À l'épreuve du temps. Une femme d’exception

Par Abdellah Tourabi

Il était bien inspiré, Ahmed Toufiq, en consacrant la première causerie du ramadan, prononcée devant le roi, au rôle de la femme dans la spiritualité musulmane. Le ministre des Habous est revenu longuement sur des figures féminines, théologiennes ou mystiques, qui ont eu un rôle déterminant dans l’évolution de l’islam en tant que religion et civilisation. On a souvent tendance, et parfois à juste titre, à penser que l’histoire de l’islam est faite par des hommes et uniquement par des hommes. Dans cette histoire, les femmes sont absentes, marginalisées et reléguées en arrière-plan. Elles ne fondent aucun rite important de l’islam, ne laissent aucune production théologique de taille et sont même exclues de l’exercice du pouvoir politique au nom d’une interprétation patriarcale des textes religieux. Or, dans l’histoire des premières années de l’islam, on peut trouver de véritables modèles de femmes de caractère, de savoir et même de pouvoir. La principale figure inspirante est celle de Aïcha, épouse du prophète et fille d’Abou Bakr, premier calife de l’islam. Il est regrettable de constater comment le personnage de Aïcha n’a pas été suffisamment exploité, chez nous, pour promouvoir un modèle d’émancipation et de leadership féminin.

Pendant toute sa vie, Aïcha a occupé une place particulière auprès de son époux, et au sein du jeune État musulman. Femme de culture et d’intelligence, elle n’hésite pas à tenir tête au prophète Mohammed et de l’interpeller quand elle ne partage pas le bien-fondé d’une de ses décisions. C’est ainsi que, quand le prophète reçoit un verset l’autorisant à se marier à une nouvelle femme, Aïcha fait remarquer, avec un brin d’ironie, que Dieu se montre bien accommodant avec les désirs de son prophète. Épouse préférée de Mohammed, après la mort de Khadija la première, Aïcha a été sa confidente et son ultime soutien et réconfort. Pendant son agonie, il a choisi de mourir auprès d’elle et, selon les historiens, il a expiré en posant sa tête sur son genou. Un statut personnel remarquable qui sera consolidé par de grandes qualités intellectuelles, qui feront d’elle une femme d’influence au sein du jeune État musulman.

Après la mort du prophète, elle devient une source et une référence incontournables pour produire des lois et des règles imposables aux musulmans. Le calife Omar demande systématiquement son avis pour trancher dans des questions qui touchent les relations entre les hommes et les femmes, et les compagnons du prophète la sollicitent quand ils sont en désaccord sur des affaires religieuses. Les musulmans affluent vers Médine pour étudier auprès d’elle et s’inspirer de son savoir. Aïcha devient alors la principale autorité religieuse de son temps. Elle n’hésite pas à rectifier des hadiths, rapportés par des compagnons du prophète, quand leur contenu manque de bon sens ou s’oppose au Coran. Son intervention dans la vie politique la conduit à déclencher une insurrection armée contre le calife Ali, pour lui demander de punir les assassins de son prédécesseur, le calife Othmane. Et même après la débâcle de cette insurrection, ses opposants se pressent pour lui présenter des signes de respect et de vénération, en l’appelant “Notre mère”. Indépendante d’esprit, audacieuse et insoumise, la figure de Aïcha mérite une nouvelle lecture pour battre en brèche les clichés, rétrogrades ou injustes, sur les femmes en islam.

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