COP22: Parlons peu, parlons «adaptation»

S’adapter pour lutter contre les effets des changements climatiques, c’est la priorité de la COP22. La présidence marocaine est à pied d’œuvre pour diriger les fonds des pays développés vers des projets d’adaptation en Afrique, notamment sur l’Agriculture. Explications.

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Crédit : COP Paris/Flickr.

La 22e Conférence des parties sur le climat (COP22) qui se réunira à Marrakech du 7 au 18 novembre est placée sous le signe de l’action par sa présidence marocaine. La COP22 est d’ailleurs désormais marketée « Action Time ». Après avoir adopté l’accord de Paris lors de la COP21, il s’agit à présent de le mettre en œuvre pour ses 175 pays signataires. L’accord « vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques », comme indiqué dans son article 2. Il se fixe comme objectif principal de « conten[ir] l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels ». Mais, pendant que des mesures d’atténuation des gaz à effets de serre sont prises pour y parvenir, les effets du changement climatique sont déjà ressentis. Pour cela, l’accord prévoit de « renforcer les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques ».

De gauche à droite: M Said Mouline, Chef du pôle partenariat public/privé, Mme Hakima El Haité Envoyée spéciale pour la mobilisation, ministre déléguée à l'Environnement, M Abdelâdim Lhafi Commissaire de la COP22, Haut-Commissaire aux Eaux et Forêts, M Aziz Mekouar, Ambassadeur pour la négociation multilatérale et M Driss El Yazami, Chef du pôle de la société civile.
De gauche à droite: Said Mouline, Chef du pôle partenariat public/privé, Hakima Elhaité Envoyée spéciale pour la mobilisation, ministre déléguée à l’Environnement, Abdelâdim Lhafi Commissaire de la COP22, Aziz Mekouar, Ambassadeur pour la négociation multilatérale et Driss El Yazami, Chef du pôle de la société civile.

S’adapter au changement climatique

Selon le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, l’adaptation est l’ensemble des stratégies et initiatives de l’ensemble des acteurs du climat (États, collectivités, entreprises, associations, citoyens) qui visent à réduire la vulnérabilité de la nature et de l’Homme aux effets du changement climatique. L’institution scientifique de référence pour les COP, cite en exemple la construction de barrage contre les inondations, de digues contre la hausse du niveau de la mer qui engloutit les côtes ou encore le remplacement des plantes sensibles aux chocs de température.

La présidence marocaine de la COP22 s’est saisie à bras le corps de cet impératif d’adaptation. D’une part, parce que le temps presse. Les effets néfastes du changement climatique se font déjà sentir, et c’est désormais une urgence d’y faire face : îles englouties, records de chaleur, déplacement de population, explosion de la pauvreté, recrudescence des maladies, espèces animales et végétales menacées… D’autre part, parce que la COP22 se tient au Maroc, donc en Afrique. Et ça tombe bien : « L’accord de Paris veille à […] aider les pays en développement Parties qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques à financer le coût de l’adaptation », énonce l’article 6 de l’accord. L’Afrique n’est pas citée nommément, mais elle est concernée au premier plan par cette disposition. Six des dix pays les plus touchés par les changements climatiques sont africains. 65 % de la population africaine en est affectée et l’Afrique compte d’ores et déjà 10 millions de réfugiés climatiques.

La finance au cœur de l’adaptation

Les pays développés se sont engagés, à Copenhague en 2009 et à Cancún en 2010, à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique. L’un des objectifs de la présidence marocaine est précisément d’amener les pays développés à effectivement mobiliser ces 100 milliards et de définir clairement comment ils vont être employés. « À présent, les pays développés doivent sortir le chéquier, certes, mais surtout dire comment ils vont le sortir » résumait Aziz Mekouar, ambassadeur pour la négociation multilatérale à la COP22, le 9 septembre. En somme, sur quels projets d’adaptation ces 100 milliards de dollars annuels vont être investis ?

