Blocage de la VoIP: Après le boycott des pages Facebook, des retraits de Maroc Web Awards

Marocopedia, mais aussi plusieurs personnalités du web ont annoncé leur retrait d'une compétition sponsorisée par un opérateur en guise de protestation contre le blocage de la VoIP.

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Des entreprises et des personnalités du web se sont retirées  de la compétition Maroc Web Awards, sponsorisée par l’opérateur téléphonique Inwi, et ce en protestation contre le blocage de la VoIP, opéré par cet opérateur, mais aussi par ses deux autres concurrents Maroc Telecom et Méditel.

C’est « avec un grand regret que  ‪#‎Marocopedia se retire de ‪#‎MWA9 (9e édition du Maroc Web Awards) », a annoncé Marocopedia, finaliste de la catégorie « application web de l’année » de cette compétition nationale d’envergure, dont les organisateurs sont toutefois épargnés  par les critiques.

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« Le fondement de base de Marocopédia est la création d’un réseau de partage et de communication autour de la culture marocaine. Marocopédia et ses membres utilisent le VoIP pour ses travaux, et surtout pour communiquer avec les acteurs socioculturels à l’intérieur du Maroc et les Marocains résident à l’étranger », justifie le finaliste qui a qualifié de « censure » le blocage de la VoIP, technologie utilisée par des applications telles WhatsApp, Skype et Viber, et désormais bloquées aussi bien sur les réseaux 3G et 4G, que les réseaux ADSL (et donc Wi-Fi).

« Notre décision est dirigée contre le sponsor officiel, l’un des opérateurs téléphoniques qui a également  la mainmise sur l’interdiction du VoIP », ajoute encore Marocopedia.

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D’autres personnalités du web, retenues comme finalistes de la catégorie « personnalités web de l’année », à l’image de Mohamed Lahbichi, El Mustapha El Fahhah, Najib El Mokhtari et Bilal Aljaouhari ont également annoncé leur retrait. Des membres du jury comme Omar El Hiyani ont également annoncé leur désistement. Ce désengagement est une nouvelle fois motivé par la décision de blocage de la VoIP.

Contacté par Telquel.ma, Mehdi Reghai, cofondateur de l’initiative et membre du comité d’organisation affirme « ne pas en vouloir aux personnes qui se sont retirées » et que les MWA se « sont retrouvés au milieu d’une tempête » que les organisateurs gèrent à l’écriture de ces lignes.  « Nous avons décalé au 7 mars le début des votes pour donner le temps aux personnes qui se sont désistées d’officialiser par mail leur retrait », nous assure-t-il.

MWA 2016, ce sont au total 880 candidats, répartis sur 5 catégories de 75 finalistes (chiffres 2016 détaillés disponibles dans cette infographie). Un événement majeur dans la sphère des nouvelles technologies au Maroc. La solution à l’étude en ce moment consisterait au remplacement des personnes qui se sont désistées par celles qui étaient juste en dessous en termes de votes. « Mais rien n’est encore officiel », tempère une nouvelle fois Reghai.

Depuis le lancement vendredi 26 février de #OPEUnlink, hashtag sous lequel des membres de la communauté web du Maroc se sont rangés, appelant à un vaste mouvement de désengagement des pages Facebook des trois opérateurs, ces derniers ont enregistré une perte de près d’un demi-million de fans, selon les statistiques annoncées lundi après-midi par l’application mise en place par un développeur Marocain Ayoub Oudmane.

D’autres internautes ont appelé à ne pas payer les factures du mois de mars, tandis que des entrepreneurs du web ont annoncé leur intention de bloquer les publicités des trois opérateurs sur leur plateforme, en guise de protestation.

Ce mouvement de protestation virtuel a bénéficié pour la première fois de l’adhésion d’une personnalité politique. Il s’agit du député PAM Mehdi Bensaïd. « Je pense à tous ces jeunes qui ne pourront plus profiter des avancées technologiques que leur temps a permis. Dès la reprise des travaux de la Chambre des Représentants, je poserai une question orale au chef de gouvernement, qui a autorité sur l’ANRT, autour de cette question, et je joins ma voix à celles de tous les jeunes Marocains qui protestent contre cette décision », a-t-il affirmé sur sa page Facebook, rejoignant ainsi la position d’une autre formation politique, l’Union constitutionnelle qui avait également condamné le blocage de ce service au Maroc.

Contactés par Telquel.ma pour commenter cette campagne de boycott sur les réseaux sociaux, les opérateurs n’ont pas pour l’heure fait de communication officielle. Une source chez un des trois opérateurs nous confie en off l’existence de contacts « au quotidien avec l’ANRT » au sujet du blocage de la VOIP, sans pour autant annoncer le contenu de ces discussions. « Nous comprenons l’indignation des gens. Si cela ne tenait qu’à nous, nous ne souhaitons pas perdre des fans que nous avions patiemment recrutés, mais il y a une réglementation à respecter ».

Cette position rejoint celle affichée publiquement par Nadia Fassi Fihri, la PDG de l’opérateur Inwi, dans une interview à l’hebdomadaire La Vie Eco.  « Inwi est tenu de respecter les directives et les instructions de l’autorité de régulation du marché (ANRT) qui a décidé de restreindre l’accès à ces applications ». Le PDG de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune, avait pour sa part affirmé, dans des propos relayés par Medias24, « ne faire que suivre » la décision de l’ANRT qui a « jugé opportun de bloquer (…) les applications VoIP qui ne respectent pas le cadre réglementaire ».

L’ANRT avait argué par communiqué plusieurs jours après le blocage inexpliqué alors de la VoIP au Maroc du non-respect de la réglementation par les applications VoIP type Skype, Whatsapp et Viber, et a fait valoir aussi le « manque à gagner » par les opérateurs.

 

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