Zakaria Boualem et l'école en français

Par Réda Allali

Salut à vous, les amis. Zakaria Boualem a passé une semaine des plus paisibles. Il s’énerve beaucoup moins, le bougre, ça doit être l’âge. Il est plus serein, prend plus de temps pour goûter aux bons moments. Il a ainsi pu apprécier intensément cette information remarquable, qu’on peut lire dans tous les journaux: “Réforme de l’enseignement au Maroc: la stratégie étalée sur quinze ans sonne le glas de la politique d’arabisation lancée il y a trois décennies”. C’est donc une stratégie sur quinze ans qui vient annuler une politique de trente ans -ça fait donc quarante-cinq ans de tâtonnement en tout. Notre pays a le sens de la durée et de la profondeur de vue. C’est très beau de voir des gens qui réfléchissent aussi loin.

À chaque fois qu’il entend parler d’arabisation, le Boualem pense à cette phrase de l’Algérien Kateb Yacine: “Si nous sommes arabes pourquoi nous arabiser, et si nous ne sommes pas arabes, pourquoi nous arabiser?” Il pense aussi à la citation d’un inconnu qui disait que la langue était la maison de la pensée. Notre maison sera prête dans quinze ans, donc, on pourra commencer à penser. On n’ose pas imaginer ce que cet inconnu aurait pensé si on lui avait dit que le Maroc, en 2016, augmente la dose de français à l’école, renforce le rôle de l’anglais et introduit le berbère, le tout sans renier l’arabe. Il aurait sans doute été ébloui par un tel prodige. Ce spectaculaire programme sera donc réalisé sur quinze ans, soit vers 2030, année pour laquelle on prépare une belle génération d’interprètes.

Vous savez ce que le Boualem pense de cette affaire, inutile de le répéter, il n’est pas là pour se faire insulter. Il va juste se contenter de rappeler que pendant que des commissions se penchent tous les jours, et que des théoriciens glosent sur les choix stratégiques, des millions de Marocains, chaque minute, s’écrivent en darija avec des chiffres et des lettres parce qu’on refuse de normaliser ce qui devrait être notre langue. Ce n’est pas très grave, on n’est pas là pour régler les problèmes, mais juste pour se distraire un peu. Quoi de mieux, dans cette optique, que cette extraordinaire affaire Aurier pour terminer cette page sur une note guillerette? Nous parlons ici d’un footballeur professionnel, actif au PSG, qui, pour une raison connue de lui seul, s’est mis à dégommer son coach et ses coéquipiers dans une session de questions-réponses diffusée sur le web en direct via un smartphone. Il faut absolument voir cette vidéo, elle est stratosphérique. Zakaria Boualem a adoré cette histoire. L’irruption brutale de l’humain et de son insondable débilité dans un monde aseptisé et avide de contrôle est un bonheur. Parce que personne n’a encore réussi à comprendre ce qui est passé par la tête de ce brave défenseur en cette soirée funeste pour sa carrière. Il ricane, le Boualem, mais au fond il plaint cette génération qui grandit en public. Pas seulement les footballeurs, tout le monde fait tout en public. Ces tout-puissants réseaux sociaux, et ces smartphones qui ne loupent rien, c’est une abomination qui interdit la discrétion dans la crétinerie. Personne ne sait ce que le Boualem aurait fait, pendant son adolescence guercifie au début des années 1990, s’il avait été muni à l’époque d’un smartphone et d’un accès illimité au monde entier. Poussé par l’ennui, les hormones et le goût du panache, il aurait sans doute trouvé de nombreuses façons de se ridiculiser, croyez-moi. Imaginez un peu un Gascoigne aujourd’hui, avec un accès au monde entier, tout le temps, partout… Imaginez un peu les fins de soirée, en direct sur périscope ou un autre outil diabolique qui vous expose sans filtre au monde entier…

Oui, les amis, nos jeunes n’ont pas des jours faciles, en vérité.

À la semaine prochaine, et merci.

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