#Les50quiferontleMaroc. Partie 5/6: Créer

Élus, acteurs économiques, membres de la société civile, artistes… ils ont moins de 40 ans et seront les décideurs et influenceurs de demain.

Par

Dresser une liste de ceux qui feront le Maroc de demain est un exercice toujours difficile. Toute sélection est forcément subjective et donc critiquable, c’est la règle d’un trombinoscope où, par principe, on ne peut jamais être exhaustif. Ceux que nous avons choisi de présenter incarnent, selon nous, le futur politique, économique, sociétal et culturel du pays. Nous avons mélangé des figures déjà connues, et à la carrière presque toute tracée, et de nouvelles têtes peu médiatisées mais qui font des choses intéressantes pour l’avenir du Maroc. Tous ont été choisis selon un principe : ils représentent une relève dans leurs domaines respectifs, ont de l’ambition pour eux-mêmes et pour leur pays. Nous avons voulu bien évidemment mettre en avant un maximum de femmes, mais nous avons buté sur une réalité bien locale : elles sont hélas toujours aussi peu présentes à des postes de décision, en politique et en économie. Une réalité qui doit changer. Nous y croyons et espérons qu’elles seront de plus en plus nombreuses à militer, à exceller, à oser, à créer et à entreprendre.

Le dossier est divisé en six parties, que nous publieront successivement sur Telquel.ma. Voici la cinquième sélection de profils.

Créer

Rita Saher

Rita Saher, pianiste

Play it again Rita

Lauréate de plusieurs prix internationaux, la pianiste de 33 ans s’est illustrée en jouant dans la mythique salle de concerts “Carnegie Hall” à New York. Rita Saher déroule principalement les répertoires de pianistes espagnols comme Isaac Albéniz, Manuel de Falla ou encore Enrique Granados, mais l’artiste garde une place privilégiée pour les “œuvres torturées” de Robert Schumann. Elle a grandi bercée par la musique, aussi bien celle de Oum Kathoum et de Abdelhamid Hafez que de Chopin. Rita Saher se met studieusement au piano à l’âge de 10 ans. Un sport de combat. Elle se réveillait à 5h du matin pour jouer jusqu’à l’usure huit heures par jour. “Le talent ne suffit pas, il faut vraiment travailler très dur”, nous confie-t-elle.

Taliss__Yassine_Toumi_01092015115603

Talis, humoriste

Le mot pour rire

Humoriste, scénariste, metteur en scène et producteur, Abdelali Lamhar (aka Talis) est ce qu’on appelle un homme orchestre. Ce jeune homme de 29 ans qui, durant son enfance, a fréquenté le douar Skwila à Sidi Moumen, s’est imposé comme une valeur sûre dans l’humour. Auteur, avec Hassan El Fad et Haytam Miftah, des deux premières saisons de L’couple, Talis s’est lancé dans le one-man-show en 2015 avec le spectacle Skwila. Il est considéré aujourd’hui comme un modèle par des comiques de la jeune génération, à l’instar de Rachid Rafik, Yassar et Bassou.

Hicham Gardaf (2)

Hicham Gardaf, photographe

Loin des clichés

Des situations quotidiennes, des regards de personnes âgées pleins de sagesse, des sourires innocents d’enfants… Hicham Gardaf est un témoin discret qui saisit les transformations de sa ville natale, Tanger, entre les quartiers traditionnels de la médina et le brouhaha des banlieues urbanisées. Autodidacte s’interdisant le numérique, ce jeune homme de 30 ans, timide et taiseux, aime la pellicule et son grain qui donne plus de fantaisie aux images. Des photographies épurées qui sont appréciées aussi bien par les galeristes marocains qu’étrangers. Soutenu par la galerie 127 à Marrakech, spécialisée dans la photo, il a récemment été sollicité par l’Institut du monde arabe à Paris pour figurer dans une exposition collective. Dans le milieu de l’art, où la photographie reste un parent pauvre financièrement parlant, il arrive à vendre ses clichés à près de 45 000 dirhams.

unspecified

Amine Akesbi, DJ

Loco d’électro

Il lui aura suffi de quelques années pour s’imposer comme le DJ de référence au Maroc. Lui, c’est Amine Akesbi, 31 ans, à la tête du collectif Moroko Loko, principal promoteur de la musique électro underground  sous nos cieux. Plus connu sous le nom d’Amine K, le jeune diplômé en finance des marchés n’a pas voulu devenir un col blanc. Il a préféré vivre de sa passion en organisant des événements loin des effets de mode et des soirées bling-bling dans les boîtes de nuit de Marrakech et de Casablanca. “Je brise les codes de la fête réservée à certains en mixant des sons accessibles à tous dans une ambiance décontractée”, explique Amine K. C’est sa manière de démocratiser l’électro, musique encore méconnue au Maroc.

