La COP22 tente-t-elle de faire diversion avec sa Proclamation de Marrakech?

La COP22 crie victoire après l’adoption de la Proclamation de Marrakech le 17 novembre. Elle n’est pourtant que le rappel des valeurs de l’Accord de Paris. Pour sa mise en œuvre, il faudra attendre le lendemain, peut-être, au plus tôt.

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Crédit : Yassine Toumi / TELQUEL

La COP22 crie victoire après l’adoption de la Proclamation de Marrakech le 17 novembre. Elle n’est pourtant que le rappel des valeurs de l’Accord de Paris. Pour sa mise en œuvre, il faudra attendre le lendemain, peut-être, au plus tôt.

 

Passer des mots aux actes était la promesse de la COP22. Mais le 17 novembre, réunie en assemblée plénière, la COP a adopté une « Proclamation de Marrakech pour l’Action en faveur de notre climat et le Développement Durable » qui reste très loin des actions concrètes. C’est pourtant le résultat du segment de haut niveau de la COP22 qui a réuni plus de 70 chefs d’États et de gouvernement autour de Mohammed VI. La lecture du texte a été donnée par Aziz Mekouar, ambassadeur pour la négociation, saluée par les applaudissements des négociateurs, debout, et couronnée par l’interprétation de Our Home par Firdaous. Le président de la COP22 Salaheddine Mezouar et la chef du climat à l’ONU Patricia Espinosa se donnent la main et lèvent les bras en signe de victoire. La photo est belle, mais elle est prématurée.

Car rien dans cette déclaration ne traduit les engagements de l’Accord de Paris en action concrète. C’est un message politique. Il confirme certes que l’esprit positif de l’Accord de Paris plane toujours sur les négociations, en appelant « à un engagement politique des plus fermes afin de lutter contre les changements climatiques », à « une solidarité forte avec les pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques » et souligne « la nécessité d’appuyer les efforts visant à améliorer leur capacité d’adaptation, à renforcer leur résilience et à réduire leur vulnérabilité », mais n’obtient pas encore de consensus sur sa mise en œuvre. (Lire le texte complet ici)

Ce consensus, il reste 24 heures pour le trouver. La COP22 doit officiellement se clôturer le vendredi 18 au soir, mais il n’est pas impossible que les négociations se poursuivent au cours du week-end. 24 heures pour que le message de ces chefs d’État soit traduit en dispositions concrètes. « J’ai demandé à l’ambassadeur Mekouar de poursuivre ces négociations le plus rapidement plus possible, de préparer des propositions de décision qui cherchent à incorporer les points de vue de toutes les délégations. Le texte sera soumis à votre considération quand il sera prêt. Nous devons trouver des points de convergences, de compromis qui vont nous permettre d’envoyer un signal fort, » s’adresse Salaheddine Mezouar, après avoir célébré la Proclamation de Marrakech.

Pour Seyni Nafo, président du groupe africain à la Convention climat de l’ONU, « le plus dur reste à faire dans les dernières 24 heures ». S’il assure que le premier objectif africain de renforcement des fondements de l’Accord de Paris a bien avancé, au même titre que le second, l’accélération de l’action, le troisième en revanche, celui du fonds d’adaptation reste incertain. « On prendrait énormément de risques à ne pas faire un accord politique tout de suite sur le fonds d’adaptation, car on ne sait pas qui sera là l’année prochaine. En France, on ne sait pas ce qu’il en sera l’année prochaine après les élections. À partir du 20 janvier, les États-Unis auront une nouvelle administration… Aujourd’hui, le tour de table est favorable, l’année prochaine, ça peut être très différent, » analyse-t-il.

« Dans l’Accord de Marrakech, l’outcome de la COP22, il est fondamental qu’il n’y ait pas de voix dissonantes. En revanche, pas de retour sur l’Accord de Paris, on doit avancer et être le plus consensuel possible », nous explique Salaheddine Mezouar. Un consensus qui freinera ces avancées ? Réponse le 18 au soir, au plus tôt.

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