Ta vie en l'air- Voeux sincères

Par Fatym Layachi

Et voilà ! Ça y est, la nouvelle année a commencé. C’est parti pour 2018. Les fêtes sont terminées. Il faut digérer, dessaouler, se remettre au sport, arrêter les excès, éliminer les toxines, prendre de bonnes résolutions que tu ne tiendras pas et souhaiter une bonne année. Il faut souhaiter de belles choses pour tous ses proches, envoyer des sms pleins de bons sentiments, faire un statut Facebook en espérant plus de sérénité et de lumière dans le monde. Il faut poster une photo Instagram pour bien montrer qu’on a passé une soirée extraordinaire pour fêter la nouvelle année. Et toi, bien évidemment, tu n’as pas dérogé à la règle. Tu ne déroges d’ailleurs que rarement à ce genre de règles, tu ne connais que trop celles de la vie en société et tu t’y fonds avec toute la bienséance nécessaire.

Donc, tu as bien évidemment posté une photo de toi avec ta superbe robe, tes talons vertigineux, et ton plus grand sourire plaqué sur ton visage impeccablement maquillé. Vu le nombre de likes et de commentaires récoltés sous ta photo, tu te dis que le message est bien passé. Tes followers sont persuadés que tu as passé un moment gé-nial ! Ta soirée était pourrie ? Tu t’es fait chier ? Et alors ? Ce n’est pas ça qui compte. Ce qui est important, c’est comment tu la mets en scène cette soirée, comment tu la racontes, pas comment tu l’as vécue. En vrai, tu t’es retrouvée au milieu de filles à qui tu n’avais rien à dire et qui de toute façon n’avaient pas grand-chose à dire. Elles étaient assises en rang d’oignons sur un canapé hors de prix et hors de confort, avec exactement le même sourire et les mêmes chaussures. Elles portaient toutes du noir, parce qu’on est en soirée. Elles avaient toutes au moins une étole en fourrure parce qu’on est en hiver. Il ne fait pas vraiment froid. Et alors ? Ce n’est pas grave. Il faut porter de la fourrure, c’est de saison. Toi de ton côté, tu as eu mal aux pieds toute la nuit avec ces chaussures neuves aussi canons qu’inconfortables, et à minuit tu étais en train de tenir les cheveux de Zee qui vomissait son tropplein de vodka et de regrets annuels. C’est loin d’être glamour, ça ne fait pas vraiment rêver, mais tu as réussi à rendre ça joli sur les réseaux sociaux. Et finalement, c’est ce qui est le plus important ici. Bien emballer les choses, vendre du rêve, faire croire que tout est merveilleux, vernir la réalité, ce sont un peu les spécialités nationales.

Ici, c’est bien souvent “peu importe l’ivresse pourvu qu’on ait le flacon”. La seule chose qui compte, ce sont les apparences. Il suffit de se contenter d’avoir l’air d’aller bien pour que tout le monde y croie. Il suffit d’organiser des événements grandioses pour donner l’impression que ce pays est formidable. Et même si beaucoup de choses vont de travers ici, ce n’est pas bien grave tant qu’on continue à parler du plus beau pays du monde. La réalité n’a rien à voir avec les jolies cartes postales ? C’est sans importance. Et toi c’est pareil, tu fonctionnes exactement de la même façon. Quoi qu’il en soit, tu dois avoir l’air d’être au top. Alors cette année ressemblera à toutes les autres. Le temps s’écoulera. Pendant trois cent soixante-cinq jours tu vas rire, pleurer, aimer, danser, t’énerver, sortir et oublier de rentrer. Tu vas douter de tout, tu vas croire n’importe quoi. Mais quoi qu’il en soit, tu t’afficheras souriante et impeccable jusqu’au bout des ongles. Du coup, tu te dis qu’en cette période de vœux, à défaut de pouvoir sauver la planète ou régler tous les conflits du monde, un peu de sincérité, ça serait vraiment bien

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