèce, un rassemblement social où tous les points de vue étaient les bienvenus. Ceux qui étaient d’accord avec nous, mais aussi et surtout, les autres.

Aujourd’hui, les algorithmes ont pris la relève, ils ne nous présentent plus que ce qui a été personnalisé, spécifiquement, pour nous. On se retrouve alors plus que jamais enfermés dans nos bulles sociales et idéologiques. On ne voit plus que les choses que des machines ont jugés intéressantes pour nous, que les choses que nous avons le plus de chances de liker et presque jamais le reste : ce qui nous dérange, ce qui ne nous ressemble pas, ce qui est important au-delà de nos préférences, ce que nous ne savons pas déjà, ce qui se passe dans le monde au-delà de nos centres d’intérêt. En bref, ce qui nous enrichit.

Ce phénomène, a un nom : la bulle des filtres, ou Filters Bubble. Il a été conceptualisé par le militant Eli Prasier, qui le juge dangereux pour les individus, la société et aussi pour la démocratie. Il le présente comme un fléau qui dénature l’essence même d’Internet. Une technologie née du besoin d’accès universel à l’information, la « même » information pour tous. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les algorithmes nous ont catégorisés et placés dans des cellules, bien confortables, d’isolement intellectuel et culturel dont il est difficile de sortir et même de s’en rendre compte. Eli Prasier dit qu’« un monde construit sur le familier est un monde où il n’y a rien à apprendre… » que le monde virtuel où on vit aujourd’hui « est fait d’auto-propagande, qui nous endoctrine avec nos propres idées ».

Mais alors, qu’est ce qui nous reste à faire pour sortir de nos bulles, libérer nos curiosités et nous reconnecter avec le monde, le vrai ? Paradoxalement… se déconnecter.

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