Trous de mémoire: Un lapsus de Hassan II

Par La Rédaction

Le 23 Mars 1965. Émeutes sanglantes à Casablanca provoquées par le renvoi massif d’élèves du secondaire jugés trop âgés. La police est rapidement débordée. L’armée entre en scène et tire dans le tas. À partir de son hélicoptère, le général Oufkir, ministre de l’Intérieur, arrose à la mitrailleuse les émeutiers. On ne compte pas les morts. Littéralement. La révolte gagne d’autres villes: Rabat, Fès…

Jusque-là, deux événements avaient marqué pour longtemps la vie politique. D’abord, “le complot de juillet 1963”, qui avait entraîné le démantèlement de l’UNFP (Union nationale des forces populaires). À l’issue du procès qui a suivi (mars 1964), dans lequel Abderrahim Bouabid dirige la défense, plusieurs condamnations à mort sont prononcées contre Fqih Mohamed Basri, Omar Benjelloun et Moumen Diouri. Mehdi Ben Barka écope de la même peine par contumace. Abderrahmane Youssoufi a droit à deux ans avec sursis. L’autre événement est la motion de censure déposée par l’UNFP au lendemain du procès. On découvre que la gauche n’a rien perdu de sa combativité. Comme les débats étaient retransmis par la télévision (une première), les orateurs ont fait sensation par leur talent et leur connaissance des dossiers. Désormais, tout le monde connaît le docteur Abdellatif Benjelloun, le professeur Mohamed Lahbabi, maître Mohamed Tber, Abdelouahed Radi…

Après la répression sauvage des émeutes du 23 mars, voici venu le temps de la politique. Hassan II gracie les condamnés à mort dans l’affaire du complot (dont la peine avait déjà été commuée en détention à perpétuité). Basri, Benjelloun et Diouri sont libérés. Ben Barka bénéficie de la même mesure. Le roi engage ensuite des pourparlers avec la gauche. En mai 1965, il reçoit au palais de Rabat Abderrahim Bouabid, Abderrahmane Youssoufi, Abdelhamid Zemmouri et Hassan Laarej. Les performances de la gauche au parlement n’ont pas échappé au monarque. Il va jusqu’à dire qu’ “ils pourraient parfaitement siéger dans mon gouvernement…” . Bouabid rétorque: “C’est le parti qui décide”. On parle de Mehdi Ben Barka. “J’ai dépêché auprès de lui le prince Moulay Ali, dit le roi, pour l’inviter à rentrer. Ils se sont rencontrés à Francfort, mais apparemment telle n’est pas son intention…”.  Youssoufi n’est pas de cet avis: “j’ai été voir récemment Mehdi à Genève. Il devait seulement honorer une obligation au Ghana et était disposé à rentrer ensuite”. Il ajoute: “Si vous le souhaitez Majesté, je suis prêt à aller le chercher à Genève.” “C’est trop tard!”, lâche Hassan II.

Près de cinq mois après, le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka est enlevé à Paris. Les différentes enquêtes menées en France ont révélé que les manœuvres d’approche diligentées par Oufkir à travers Antoine Lopez, Philippe Bernier et d’autres, ont précédé de peu la rencontre de Rabat. S’agissant de Mehdi Ben Barka, il faut croire que l’opération policière souterraine avait précédé les pourparlers politiques à découvert.

Quant au projet d’un gouvernement avec la gauche, envisagé lors de l’audience royale, il semblait un moment sur la bonne voie. En tout cas, Mehdi Ben Barka y croyait et l’acceptait sans conditions. De Genève, il avait téléphoné à Abderrahim Bouabid: “Faisons avec lui ce que nous avions fait avec son père” (allusion au cabinet de Abdellah Ibrahim composé à parité des “hommes du roi” et des personnalités de gauche). Bouabid, lui, restait circonspect et plaidait pour une révision préalable de la Constitution.

Hamid Barrada

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