Ta vie en l'air. Mariage en vue

Par Fatym Layachi

Ta mère t’appelle. Une réunion familiale se tient. Un sentiment d’angoisse commence à t’envahir. C’est qu’il faut préciser que ce genre de réunion est plus anxiogène que le Conseil de sécurité de l’ONU et plus chronophage qu’un sommet de la Ligue arabe. Tu envoies des WhatsApp à Zee pour prévoir ta sortie de crise, il va falloir aller boire des verres pour oublier ce que tu t’apprêtes à vivre. La simple idée de passer du temps avec ta mère et tes tantes te donne mal à la tête. C’est fou cette capacité extraordinaire qu’ont les femmes de ta famille à parler fort et à répéter sept fois la même chose. Tu prends ton mal en patience, arbore ton sourire le plus poli. Les jus, les macarons, les thermos et autres théières sont alignés sur la table en acajou. L’après-midi sera longue, très longue.

Tes tantes, elles aussi parfaitement alignées, t’annoncent en chœur l’ordre du jour : ta cousine va se marier. Ah bon ? Contre qui ? La dernière fois que tu as eu le bonheur de suivre une de ses histoires d’amour, c’était avec un type à l’haleine aussi douteuse que l’origine de sa fortune. Tu avais assisté à une sordide parodie de telenovela sur un parking : ta cousine traitait de tous les noms le bellâtre qui a fini par démarrer en trombe dans son Hummer ostentatoire et kitsch. Mais ce n’est pas avec lui qu’elle s’apprête à convoler. Il a quitté le pays, pour la Californie ou Monaco. Mais avec qui alors ? Une chose est sûre, tout le monde à l’air de l’approuver. Ta tante est formelle, il s’agit d’un garçon très bien. Toi, tu aimerais bien comprendre concrètement ce qu’est un “garçon bien”. Ou du moins quelles sont les qualités requises, par les parents, pour mériter cette qualification. Ta mère aussi est ravie, elle connaît sa famille, il est “ould nass”. Et si elle n’identifiait pas ses aïeux, il ne serait pas le fils des gens ? Il serait le fils de personne ? Tes tantes se posent moins de questions. Elles apprécient les sucreries et les bonnes nouvelles, elles passent donc une excellente après-midi. Et puis, qui dit mariage en vue, dit de très gros travaux d’organisation pour elles. Il faut choisir une date, un traiteur, un orchestre. Faire une liste, la raturer, la refaire, ne surtout oublier personne que l’on pourrait vexer. Ce conclave féminin va passer des mois très affairés, et toi, tu dois les écouter…

La future mariée arrive, sourire aux lèvres et diamant au doigt. Elle est fiancée, elle est ravie, elle doit le montrer. Après les embrassades, les félicitations et les regards sur la bague, tu finis par poser la question qui te brûle les lèvres. Comment ça a commencé avec ce garçon très bien ? “Au premier regard, c’était le coup de foudre”. Grande consommatrice de comédies romantiques, tu ne demandes qu’à la croire. Mais tu connais ta cousine et tu sais à quel point sa notion de coup de foudre peut être relative. Et tu sais surtout qu’avant de jeter ce premier regard, elle s’était renseignée sur l’état de son compte en banque. Elle ajoute qu’il leur a suffi d’un week-end à Essaouira pour être sûrs d’eux. Forcément, entre les sublimes couchers de soleil et la douceur des vins du Val d’Argan, tout n’était que luxe, calme et volupté. Forcément, le garçon semble idéal et la fille, parfaite. Ce n’était peut-être pas la bonne personne, mais c’était le bon moment. Le moment de se marier. Tu ne sais pas si elle sera heureuse. La question n’a pas l’air de la préoccuper. Elle sait juste qu’elle a misé sur le bon cheval. Heureusement, Zee t’a répondu. Enfin une perspective joyeuse à la sortie de ces palabres. Tu vas la rejoindre, tu vas trinquer pour oublier et tenter de rêver d’amour.

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