Afifi

Saïd Afifi, plasticien

Architecte imaginaire

115 000 dirhams. C’est le montant auquel a été adjugé son diptyque The sinking of the cube lors de la  dernière vente aux enchères de la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOA). Une prouesse rare pour un artiste qui émerge à peine. Âgé de 33 ans, le natif de Casablanca développe depuis 2012 une recherche autour de l’architecture postmoderne. “Mon intérêt pour l’architecture fantasmée et impossible vient du chaos que connaît le tissu urbain au Maroc”, étaye Saïd Afifi, qui attend les résultats d’un concours de la prestigieuse école française Fresnoy Studio.

YASSINE-FENNANE-facebook

Yassine Fennane, réalisateur

Transgenres

Ses séries, Okba Lik, Bnat Lalla Mennana, Wadîi, se sont détachées chaque année dans la production télévisée pléthorique et mal ficelée du ramadan. Ça, c’est la face grand public de Yassine Fennane. Le cinéaste de 38 ans s’adapte au format télé, jouant parfois avec les codes d’un genre, comme dans la série policière Une heure en enfer qu’il a coréalisée avec son acolyte Ali Mejboud. Au cinéma, par contre, Yassine Fennane prend plus de libertés et laisse parler son goût pour l’underground qu’il revendique comme “porte-drapeau”. Son premier long-métrage, Karyan Bollywood, racontait l’histoire d’un bidonvillois fan de films indiens qui, pour conquérir l’amour d’une femme, décide de tourner sur iPhone un remake du succès bollywoodien “Disco Dancer”. De la culture pop sur fond de misère sociale ou un “cinéma qui voudrait donner une voix à ceux qui n’en ont pas”, définit Yassine Fennane. Il écrit à l’heure actuelle son deuxième long-métrage dont il ne veut pas révéler le pitch.

Amir_Rouani___Lorenzo_Salemi_1_17062015125435

Amir Rouani, réalisateur

Lécheur d’images

Après avoir roulé sa bosse dans les agences de communication en tant que créatif, puis animateur à Arriadiya, Amir Rouani s’est vu confier par Hassan El Fad la réalisation de la première saison de la série L’couple. Il est pour beaucoup dans la réussite de cette série-phénomène, grâce à sa mise en scène dynamique et son goût pour l’image léchée. C’est encore lui que l’on retrouve derrière la caméra pour le clip Lmaâlem de Saâd Lamjarred qui cumule des millions de vues sur Youtube. Il y a apposé sa touche en créant, pour la star, un univers raccord avec le stylisme pop-art de l’artiste contemporain Hassan Hajjaj, qui a habillé Saâd Lamjarred dans le clip. Si bien qu’aujourd’hui, Amir Rouani est le réalisateur le plus coté dans le milieu de la publicité marocaine.

Leila Slimani1

Leïla Slimani, auteure

Vraiment libre

Elle a annoncé la sortie de son prochain roman, Chanson douce, où elle explore les relations entre les classes sociales et les questions liées à la situation de la femme. Il sera publié début août, pour la rentrée littéraire, dans la prestigieuse maison parisienne Gallimard. Le même éditeur que pour son premier roman, Dans le jardin de l’ogre, qui a ravi la critique en 2014 et dont une adaptation cinématographique est en cours de production. Leïla Slimani entérine son retrait du journalisme – elle a signée un certain temps chez Jeune Afrique – pour mieux s’ancrer dans l’écriture romanesque. Malgré tout, elle garde un pied dans une forme de réalité et prépare une enquête sur le sujet brûlant du sexe et de l’amour chez les femmes marocaines. “Écrire c’est ce que j’aime, ce que je veux faire. Je me donnerai les moyens de continuer là-dedans”. L’autre défi pour elle, c’est de continuer à se tenir loin des clichés éculés sur l’auteure maghrébine, si courants dans les médias français.

