Mohammed VI en Chine : Enfin un partenariat gagnant-gagnant ?

Mohammed VI en Chine : Enfin un partenariat gagnant-gagnant ?

Un «partenariat stratégique», attendu depuis des années, devrait être signé entre la Chine et le Maroc à l’occasion de la visite officielle de Mohammed VI. Un enjeu de taille, pour le Maroc surtout, qui n’arrive toujours pas à attirer en masse les investisseurs chinois.

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Mohammed VI à son arrivé en Chine le 11 mai. Crédit : AFP

Le roi Mohammed VI a entamé le 10 mai une visite officielle en Chine (prévue en novembre 2014 mais annulée pour des raisons de santé). D’après le ministère de la Maison royale, du protocole et de la chancellerie repris par la MAP, un « partenariat stratégique » devrait être lancé lors de l’événement. Les premiers rounds de négociation autour de ce partenariat datent de 2012. L’enjeu pour le Maroc : rééquilibrer les relations économiques et commerciales, qui est pour le moment en sa défaveur.

La croissance des échanges commerciaux entre les deux pays ces dernières années a surtout été soutenue par la hausse des importations marocaines. Ainsi, la balance commerciale est largement déficitaire pour le Maroc (29,5 milliards de dirhams d’importations contre 2,4 milliards de dirhams d’exportations en 2014). Les appareils d’émission et de transmission viennent en tête des importations marocaines en provenance de la Chine, s’en suivent le thé et les tissus. Le Maroc, lui, lui importe principalement des minerais de plomb, de zinc et de cuivre des produits azotés et engrais (la Chine exporte elle-même de l’engrais) et des poissons congelés et surgelés.

Enjeu « made by China in Morocco »

Parvenir à vendre à la Chine, c’est bien, attirer des investisseurs chinois, c’est mieux. En novembre 2014, alors qu’une délégation d’hommes d’affaires marocains s’était déplacée en Chine, la patronne des patrons Miriem Bensalah n’avait pas caché son ambition : passer du « made in China » (fabriqué en Chine) au « made by China in Morocco » (fabriqué par la Chine au Maroc). Un an plus tard, c’était au tour du ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy de réitérer la volonté du Maroc d’accueillir les investisseurs chinois, à l’occasion de la tenue du premier sommet sino-africain des entrepreneurs, qui s’est tenu à Marrakech. D’après les estimations, le potentiel d’emplois chinois délocalisables en Afrique est de 8,5 millions de postes d’emplois, et le ministre compte bien en capter « une part non négligeable », confiait-il à l’hebdomadaire français Jeune Afrique, avant de se justifier : « Je préfère que les entreprises chinoises s’installent au Maroc plutôt que d’avoir à subir leur concurrence depuis la Chine ».

« Pour Pékin, le Maroc est perçu à la fois comme un marché, un lieu d’investissement et une plate-forme d’échanges vers l’UE en profitant des accords de libre-échange face aux barrières commerciales imposées aux produits chinois », écrit en 2013 le chercheur Rachid Rhattat dans un article universitaire consacré aux relations économiques entre les deux États. « La position géo stratégique du Maroc représente un atout majeur par rapport à l’ouverture des marchés africains pour la Chine », estime également Tarik Benouna, directeur général de MIM Consulting, un cabinet spécialisé dans les relations commerciales sino-marocaines.

Opération séduction ?

Le Maroc porte d’entrée de l’Afrique ? Pourtant, la Chine ne semble pas avoir attendu le Maroc pour s’attaquer au marché africain et même à investir sur le continent. Or, le royaume est loin d’être sa terre d’accueil préférée. Sur les 11 milliards de dollars que la Chine a investis en Afrique en 2014, seuls 160 millions ont été captés par le Maroc, d’après les chiffres que nous avait communiqué le directeur général de la CGEM Fadel Agoumi  fin 2014 . « Les investissements chinois sont nettement plus nombreux dans les pays disposant de ressources énergétiques importantes (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Soudan, Zambie) » remarque Rachid Rhattat. Au Maroc, pour le moment, la Chine a surtout participé à des chantiers d’infrastructures (tunnel, liaison ferroviaire, autoroute). Dans le monde des télécommunications, le géant des télécoms chinois Huawei est le premier fournisseur d’infrastructures de Maroc Telecom. D’après l’ambassadeur de Chine au Maroc, Sun Shuzhong, cité par la MAP, le Maroc abrite 28 sociétés chinoises. La République populaire de Chine en compte plus de 2 500 sur le continent.

Pour attirer davantage, le Maroc a pensé à créer une zone franche spécialement dédiée aux Chinois. L’idée est notamment évoquée dans un document interne du Ministère des affaires étrangères relayé par le corbeau Chris Coleman. « Suite à la visite de travail au Maroc du premier ministre chinois Wen Jiabao en juin 2012, le royaume chérifien serait disposé à octroyer à la Chine un parc industriel destiné à accueillir l’installation d’entreprises chinoises et à promouvoir les investissements chinois », écrit également Rachid Rhattat.

La Chine est le premier émetteur de touristes au monde (100 millions par an), mais le Maroc n’en attire qu’une part minime. Les ministres du Transport et du Tourisme avait promis l’ouverture d’une ligne aérienne reliant Casablanca à Pékin en 2015. Il n’en est rien. Aussi, alors que l’on parle d’une simplification de la procédure d’obtention du visa (seulement à l’aéroport par exemple) depuis plusieurs années, rien n’a été fait pour le moment. Dans une tribune publiée le 8 mai, Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération générale du Tourisme, presse d’ailleurs les officiels de faire bouger les choses.

Côté diplomatique, la République populaire de Chine est proche de l’Algérie depuis la Guerre froide. Le Maroc considère l’île de Taïwan comme une province chinoise et respecte la position de la Chine sur le Tibet. De son côté, la Chine ne reconnaît pas le Polisario. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine s’est abstenue lors du vote de la dernière résolution concernant le mandat de la Minurso.

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