Salma Slimani, DG déléguée du zoo de Rabat: « aucun zoo dans le monde n’est rentable » – Telquel.ma

Salma Slimani, DG déléguée du zoo de Rabat : "aucun zoo dans le monde n'est rentable"

Stratégies de réintroduction des espèces, nouvelles naissances, échanges avec les autres zoos... Salma Slimani, directrice déléguée du Jardin zoologique de Rabat, explique la philosophie de cet établissement six ans après sa rénovation.

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Il est 11 heures lorsque nous franchissons, sous un soleil radieux, les portes du Jardin zoologique de Rabat qui déborde d’activité. Et pour cause, des dizaines d’écoliers s’y sont invités pour une immersion qui allie la découverte, l’information, l’éducation environnementale aux instants de détente. Des visites guidées organisées en marge de la journée mondiale de la Terre, célébrée le 22 avril.

« Ce sont des activités qui permettent aux écoliers de découvrir la faune et la flore marocaine et africaine, afin de les amener à prendre conscience de leur environnement et acquérir les connaissances et valeurs nécessaires pour pouvoir agir et être sensibles aux problèmes écologiques présents et futurs« , explique la directrice déléguée du Jardin zoologique de Rabat, qui nous reçoit dans son bureau, au premier étage du bâtiment administratif.

Six ans après la rénovation du Jardin, celle qui dirige à la fois les pôles « Zoologique, vétérinaire et opérations techniques« , et « Stratégie et gestion administrative et financière« , revient avec nous sur le bilan de son activité, la stratégie du zoo pour les naissances, le bien-être des espèces, leur réintroduction dans la nature et les activités proposées pour le public. Entretien.

Telquel.ma : Six ans après la rénovation, quel bilan dressez-vous de l’activité du Jardin zoologique de Rabat ?

Salma Slimani : Je dois rappeler que le concept même du Jardin zoologique a été radicalement changé : il est passé d’une présentation assez classique des animaux dans des cages – comme cela a été le cas dans l’ancien zoo –, à une présentation assez moderne, à l’image de ce qui se fait dans les différents zoos de nouvelle génération.

Il s’agit d’un espace ouvert, entre safari et zoo classique, qui permet ainsi de présenter les animaux dans des habitats qui simulent leurs biotopes d’origine. Le pari est de concilier les besoins des visiteurs en termes de loisirs, de détente et de divertissement, et le bien-être des animaux pour favoriser leur reproduction et leur conservation.

La collection animale s’en est trouvée doublée en l’espace de six ans et cela nous a permis de présenter aux visiteurs une offre diversifiée sur le plan des animaux et aussi sur le plan des services tels que les ateliers d’éducation à l’environnement ou des animations ludiques.

Comment le zoo permet-il le bien-être des espèces ?

D’abord par la conception du zoo qui est constitué de cinq biozones. « La montagne de l’Atlas » présente la faune exclusivement marocaine. Avec la reproduction de deux collines encadrant le circuit des visiteurs, et des saillies rocheuses de 14 mètres de hauteur, on y met l’accent sur la représentation des espèces emblématiques du Maroc telles que le Lion de l’Atlas, le mouflon à manchettes et le singe magot.

Addax. Crédit : cuatrok77/flickr

Addax. Crédit : cuatrok77/flickr

« Le désert » présente différentes espèces d’antilopes sahariennes comme l’oryx, l’addax et les gazelles, avec une attention particulière accordée aux espèces menacées de disparition comme l’autruche à cou rouge et les varans du désert.

« La savane » est située au centre du site et constitue une des principales attractions du zoo. C’est là où les visiteurs pourront découvrir les lions, les girafes, les rhinocéros blancs, les élans du cap d’autruches d’Afrique et les babouins.

Babouins. Crédit : Frédéric BISSON/Flickr

Babouins. Crédit : Frédéric BISSON/Flickr

Dans les « zones humides« , les visiteurs pourront se retrouver, à travers une baie vitrée, devant des hippopotames et crocodiles sous l’eau.