Randa_Maroufi_Le_Park

Randa Maaroufi, vidéaste

Performeuse vidéo

Elle scratche l’art et le cinéma. Elle, c’est Randa Maaroufi, 29 ans à peine et de l’énergie à revendre. Elève conventionnelle (un peu trop, selon elle) à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Tétouan, elle s’ouvre au monde avec l’écrivaine féministe Simone de Beauvoir, la plasticienne déjantée Orlan ou encore le penseur Edward Saïd. À l’École des Beaux-Arts d’Anvers, elle expérimente la vidéo dont elle fera son créneau. “Et puis, c’est plus facile de transporter des vidéos que des installations volumineuses”, souligne-t-elle en souriant. Connue pour avoir réalisé des performances dans l’espace public sur la séduction et une série photo sur le harcèlement sexuel dans la rue, elle marque les esprits avec ses vidéos. La Grande Safaa (2014), film sur un travesti qui travaille chez sa famille à Tanger, et Le Park (2015) font carton plein dans les festivals. Le Park, inspiré de l’imagerie du “tcharmil” et tourné dans des ruines au parc Yasmina à Casablanca, a été projeté notamment au New York New Directors / New films (co-présenté par le MoMa).

hicham-berrada,M290870

Hicham Berrada, artiste contemporain

La science infuse

Quel est le point commun entre des artistes de renommée internationale comme le Français Daniel Buren, le Chinois Huang Yong Ping, l’Indien Anish Kapoor et le Marocain Hicham Berrada ? Les quatre collaborent avec la galerie parisienne Kamel Mennour qui fait aujourd’hui autorité dans le milieu de l’art contemporain. À 30 ans, l’ancien pensionnaire de la célèbre Villa Médicis se fraie un chemin, sans faire de remous, mais affiche déjà un joli CV. Le jeune artiste a exposé au musée d’art contemporain Moma PS1 à New York. Son travail a séduit car il joint de manière poétique art et science.

Hicham Lasri

Hicham Lasri, cinéaste

Le touche-à-tout

C’est un artiste prolifique qui travaille sur plusieurs projets à la fois : l’écriture d’un scénario et de son deuxième roman, le montage de son prochain film Jahiliya et la suite de sa websérie No vaseline Fatwa, critique de l’islamisme radical. À 39 ans, ce Casablancais, qui a déjà à son actif quatre longs-métrages, a marqué une ligne de rupture avec la génération de cinéastes qui l’a précédé. Avec son premier film The End, il a imposé une nouvelle manière de raconter une histoire et de la filmer, le tout rehaussé par un intérêt pour les marginaux. Avec C’est eux les chiens, il est revenu sur les années de plomb, ressuscitant l’inénarrable Driss Basri dans Starve your Dog.

Mohamed Sokrat1

Mohamed Sokrat, chroniqueur

Auteur impertinent

Faire de la darija une langue de pensée, voici son ambition. Audace, humour acéré et transgression, c’est sa recette. Sur le site Goud.ma, ses chroniques, à l’image du personnage, fascinent et agacent mais ne laissent jamais indifférent. Des libertés individuelles à la monarchie en passant par la religion, tous les thèmes sont traités en darija dans un style fluide et épuré. “Je veux montrer que la darija peut exprimer élégamment toutes sortes de pensées”, explique-t-il. Invité en 2011 par le président de la commission consultative de la révision de la Constitution, Abdellatif Menouni, Mohamed Sokrat lui a lancé : “Tant que les princesses ne seront pas éligibles au trône, les femmes marocaines ne pourront pas se considérer comme égales à leurs homologues masculins”. Le natif de Tanger, ancien vendeur à la sauvette, n’exclut pas d’abandonner son métier de chroniqueur, qu’il juge précaire, mais pas sa cause. Et ce ne sont pas les alternatives qui manquent. “J’écris en ce moment un scénario pour un film”, nous confie-t-il. Son expérience carcérale – il a été condamné en 2012 pour trafic de drogue – lui inspire déjà un livre, un recueil de chroniques initialement publiées sur Goud.ma.

Lire aussi : #Les50quiferontleMaroc. Partie 1/4: S’engager

Lire aussi#Les50quiferontleMaroc. Partie 2/6: Entreprendre

Lire aussi : #Les50quiferontleMaroc. Partie 3/6: Agir

Lire aussi : #Les50quiferontleMaroc. Partie 4/6: Réussir

article suivant

Football féminin : la FRMF vise un champion d’Europe pour diriger les Lionnes de l'Atlas