Cette décision constitue une attaque frontale contre l’un des piliers de la politique industrielle marocaine : le soutien ciblé à l’investissement productif dans les secteurs stratégiques, au cœur du nouveau modèle de développement et de la vision royale en matière d’émergence économique.
Une décision injustifiée, politiquement lourde et juridiquement contestable
Derrière l’apparente technicité du texte se cache un grave précédent. La Commission prétend que le Maroc aurait accordé des subventions « déloyales » à deux producteurs opérant dans les zones industrielles d’accélération, à travers des incitations fiscales et des appuis logistiques… c’est-à-dire exactement ce que tous les pays émergents font, avec l’encouragement même des institutions internationales.

Les mécanismes visés – exonérations de TVA et de droits de douane dans les zones industrielles, formation professionnelle, aides à l’investissement via le Fonds Hassan II ou le FDII – sont parfaitement légitimes et structurants pour l’attractivité du territoire. Ce sont les mêmes instruments que l’Union européenne promeut via ses agences de développement régionales, de la Pologne au Portugal.
Pire encore, l’UE ose invoquer des règles de l’OMC qu’elle interprète à sa guise, tout en piétinant l’Accord d’association Maroc-UE, qui garantit la libre circulation des produits industriels sans nouveaux droits de douane. L’imposition unilatérale de droits compensateurs va à l’encontre de l’esprit comme de la lettre de cet accord, notamment de ses articles 8 et 9
Un signal désastreux pour les investisseurs et les partenaires internationaux
Le Maroc a fait le choix, stratégique, de devenir une plateforme industrielle africaine, euro-compatible, et orientée vers l’investissement productif. En ciblant les entreprises installées dans les zones industrielles marocaines, la Commission européenne sape les fondements mêmes du dispositif d’attractivité du Royaume.
Comment attirer de nouveaux investisseurs si, demain, une entreprise installée au Maroc voit ses exportations vers l’Europe pénalisées simplement pour avoir bénéficié d’un appui public ? Et quelle confiance accorder à nos partenariats dits stratégiques si, au moindre succès industriel marocain, l’Union européenne choisit la voie des sanctions plutôt que celle de la coopération ?
Une politique à double standard : ce que l’Europe se permet chez elle, elle le condamne chez les autres
Il est difficile de ne pas voir dans cette décision un deux poids deux mesures insupportable. L’Europe finance, via ses fonds régionaux, des subventions à l’industrie automobile dans ses pays membres. Elle subventionne massivement ses secteurs stratégiques à travers le Green Deal ou les plans de relance post-COVID. Et elle dépense des milliards d’euros en aides publiques pour relocaliser ses industries.
Mais lorsque le Maroc, à juste titre, soutient le développement de son tissu industriel pour créer des emplois, renforcer ses exportations et offrir des perspectives à sa jeunesse, on l’accuse de fausser la concurrence. Ce cynisme n’est pas seulement choquant ; il est dangereux pour la stabilité du partenariat euro-marocain.
Une riposte diplomatique et stratégique s’impose
Face à une telle injustice, le silence n’est plus une option. Le Maroc doit porter ce dossier au plus haut niveau politique, diplomatique et multilatéral. Il s’agit, d’abord, de contester la légalité de cette mesure devant les instances de règlement des différends prévues à la fois par l’Accord d’association Maroc-UE et par l’Organisation mondiale du commerce. Ensuite, il convient de mobiliser les investisseurs implantés au Maroc – notamment ceux issus des pays européens – afin qu’ils prennent la parole et alertent sur les effets délétères que cette décision pourrait avoir sur leur compétitivité et leur confiance dans le cadre incitatif marocain.
En parallèle, il est impératif de renforcer le dispositif de « due diligence » juridique autour des politiques d’appui à l’investissement, pour mieux prévenir toute remise en cause externe. Mais surtout, le Maroc doit réaffirmer avec clarté et détermination que son droit au développement est inaliénable, et que ses choix stratégiques en matière industrielle et économique ne sauraient être entravés par des interprétations unilatérales et défensives du droit commercial international.
Le Maroc ne recule pas : il avance, pendant que l’Europe s’éloigne de sa propre logique
Cette affaire ne saurait être réduite à une simple friction commerciale. Elle illustre un tournant stratégique majeur : le Maroc n’est plus un simple réceptacle d’exportations européennes, mais une puissance industrielle émergente, de plus en plus intégrée aux chaînes de valeur mondiales, et capable de rivaliser sur des marchés exigeants. Ce progrès, au lieu d’être salué comme un succès partagé, suscite une forme de crispation protectionniste.
Pourtant, il ne s’agit pas ici d’un pays quelconque. Le Maroc est un partenaire historique de l’Union européenne, un voisin stable et fiable, un trait d’union naturel entre l’Europe et l’Afrique. Alors que l’instabilité gagne de nombreuses régions, le Royaume reste un pôle de stabilité, d’ouverture et de coopération. Dans ce contexte, l’UE aurait tout intérêt à consolider cette relation stratégique, à l’approfondir, à l’accompagner, plutôt qu’à l’entraver par des décisions technocratiques à courte vue.
Revoir ce type de mesure ne serait pas un recul, mais un acte de lucidité et de responsabilité. Car c’est bien une vision partagée du développement, du co-investissement et de la co-souveraineté économique qui doit prévaloir entre les deux rives de la Méditerranée. L’Afrique ne se développera pas contre l’Europe, et l’Europe ne préservera sa place dans le monde qu’en s’alliant intelligemment avec ses voisins du Sud.
C’est donc la voix de la raison, du respect mutuel et de la vision long terme qu’il faut aujourd’hui faire entendre. L’histoire jugera non pas seulement les choix des nations émergentes, mais aussi la capacité des grandes puissances économiques à accompagner et non à freiner ceux qui prennent leur destin en main.