« La forêt tropicale » offre au public l’occasion de voir de près le mandrill, le tragélaphe rayé, des lémuriens, des espèces d’oiseaux dans une grande volière, le potamochère roux ou encore le chimpanzé.

Outre les visites, que propose le Jardin zoologique au public ? 

L’éducation à l’environnement est l’une des missions essentielles que s’est données le Jardin zoologique de Rabat après sa rénovation. Nous nous adressons à un jeune public pour lui permettre de découvrir de près le patrimoine animal du Maroc et de l’Afrique en tant que zoo 100 % africain qui présente que la faune et les espèces africaines, en particulier les plus menacées.

Les ateliers pédagogiques et les autres ateliers créatifs qui s’adressent aux groupes scolaires et aux écoles apportent un complément pratique aux notions théoriques que les élèves reçoivent en classe.

Par exemple, à la ferme pédagogique, les écoliers ont la possibilité d’être en contact avec les espèces de la ferme et de découvrir le circuit de production de certains produits comme le lait, le miel ou la laine.

Par ailleurs, le parcours muséographique ouvert en 2016 est un espace qui permet d’enrichir les connaissances et de donner un aperçu de l’histoire des espèces animales qui ont vécu pendant la préhistoire et les menaces qui ont mené à leur disparition.

Nous projetons également d’ouvrir cette année un vivarium qui sera consacré aux espèces africaines de reptiles afin de montrer la richesse du patrimoine animalier africain.

Le Jardin zoologique de Rabat œuvre-t-il pour la réintroduction des espèces dans leur milieu naturel ?

Bien entendu, la recherche scientifique, mais aussi la conservation des espèces sont, rappelons-le, deux axes fondamentaux dans la mission de la nouvelle génération des zoos à travers le monde. Ceci dit, nous avons un programme qui concerne 22 espèces menacées d’extinction, pour leur reproduction et leur conservation.

Gazelle Dorcas. Crédit : Marie Hale/Flickr

Gazelle Dorcas. Crédit : Marie Hale/Flickr

Pour quelques cas où cette action est possible, nous faisons des réintroductions des espèces dans leurs habitats d’origine comme c’est le cas pour les antilopes sahariennes.

À titre de rappel, nous avons contribué ces dernières années, à la réintroduction des gazelles dorcas et des addax dans le sud du Maroc – des espèces qui ont disparu de leurs milieux naturels et qui sont maintenant de retour grâce aux actions du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification et d’autres associations auquel nous contribuons.

La rénovation s’est-elle accompagnée d’un flux de visiteurs ?

Depuis l’ouverture, nous comptons environ quatre millions de visiteurs, les familles et les étudiants en grande partie. Mais nous accueillons aussi plusieurs touristes qui viennent découvrir l’espace dans son nouvel aménagement. Nous avons également renouvelé quelques représentations pour permettre une diversification de l’offre, avec des naissances et de nouvelles acquisitions, etc.

Combien d’espèces compte le zoo ?

Lémur Catta de Madagascar. Crédit: Richard/Flickr

Lémur Catta de Madagascar. Crédit : Richard/Flickr

Le chiffre avoisine les 190 espèces (près de 1.800 animaux), exclusivement africaines, dont plus de 50 % n’existent plus dans leur habitat naturel, ou sont en danger d’extinction…

Si vous prenez l’exemple des Lémur Catta, dont on vient d’avoir des naissances pendant ce printemps, ce sont des animaux dont le statut sur la liste de l’UICN a été changé en 2012. Cette espèce est passée de la catégorie « pas menacée » à la partie « en danger ». Et cette liste change continuellement.

L’activité du Jardin zoologique de Rabat est-elle rentable ?