Un projet pour le continent

Le Maroc a bien sa petite idée. Alors que l’Afrique est cette année la coprésidente du Fonds vert des Nations Unies, le continent n’en perçoit que 12 %. « Tout part en Asie parce que nos dossiers ne sont pas “bancables” »,  déplore Hakima Elhaité, championne du climat, le 28 avril, lors de la présentation de la feuille de route de la présidence marocaine. Un projet bancable, en voilà un, à l’initiative du Maroc, et incarné par le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch : le Triple A, pour Adaptation, Agriculture et Afrique. « Plus qu’une initiative, il s’agit d’un modèle de société », juge Tariq Sijilmassi, président du Conseil Agricole du Maroc, le 29 septembre, lors d’un sommet organisé à Marrakech rassemblant une vingtaine de ministres africains de l’Agriculture. Il faut voir les efforts déployés pour l’organisation de ce sommet pour se rendre compte de l’implication du Maroc. Parmi les intervenants pour les allocutions d’ouverture de ce sommet, rien de moins qu’un prix Nobel de la Paix, Rattal Lal, la directrice de l’Agriculture à la Banque mondiale, Ethel Sennhauser, l’adjoint du directeur de la FAO, René Castro-Salazar, le président du fonds Livelihoods (Danone) pour les communautés agricoles, Bernard Giraud. Tous soutiennent le Triple A.

akhannouch triple A

Un Plan Maroc Vert à l’échelle de l’Afrique

En introduction, Aziz Akhannouch déclare : « L’initiative Triple A qui nous réunit aujourd’hui, et que nous porterons d’une seule voix lors de la COP22, établit pour la première fois le lien entre développement agricole et changements climatiques. » Le 16 novembre, à deux jours de la clôture de la COP22, le ministre animera une journée dédiée à l’Agriculture. L’enjeu est de faire adopter par la communauté internationale les propositions du Triple A, notamment sur la gestion des sols, le contrôle de l’irrigation, et la gestion des risques liés au climat. Les solutions se divisent en deux volets. « Le premier, institutionnel, c’est celui qui vise à faire entendre la voix de l’agriculture africaine dans les négociations climat. Le deuxième volet est opérationnel, il vise à lancer ou à faire grandir les projets d’adaptation agricole », détaille Akhannouch. En quelque sorte, le Maroc est en train de mettre en place un Plan Maroc Vert à l’échelle du continent. Un plan agricole pour s’adapter aux changements climatiques, tout en favorisant le développement, et le tout financé par les pays développés.

Mesurer l’adaptation

Pour convaincre, il y a les mots, les présentations PowerPoint, les dîners. Mais lorsqu’il s’agit de convaincre une banque, mieux vaut avancer des chiffres pour prouver l’efficacité ou la rentabilité d’un projet d’adaptation. Or, en matière d’adaptation, il n’existe pas d’indicateur quantitatif unique ni universel. Aucun consensus n’existe sur des critères simples et homogènes, et c’est un problème pour les banquiers. « C’est important pour nous, en tant que banque, d’avoir des indicateurs précis. On doit dire à nos actionnaires ce qu’on fait de leur argent et quel est l’impact de leurs investissements », explique Craig Davies, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Le 27 septembre à Skhirat, il participait à une journée de réflexion organisée par le comité scientifique de la COP22, présidé par Nizar Baraka, et intitulée « Métriques de l’adaptation, une mesure pour des résultats concrets ». Également présent aux côtés de nombreux experts de la finance climatique, chercheurs et économistes, Nicolas Rossin, de l’Agence française de développement. « Nous avons des objectifs de transparence et de redevabilité lorsqu’il s’agit de financer des projets d’adaptation. Des instruments de mesures précis permettent notamment d’éviter le greenwashing, ce travestissement d’action normale en action de développement durable », avance-t-il. La réflexion sur un instrument universel n’en est qu’à ses débuts, et prendra encore du temps s’il elle doit aboutir. « Vous n’avez pas cherché la facilité avec ce thème », plaisante Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque mondiale, à l’adresse du comité scientifique marocain. « Mais c’est très important. Cela nous permettra, d’ici 5, 15 ans, de montrer que l’action menée a conduit à des résultats tangibles, » poursuit-il. Leurs travaux seront présentés à la communauté internationale, lors de la COP22, dans un peu plus d’un mois.

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