Fatym Layachi - Un psy pour aller mieux

Par Fatym Layachi

Ça y est ! La nouvelle a fini par tomber. Le plus beau pays du monde va enfin avoir un gouvernement.

L’ancien Chef de gouvernement a été remercié, un nouveau a été nommé. Tout le monde trouve ça formidable et personne ne râle. De toute façon, ici les décisions ne peuvent être que saluées. Mais en même temps, ça fait des mois qu’on se passe de gouvernement et le pays n’a pas l’air de se porter ni plus mal ni moins bien. Du coup, tu ne peux pas t’empêcher de te demander la véritable utilité. Tout avait l’air de fonctionner, non pas normalement, mais comme d’habitude en tout cas. Il y a eu de grands projets signés, des sommets organisés et des annonces médiatisées. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

La crise gouvernementale n’a pas l’air d’avoir perturbé grand-chose. Mais bon, ça doit forcément avoir un sens. Et puis surtout, il y a eu des élections et tout ce qui va avec, il faut bien les respecter. Donc voilà, il y a un nouveau Chef de gouvernement. Et le monsieur en question est psychiatre de formation. Tu trouves le concept formidable dans l’absolu. Ça te semble tellement pertinent. Il faut quand même rappeler que “48,9% des Marocains, soit près d’une personne sur deux, souffre ou a souffert de troubles psychiques dans sa vie”. Ce n’est pas toi qui le dis, ce sont des chiffres officiels qu’avait annoncés le ministre de la Santé ! Du coup, tu ne peux que trouver ça extrêmement cohérent qu’un psychiatre soit à la tête de l’Exécutif. Bien évidemment, la cohérence du personnage te turlupine un petit peu. Tu te demandes comment on peut être lacanien et barbu. Avait-il l’habitude de prescrire du xanas et des ablutions ? Enfin bon, tu t’égares, tu cherches de la logique là où il n’y en a pas forcément. Parce que la magie nationale c’est que tout est possible. Ici, tout se mélange. Tu peux être médecin et sculpteur, fqih et poissonnier, juge et partie, communiste et islamiste. Tu peux militer pour l’arabisation et envoyer tes gosses à la Mission, tu peux faire de grands discours contre la corruption et glisser un petit billet au policier qui t’arrête. Enfin bon, toutes les combinaisons sont envisageables. Le mélange des genres ne saurait en aucun se heurter à des soucis de cohérence. Et puis, les négociations qui ont lieu en ce moment pour former une majorité le prouvent encore une fois. Pour faire simple, tout le monde négocie avec tout le monde. Ça te donne un peu l’impression que les cartes ont été rebattues. Tout semble possible, toutes les alliances semblent envisageables. Même l’inverse de ce qui a été dit pendant la campagne ? Oui, oui, même ça semble probable.

Les convictions sont solubles dans les eaux troubles du pouvoir. Et encore plus ici qu’ailleurs. Le PAM et le PJD ont même donné l’impression qu’ils étaient prêts à se tendre la main. Toi, si tu étais une militante PJD, tu te sentirais un peu trahie. Et si tu étais une militante PAM, tu te sentirais un peu trahie. A priori, si tu as voté pour l’un ou pour l’autre c’est que — toujours a priori — tu étais en désaccord total avec l’autre. Mais quand tu as dit ça lors du couscous familial, ton père t’a répondu que c’est pour le bien du pays, que c’est pour le bien des citoyens. Tu veux bien le croire, tu te dis que les citoyens justement ils se sont exprimés en votant. Il doit y avoir des subtilités que tu ne vois pas là-dedans. À défaut de comprendre quoi que ce soit, tu te contentes de penser qu’un psychiatre qui s’occupe du pays, c’est un bon début pour tenter d’ailler mieux.