Le jour où l'baghrir sera distingué par un site culinaire américain, et produit en série par un industriel occidental, alors nous serons fiers de notre crêpe à trous

Par Réda Allali

Zakaria Boualem, installé depuis des années dans les pages de cet estimable magazine, a eu le loisir d’observer de près les nombreuses convulsions qui ont secoué notre société. Il aurait pu être blasé, le bougre, saturé d’indignations numériques et de gesticulations en tout genre au sujet d’un film, du postérieur d’une chanteuse ou d’un bisou sur Facebook. Pourtant, la dernière saillie collective l’a surpris par son intensité. En cause, un dessin de baghrir figurant dans un manuel scolaire accompagné d’une légende indiquant — justement — qu’il s’agissait de baghrir. Inutile de revenir sur les conséquences terribles de cette audace, il faudrait toute la page pour les mentionner.  Il est facile d’ironiser sur nos indignations sélectives, notre capacité de mobilisation pour effacer cet encas de nos manuels scolaires sans bouger le petit doigt quand on détruit méthodiquement notre école publique. On pourrait aussi gloser à l’infini sur l’étrange attitude qui consiste à vouloir utiliser un mot en arabe classique pour désigner une création locale en privilégiant l’académisme sur la précision. On peut aussi se demander par quel étrange raisonnement on en est arrivé…

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