La deuxième bourgeoisie

Par Omar Saghi

De toutes les erreurs — et elles sont nombreuses — commises par les gouvernements d’alternance (celui de Youssoufi comme celui de Benkirane), la plus nocive fut peut-être leur rendez-vous raté avec ce que les Turcs appellent “la deuxième bourgeoisie”. Cette classe moyenne montante, entravée dans son essor par l’oligarchie d’Istanbul, fit de son alliance avec les islamistes le tremplin de son émergence et, partant, de celui de tout le pays. Si le Maroc peine à faire plus que 4% de croissance annuelle, c’est sans doute à cause de cette incapacité à briser le monopole des grands groupes marocains, locomotives de l’économie du pays certes, mais également barrières discriminantes devant les nouveaux venus du capitalisme national. La Turquie, d’où vient la formule, fut un laboratoire dans les années 1990 : pour que le pays devienne une économie émergente, autrement dit pour qu’il fasse plus de 7% de croissance, régulièrement, année après année, avec résilience et ténacité, malgré les conjonctures et l’hyperinflation, il a fallu ouvrir le monde de l’économie aux classes moyennes, comme la démocratie ouvre le monde de la politique aux masses.

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