Narjiss Nejjar, directrice de la Cinémathèque marocaine : "l’art ne peut plus être le parent pauvre d’un pays riche en créateurs."

Bâtie il y a plus de 20 ans par le réalisateur marocain Souhail Ben Barka, la Cinémathèque marocaine était une coquille vide au sein du Centre cinématographique marocain (CCM) ne disposant ni d'une direction ni d'un budget. Un problème désormais résolu avec la nomination de la réalisatrice Narjiss Nejjar à la tête de cette institution qui bénéficiera désormais d'un budget à part entière pris en charge par les ministères des Finances, et de la Culture, mais aussi le Centre cinématographique marocain. Dans cet entretien, la directrice de cette institution évoque ses ambitions.

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Narjiss Nejjar. (c) DR

Telquel.ma : Vous avez été nommée à la tête de la cinémathèque. Comment appréhendez-vous votre mission ?

Narjiss Nejjar : C’est un projet que j’ambitionne de mettre en œuvre depuis de nombreuses années. Il se trouve que M. Sarim Fassi-Fihri (directeur du CCM, NDLR)  avait également comme ambition de relancer la cinémathèque marocaine. Nous travaillons donc dans une parfaite communion d’esprit. Souhail Ben Barka en a bâti les murs il y a plus de 20 ans, il faut désormais que la cinémathèque dispose de contenu et je compte bien m’y atteler.

La cinémathèque nationale est aujourd’hui une structure fantôme. Comment la réactiver ?

Les cinémathèques à travers le monde sont presque toutes nées sous l’impulsion de cinéastes. Ma passion pour la culture dans son acception la plus large et le cinéma en particulier motive cet élan et nourrit mon désir d’en faire une institution de référence sur le continent africain.

Je ne cesserai de marteler qu’il n’est plus question que l’on soit perçu comme un tiers monde intellectuel. Nous pouvons être fiers de nos penseurs, nos chercheurs, nos artistes et tous ceux qui croient avec force qu’un pays se construit à force de volonté, et non de dénigrement. Essayer c’est déjà une portion du chemin et souvent la plus importante. J’aime cette phrase de Saint-Exupéry qui dit « Ce qui sauve, c’est de faire un pas…et encore un pas », car elle fait sens.

Avez-vous déjà commencé à élaborer une feuille de route ? Et quelles sont vos priorités ?

Ma mission prioritaire est l’éducation par l’image. Notre jeunesse a besoin d’horizon. Je veux que l’on rêve en grand, que l’on pense en grand, et que l’on agisse en grand. Demain est une géographie des possibles pour le Maroc, à condition que les instances gouvernementales placent la culture au cœur de leurs enjeux majeurs. Inviter le monde sur nos écrans et s’inviter sur les écrans du monde, voilà mon cheval de bataille.

Quels sont les moyens humains et financiers qui vous sont alloués pour mener à bien votre mission ?

Une étude prospective est en cours afin d’établir un budget. Il n’en demeure pas moins que l’acquisition des œuvres est liée au paiement des droits, et c’est loin d’être une mince affaire. D’où ma relance incessante. L’objectif est qu’une réelle prise de conscience s’accompagne vite de mesures. Il est temps d’agir et d’être considéré. L’art ne peut plus être le parent pauvre d’un pays riche en créateurs. Des créateurs célébrés ailleurs  sont peu reconnus ici. Je veux faire démentir l’adage selon lequel « nul n’est prophète en son pays » !

Avez-vous une idée sur le début des activités de la cinémathèque ?

Le bâtiment abritant la cinémathèque fera l’objet de travaux de rénovation prochainement. Mais mon vœu le plus cher serait une fondation qui prenne ses quartiers dans un bâtiment du patrimoine. Nous envisageons également à moyen terme de créer des entités culturelles régionales afin que les œuvres fondatrices du cinéma soient vues par le plus grand nombre. C’est un pari que nous pouvons réussir… seulement si nous sommes solitaires.

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