Internet, nouvelle arme de chasse des pédophiles au Maroc

Le Maroc n'est pas épargné par la violence et le harcèlement par Internet à l'encontre des enfants.

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Crédit : Esther Vargas/Flickr.

Unicef a lancé depuis le 4 juillet au Maroc sa campagne en ligne #RépondsPourtous contre la violence, notamment sexuelle. A cette occasion, l’instance a rendu public un sondage réalisé auprès d’un peu plus 400 enfants marocains. Des questions sur la manière dont ils utilisent Internet, leur comportement, et leurs expériences liées à l’exploitation sexuelle leur ont été soumises. Il en ressort que la plupart d’entre eux sont rassurés, et ne craignent pas ce danger. Par exemple, 78 % sont confiants de leur comportement, 88 % disent savoir comment réagir afin d’éviter des situations risquées, mais grand nombre d’entre eux semblent être au courant de la question puisque 92 % des enfants interrogés affirment avoir appris à traiter des propos sexuels non désirés tenus par des personnes en ligne.

La violence et le harcèlement sexuels sur Internet peuvent être le résultat d’une vengeance d’adolescent. C’est ce qu’on appelle le porn revenge, quand un jeune couple se sépare et que l’un des deux publie sur Internet des photos ou vidéos prises dans l’intimité. « Il s’agit principalement d’agressions sans contact, mais qui peuvent néanmoins laisser des traces néfastes sur le comportement des enfants », nous explique Khalid Cherkaoui Semmouni, président de la Cocasse (Coalition contre les abus sexuels sur les enfants).

Un anonymat favorable aux confidences

Mais Internet peut aussi être l’arme de chasse utilisée par les pédophiles. « Les pédophiles ont l’art et la manière d’entrer en contact avec des enfants ou des adolescents qui naviguent sur le Net et qui peuvent être en quête de relations amicales qui leur font défaut (affection, intérêt porté à leur personne…) », nous explique Khalid Cherkaoui Semmouni. Le militant précise : « L’anonymat propre à Internet favorise confidences et révélations intimes, et les prédateurs s’en servent pour établir rapidement une relation de confiance avec des jeunes qui manquent encore de jugement et d’expérience ».

Concrètement, ces adultes prennent contact avec des enfants via des chats et autres réseaux sociaux. Une fois que la confiance est installée, ils peuvent leur réclamer des photos ou des vidéos intimes. Pire, il arrive parfois que l’adulte arrive à rencontrer physiquement la victime.

Encadrer l’utilisation d’Internet

Qu’il y ait violence physique ou pas, « l’exploitation sexuelle en ligne est similaire à celle subie hors ligne », estime Malika El Atifi, de l’Unicef Maroc. Les enfants peuvent ainsi être victimes de troubles sociaux, émotionnels et cognitifs, de « comportements dangereux pour la santé, tels que l’abus de substances et l’initiation précoce à l’activité sexuelle », ajoute la même source.

Au Maroc, une poignée d’associations travaillent sur la question. La Cocasse par exemple, tente de sensibiliser les parents aux dangers d’Internet, et leur conseille ainsi d’encadrer son utilisation par les enfants. « Les parents doivent les accompagner sur Internet et s’intéresser aux activités qui peuvent être proposées, comme ils le feraient pour n’importe quel autre domaine », résume Khalid Cherkaoui Semmouni. La coalition milite pour une refonte du code pénal, qui sanctionne plus gravement les actes de harcèlement et violence sexuelle sur mineurs. Le texte actuel ne contient pas de précision quant à la violence subie sur Internet.

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