Ta vie en l’air. Courir derrière l’écran

Par Fatym Layachi

Il est midi et demi. Tu t’apprêtes à rejoindre Zee pour aller déjeuner. Tu as passé une matinée tout ce qu’il y a de plus banal. Tu as travaillé un peu. Tu as répondu à des whatsapp, liké quelques photos, souhaité de joyeux anniversaires à tes contacts Facebook, forwardé des vidéos censées être trop mignonnes, tu as actualisé ton fil d’actualité Twitter à plusieurs reprises, compulsivement. Et bien évidemment, comme tous les jours, tu as aussi pensé à Lui, du coup tu as vérifié son activité sur les réseaux sociaux en tout genre. Tu as fait des captures d’écran de ses dernières publications que tu as envoyées à Zee et que tu vas commenter au déjeuner. Tu as aussi pris le temps de répondre à quelques mails pro. Bref, tu n’as pas fait grand-chose et pourtant tu te sens épuisée. Et ça fait quelques jours que tu te sens constamment épuisée. En fait, tu as surtout l’impression que tout va trop vite. Et à bien y regarder, ce n’est pas qu’une impression.

Tout va trop vite : les infos, les colères, les scoops, les indignations, les mecs… Tout s’enchaîne. Les images défilent. Entre ta boîte mail, Twitter, Facebook, Instagram, tes alertes sur ton iPhone, les tberguig de Zee et les scandales conjugaux que te raconte ta manucure, tu lis, entends et vois beaucoup d’histoires ! Sans doute un peu trop. Et puis, le moins qu’on puisse dire c’est que c’est très varié. À croire que tu t’intéresses à tout, l’écologie, le sport, le scoop, la politique, les promotions, les soirées de lancement, les prises de position courageuses et les alertes météo.

Ton téléphone s’accélère et tu as l’impression que ton rythme de vie devient effréné. Les yeux rivés sur ton écran, tu absorbes de l’info. Une femme qui s’immole, un député qui démissionne, le TGV qui est en fait la LGV, un Chef de gouvernement misogyne, une cousine en lune de miel aux Seychelles, des morts en Syrie et ailleurs, un notaire en prison, des grévistes, la voisine de ta mère qui divorce, la grippe aviaire, un sommet au Qatar, Trump qui fait peur et Obama qui a une frange… Il y a de tout et sûrement beaucoup de n’importe quoi, mais toi tu lis, tu cliques, tu partages, tu commentes. Et du coup tu as l’impression de ne jamais avoir le temps. Pourtant, tu ne fais pas grand-chose de bien important. Tu n’es pas en train de trancher sur la question des réfugiés, tu n’es au centre d’aucune négociation capitale et ton avis n’est attendu que par ta mère qui veut changer ses rideaux. Tu as l’impression de foncer tout le temps. Mais à bien y regarder, tu fais du surplace. Tu as l’impression de courir derrière le temps qui file. Le monde entier est à portée de clic, mais tu n’en vois pas grand-chose finalement. Tu as très envie de ralentir un peu. Tu ingurgites plein de choses que tu n’as eu ni le temps de mâcher ni le temps de digérer.
Bien sûr, tu n’as pas le talent, ni la poésie, pour faire en sorte que le temps suspende son envol et tu n’as pas l’envie non plus de te retirer du monde pour vivre de yoga et de jus de citron. Alors, tu vas déjà commencer par prendre le temps de regarder autre chose qu’un écran qui vibre. Prendre le temps de vivre sans commenter ce qu’il se passe autour de toi, mais juste essayer de faire en sorte qu’il se passe des choses en toi. Zee vient de te rejoindre. Ta première résolution sera de te contenter de “déjeuner” avec elle. Juste manger et parler, avec ton iPhone dans ton sac, sur silencieux. Aussi absurde que cela puisse paraître, ce ne sera pas si simple, mais tellement plus agréable.

article suivant

Le PJD s'indigne des «méthodes de calomnie et de propagande» du PAM