Publicité mensongère dans les écoles privées : des étudiants témoignent

Suite à notre premier article sur le fléau des publicités mensongères dans les établissements d'enseignement supérieur privés plusieurs étudiants victimes ont souhaité témoigner.

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Photo d'illustration. Crédit : DR

Ouverture d’établissements sans autorisation du ministère, anticipation sur la reconnaissance de l’établissement par l’Etat, utilisations des dénominations d’établissements étrangers… Lundi 18 juin, nous publiions un article sur le fléau des publicités mensongères dans les établissements d’enseignement supérieur privés.

Un phénomène qui, selon Mohamed Tahiri, directeur de l’enseignement supérieur et du développement pédagogique au ministère de l’Education, « existe depuis des années mais a pris plus d’ampleurs ces dernières années », poussant le ministère a publié, le 6 juin dernier, un communiqué pour avertir les professionnels du secteurDe fausses informations sont susceptibles d’induire les étudiants et leurs familles en erreurs. Suite à la publication de notre article, plusieurs d’entre eux nous ont contacté pour nous raconter leur histoire.

Diplôme pas reconnu

En 2010, lorsqu’Aziz*, 26 ans, intègre son école privée d’ingénierie dans la région de Rabat, on lui explique que sa filière lui garantira un diplôme d’ingénieur en TIC reconnu par l’Etat. « C’est aussi ce qui était dit sur les brochures », nous explique-t-il. Il ajoute : « A l’époque il n’y avait rien sur internet, on avait peu de sources pour s’informer. Et surtout je ne faisais pas bien la différence entre tous les termes : accréditation, reconnaissance, autorisation… C’était facile de nous embrouiller ».

Lorsqu’il était en troisième année, l’un de ses camarades de cinquième année tente de s’inscrire en master à l’université et se rend compte que son diplôme n’est, en fait, pas reconnu par l’Etat. « Je n’étais pas considéré comme ingénieur en TIC , mais simplement comme un diplômé BAC +5 », raconte-t-il. Impossible donc pour lui de postuler dans le secteur public ou à un cycle doctoral. « Heureusement que les entreprises privées, ont accepté de m’embaucher », commente, amer, le jeune diplômé.

Ecole non autorisée

Selma*, elle, s’est rendue compte au bout de plusieurs mois d’études que son établissement, qui enseigne le management dans la région de Tanger, n’était pas autorisé à exercer par le ministère. « C’est en postulant pour un stage, que j’ai fait la découverte », nous explique l’étudiante spécialisée dans le marketing et management d’entreprise. Cette dernière explique que l’école affirmait à ses étudiants que plusieurs de ses filières étaient accréditées par le ministère.

« Quand j’ai découvert ça j’étais très en colère. J’ai quitté l’établissement pour en chercher un autre en plein milieu de mon cursus ! », lance-t-elle, plusieurs mois après. La jeune fille a finalement décidé de recommencer à zéro et de s’inscrire dans une autre école privée. « Cette école était bien autorisée et reconnue par l’Etat. J’ai vérifié moi-même auprès du ministère, je ne ferai pas l’erreur une deuxième fois ! », affirme l’étudiante.

Filière pas accréditée

L’histoire d’Abdellah* est la même, ou presque. Cela fait plusieurs années que l’école de commerce et de gestion également située dans le nord du pays dans laquelle il étudie, promet à ses élèves que la formation « sera très bientôt être reconnue ». « Cela fait plusieurs années qu’on nous dit que le dossier a été validé, qu’il n’y a plus qu’à attendre la décision officielle », explique-t-il. Une future reconnaissance que l’école met en avant dans ses campagnes publicitaires. Or, si l’établissement a bien déposé son dossier auprès de la commission nationale qui se charge d’octroyer la reconnaissance aux établissements privés, la CNACES, ce dernier est encore « à l’étude ».

Ce qui signifie que sa reconnaissance n’a pas encore été validée. Lorsque l’étudiant sortira de l’école à la fin de l’année scolaire son diplôme ne sera donc pas reconnu par l’Etat. « Je me suis plaint et certaines personnes m’ont dit que c’était rétroactif alors que c’est faux », lance, agacé, l’étudiant. En effet, même si l’école est reconnue l’année prochaine, le diplôme Abdellah ne le sera pas. Or, pour lui, la reconnaissance était un critère essentiel lors de son choix post-bac. « Plusieurs postes risquent de me passer sous le nez à cause de ça! », se désole d’avance le jeune homme.

*Les prénoms ont été changés

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