Aucun zoo dans le monde n’est rentable. Ils sont souvent appuyés financièrement par des mécénats et des subventions étatiques. Pour le cas du Jardin zoologique de Rabat, les charges excèdent de loin nos recettes qui proviennent exclusivement de la vente des tickets. Ce gap est atténué par l’appui financier de nos parrains, et des entreprises citoyennes, qui contribuent à notre programme de conservation.

À combien s’élèvent les nouvelles naissances ?

Les naissances s’inscrivent dans le cadre d’un plan de gestion de la collection animale. Cette année, nous avons eu des naissances, notamment des lions de l’Atlas, qui est l’espèce-emblème de tout le zoo, de Lémur Catta, de Mouflons à manchettes qui est une espèce endémique du Maroc.

Lion de l'Atlas. Crédit : Michel Ethève/Flickr

Lion de l’Atlas. Crédit : Michel Ethève/Flickr

En bref, nous avions eu un nombre de naissances avoisinant les 200, avec un focus particulier sur les lions de l’Atlas.

L’objectif est à la fois d’enrichir et de préserver la collection des lions et en même temps de répondre à la demande des visiteurs. Il va sans dire que la naissance de lions de l’Atlas est toujours un événement très agréable aussi bien pour les enfants que pour les grands ainsi qu’un moment d’émotion pour le personnel du zoo.

Comment protégez-vous les espèces disparues au Maroc ou menacées d’extinction ?

En plus du plan de gestion de la collection animale, le zoo a élaboré une stratégie de conservation, qui fixe le cap en matière de reproduction et de réintroduction. Pour les espèces disparues ou menacées de disparition, cela leur permet de bénéficier d’un suivi vétérinaire et zoologique qui assure leur survie, leur préservation des menaces qu’elles peuvent rencontrer dans la nature, et leur conservation ex-situ.

Ces collections sont soit destinées à des opérations de réintégration, soit dans certains cas, à des opérations d’échanges avec d’autres zoos à l’échelle internationale – des zoos qui œuvrent pour la réintroduction de ces animaux dans leur milieu d’origine et leur lâcher dans la nature.

Comment s’organisent ces opérations d’échange avec les zoos internationaux ? 

Les opérations d’acquisition d’animaux se font dans le cadre de nos accords de coopération avec les zoos partenaires en Afrique, en Europe ou au Moyen-Orient. Notre stratégie, qu’elle soit nationale ou internationale, repose sur des relations de confiance et de partenariat avec différentes institutions zoologiques reconnues comme le zoo d’Al Ain aux Émirats Arabes Unis, le Muséum national d’histoire naturelle de Paris ou celui de New York.

L’ouverture à l’international nous permet de disposer d’une plateforme d’échange d’informations, d’expertises et bien évidemment d’échange de collections animales.

Les clichés d’un lion blanc et des chats de sable ont inondé la toile. Parlez-nous de ces deux expériences…

Lion blanc. Crédit : Rabatzoo.ma

Lion blanc. Crédit : Rabatzoo.ma

Ce sont deux sujets différents. Nous avons reçu récemment un lion blanc qui, contrairement à ce qu’on a pu lire dans les réseaux sociaux, n’est pas un albinos. C’est une espèce qui a subi une mutation génétique et qui est devenue blanche. Nous avions le plaisir de l’accueillir ici, pour permettre au public de découvrir cette espèce rare, africaine aux spécificités différentes des lions de l’Atlas qu’on s’est habitués à voir.

Pour ce qui est des chats de sable, nous avons mené une étude avec Panthera, une institution internationale de recherche sur les félins de par le monde. L’expérience a été menée cette année dans le sud du Maroc, au niveau de Dakhla, pour pouvoir observer les chats de sable qui, pour nous, avaient disparu.

Crédit: Capture d'écran/DR

Crédit : Capture d’écran/DR

Avec les experts, nous avons pu observer pour la première fois au Maroc, et procéder à prendre des clichés de chats de sable pour découvrir leur mouvement et leur comportement dans la nature. Nous avons pu filmer également les mouvements des chatons de sable, une vidéo sera bientôt publiée.

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