Zakaria Boualem et le mécanisme national de prévention de la torture

Par Réda Allali

C’est avec un certain soulagement que Zakaria Boualem constate que 2015 touche à sa fin, les amis.

Plus que quelques semaines et nous pourrons enfin passer à autre chose, cette affaire a déjà trop duré. Il convient toutefois de garder sa dignité jusqu’au bout, c’est très important en ces jours difficiles. La première nouvelle, retentissante, est signée la MAP –what else?– qui nous annonce avec une fierté légitime que « le Maroc se penche sur la mise en place d’un projet de mécanisme national de prévention de la torture ». Il faut prendre le temps d’analyser avec soin ce titre phénoménal. Il fut un temps où le Maroc créait des commissions pour se pencher sur les problèmes qui nous accablent.

La nouvelle formulation de la MAP nous apprend qu’aujourd’hui, c’est le Maroc tout entier qui se penche, et vu la nature du problème en question, c’est inquiétant. Et donc le Maroc se penche sur quoi? La mise en place d’un projet. Ce que Zakaria Boualem comprend, c’est qu’on est en train de réfléchir à commencer, ce qui est encore plus inquiétant, en termes de délais cette fois. Mais ce n’est pas tout. En quoi consiste le projet? A mettre en place un mécanisme national de prévention de la torture. Cette fois, le mot clé est « mécanisme ». A quoi peut bien ressembler un tel mécanisme? C’est un épais mystère, les amis, un projet complexe. Ce qui explique du coup la mobilisation massive des ressources (voir point 1: le Maroc se penche) et le long travail de préparation (point 2). Nous sommes donc sur la bonne voie, contrairement à nos amis tunisiens les pauvres. Il se trouve que cette paisible contrée a déclenché une offensive contre les homosexuels. Une demi-douzaine de personnes ont été condamnées cette semaine à trois ans de prison pour homosexualité, le délit ayant été établi grâce à un test anal. On peut difficilement trouver une illustration plus précise de ce que nous appelons « dekhlane f’sahha » ou, si vous préférez, l’intrusion dans la vie privée. Il faudrait un jour que des philosophes, des sociologues et autres spécialistes de l’âme humaine nous expliquent cette fascination morbide des Arabes pour le sexe et cette énergie déployée pour sa réglementation. Inspecter le fondement d’un citoyen pour l’envoyer en taule alors que personne ne s’est plaint de rien, c’est une démarche assez surprenante, au moment où l’impression générale est que les effectifs policiers pourraient être affectés ailleurs.

Mais bon, ce n’est que l’opinion de Zakaria Boualem, après tout. Continuons à regarder ce qui se passe chez les autres, c’est un petit exercice réjouissant. Figurez-vous que la fédération camerounaise de football a diffusé une petite annonce pour le recrutement de son sélectionneur. C’est une démarche étonnante, avouez-le. On peut y lire que le sélectionneur en question peut être « camerounais ou étranger, avoir une bonne forme physique et disposer d’une bonne moralité ». On parle bien des Lions Indomptables, les amis, quatre fois champions d’Afrique… Zakaria Boualem a été un instant tenté d’envoyer son CV, mais une clause pernicieuse, placée avec traîtrise en fin d’annonce, imposait quelques diplômes. Revenons au Maroc, enfin, pour signaler cette bonne nouvelle, rapportée avec enthousiasme par le Matin du Sahara: « Propriété intellectuelle: le Maroc est un modèle pour les pays de la région ». Ce n’est pas une plaisanterie les amis. On connaît le patriotisme de ce respectable organe de presse, son abnégation lorsqu’il s’agit de nous abreuver de fierté, son acharnement à débusquer les manifestations d’enthousiasme venues de l’étranger. C’est un travail admirable, nécessaire en ces temps troublés. On pourrait toutefois avoir l’impression qu’il soit allés trop loin. On parle bien d’un pays où les chaînes nationales n’arrivent toujours pas à payer les droits d’auteur, pour une raison inconnue. Ce serait injuste parce que le titre est incomplet, il faut se pencher sur le corps du texte pour comprendre. Nous sommes, précise le journal, un modèle pour la région. Nous sommes donc les meilleurs des mauvais, les moins catastrophiques des lamentables. Réjouissons-nous, donc, et merci.

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