Les réussites et les échecs de la COP22

Après la clôture de la COP22 le 18 novembre, c’est l’heure de la reddition des comptes. Un premier bilan mitigé pour une COP, certes, singulière, mais qui n’est pas parvenue à prendre le pas de l’urgence climatique.

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Salaheddine Mezouar, président de la COP22. Crédit : Yassine Toumi / TelQuel

La 22e Conférence des Nations unies sur le climat, la COP22, s’est clôturée tard dans la nuit du 18 novembre à Marrakech. C’est désormais l’heure d’un premier bilan pour la présidence marocaine. Cette dernière ne prendra fin qu’en 2017, lors de la COP23 qui se tiendra à Bonn sous une présidence des iles Fidji, mais « l’outcome de Marrakech » — c’est-à-dire les décisions adoptées par les États à Marrakech – et la tenue même de la conférence constituent le gros du travail.

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En plus des décisions adoptées après moult négociations, la COP22 a connu l’adoption d’une « Proclamation de Marrakech », le 17 novembre. Il s’agit d’un texte, adopté immédiatement après le segment de haut niveau de la COP22 en présence de 70 chefs d’État autour de Mohammed VI, qui ne décide de rien, mais réaffirme les engagements des États dans le cadre de l’Accord de Paris, adopté lors de la COP21 l’an dernier. Dans le contexte de l’élection du climato-sceptique Donald Trump à la Maison-Blanche, cette proclamation sonne comme une mise en garde à l’encontre du président des États-Unis qui prendra ses fonctions le 20 janvier.

Point par point, Telquel.ma reprend les objectifs que le comité de pilotage de la COP22 s’était fixés dans sa feuille de route présentée en avril. In fine, le bilan de la COP22 est mitigé. Si elle est parvenue à maintenir l’esprit qui avait permis de conclure l’accord historique de Paris, l’accélération attendue et nécessaire pour faire face à l’urgence du changement climatique est remise à plus tard.

1459972540Objectif n° 1 : accompagner et soutenir la présidence française en mobilisant le plus grand nombre de Parties à ratifier, accepter, approuver, adhérer, selon le cas à l’accord de Paris, avant la tenue de la COP 22.

⇒ Complètement rempli, et même au-delà.

Ce sont désormais 112 parties sur les 197 parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les réchauffements climatiques qui ont ratifié l’Accord de Paris. Ce dernier est même entré en vigueur le 4 novembre, moins d’un an après son adoption. Un record absolu pour un traité des Nations unies. Désormais, il s’agit de mettre en œuvre cet accord. À Marrakech, les États se sont mis d’accord pour finaliser ces discussions en novembre 2018, lors de la COP24 qui aura lieu en Pologne.

clem10_euhObjectif n° 2 : Impulser le dynamisme nécessaire pour maintenir la mobilisation engagée par la présidence française pour que les pays développés annoncent, à l’occasion de la COP22, une réévaluation à la hausse de leurs ambitions, indiquées dans leurs Contributions Déterminées au niveau National (NDCs), afin de réduire les écarts des émissions de carbone à l’horizon 2020.

⇒ Faussement rempli

Il y a bien certains pays qui ont annoncé une hausse de leurs ambitions nationales, et ce de manière assez spectaculaire puisqu’ils ont annoncé qu’ils passeraient à 100 % d’énergie renouvelable d’ici à 2050. Problème : Il s’agit de la coalition des 48 pays les moins développés qui bénéficient du Climate vulnerable fund. Ce sont donc parmi les pays les moins émetteurs de CO2. Les pays développés quant à eux, tardent à réévaluer à la hausse leurs ambitions. Pourtant, pour l’heure, les contributions annoncées sont insuffisantes pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C. L’Allemagne fait figure d’exception, et a présenté un plan, secteur par secteur, pour réduire de 95 % ses émissions de CO2 d’ici à 2050. L’Allemagne a également lancé, durant la COP22, le « NDC partnership », une plate-forme unique, co-présidée avec le Maroc, pour autonomiser les pays en développement à remplir leurs engagements sous l’Accord de Paris et les Objectifs de développement durable en le dotant d’un fonds de 50 millions de dollars. Une goutte d’eau en réalité, lorsqu’on sait que le Maroc a lui seul aura besoin de 24 milliards de dollars de financement extérieurs pour réduire de 42 % ses émissions d’ici à 2030.

1459972540Objectif 3 : Consolider la mobilisation des acteurs non étatiques et des gouvernements dans le cadre de l’« Agenda global d’action pour le climat », afin de garantir sa pérennité à travers des annonces d’actions et d’initiatives concrètes.

⇒ Rempli

Si l’histoire devait se souvenir de la COP22, ce serait sans doute grâce à cet aspect. La COP de Marrakech a, plus que jamais, donné sa place aux acteurs non étatiques. La zone verte, dédiée à la société civile et aux entreprises, n’avait jamais été aussi proche de la zone bleue, dédiée aux négociations étatiques. Durant 12 jours, la zone verte a vécu au rythme du dynamisme des diverses associations représentées, mais également les conférences thématiques et les annonces des entreprises. Pour beaucoup, « Marrakech marque le début d’une nouvelle génération de COP grâce au dynamisme de la zone verte »La plate-forme Nazca, qui recense les initiatives prises dans le cadre de l’Agenda de l’action lancé par les Championnes Hakima El Haité et Laurence Tubiana, affiche déjà plus de 12 500 engagements de villes, régions, entreprises ou investisseurs.

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1459973475Objectif n° 4 : Convenir d’une feuille de route prévisible et concrète en vue de mobiliser 100 milliards $ d’ici 2020 ainsi que des fonds pour le financement des projets, en donnant la priorité à l’adaptation et en procédant à une ventilation par pays, par type de projet et par source de financement.

⇒ Échec

Les 100 milliards de dollars seront bien là chaque année, à partir de 2020. D’où proviendront-ils ? Comment seront-ils employés ? Autant de questions que la COP22 n’est pas parvenue à résoudre. On sait tout de même que 65 % devraient provenir de fonds publics, et doivent susciter un effet levier pour mobiliser l’argent du privé pour atteindre les 100 milliards. À cet effet, la COP22 a vu la naissance du premier fonds privé pour l’adaptation et la résilience : le Marrakech investment committee for adaptation (MICA). Il regroupe The Lightsmith Group (USA), BeyA Capital (Afrique), The Global Environment Facility (GEF), le gouvernement du Maroc et des investisseurs privés qui parviennent à mobiliser 500 millions de dollars. Or, ce ne sont même pas des centaines de milliards qu’il faut mobiliser pour transformer nos économies en activités respectueuses de l’environnement, mais des trillions ! Des milliards de milliards de dollars, soit 10 avec dix-huit zéros derrière ! Rajoutez-y un dix-neuvième pour obtenir le montant en dirhams. Insuffisance des fonds donc, mais également ventilation hasardeuse. Alors que les projets d’adaptation devaient devenir une priorité comme le réclament les pays du Sud, ils n’obtiendront pas plus du quart des 100 milliards. « Les ministres et les négociateurs des pays développés sont venus les mains vides. Ils se sont entêtés à faire la sourde oreille à la question du déficit de financement de ’’adaptation et ont préféré fermer les yeux sur l’incapacité de l’Accord à protéger véritablement les personnes les plus touchées par le changement climatique » résume Armelle Le Comte, chargée des questions climat et énergie pour Oxfam France.

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