Park Chan Wook, les infinies nuances pour décrire la vengeance

Pour Park Chan Wook, mettre de la distance entre les scènes de violence et le spectateur est primordial.

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Le cinéaste sud-coréen Park Chan Wook au FIFM. Crédit : Yassine Toumi

A l’occasion du festival international du film de Marrakech, Telquel. ma s’est entretenu avec le cinéaste sud-coréen Park Chan-Wook. Avec une modestie sans pareille, l’un des maîtres actuelles du thriller, nous a parlé du choix de ses sujets, de sa manière de les filmer. Park Chan Wook, « qui trompe [sa] femme avec le cinéma depuis 25 ans« , est un cinéaste qui reprend tous les genres cinématographiques (thriller, comédie romantique, trame….) pour bousculer leurs trames narratives pourtant instaurées par d’autres grands cinéastes. Lui, qui dans tous ses films, depuis JSA, en passant par Old Boy, Sympathy For Mr Vengeance (dont le scénario a été écrit en 24 heures) et Sympathy For Lady Vengeance, Thirst jusqu’à Stoker, n’arrête pas de s’interroger sur le thème de la vengeance.

Vos films portent essentiellement sur la vengeance, pourquoi ce thème constant ?

La violence et la haine font partie de la réalité de la vie. Et les spectateurs aiment bien voir cela au cinéma mais pas dans la vraie vie. Nous ne pouvons pas détourner nos regards de ces choses là. Pour pouvoir décrire un monde beau et souhaiter un changement, il faut d’abord observer la nature humaine et comprendre pourquoi elle agit comme cela. C’est le devoir de tout artiste pour décrire le monde de manière objective et, par la suite, le sublimer même s’il y a toujours un côté sombre dans l’Homme.

Vos personnages qui souhaitent se venger ne sont pas fatalement mauvais. De même, vos victimes ne sont pas bons dans l’absolu. Pourquoi ce basculement dans la construction de vos personnages ?

Le monde dans lequel on vit est exactement comme cela. Les choses dans ce monde sont difficiles à évaluer. Si vous regardez de près le comportement humain, nous avons affaire à une réalité complexe et le spectateur doit réaliser cette complexité. Personne n’est simplement violent ou simplement héros. Nous ne pouvons pas catégoriser les gens de cette manière. Une personne qui fait de bonnes œuvres peut en même temps commettre des horreurs. Pour aller plus loin dans le raisonnement, une bonne oeuvre peut paraître pour des personnes quelque chose de mal et vice-versa.

Contrairement au cinéma occidental, dans le cinéma asiatique, des cinéastes comme Wong Kar Wai, Hou Hsiaou Hsien, Im Sang Soo, Kim Ki Duk et vous-même ont une manière particulière de filmer, de manière rituelle, les scènes de violence ou les scènes érotiques. A quoi cela est dû ?

Je ne peux pas parler à la place des autres réalisateurs. Pour ma part, ma manière de filmer s’inspire du quotidien auquel je prête beaucoup d’attention pour déceler les détails ( comment des gens boivent leur café ou mangent leur repas). Ces détails sont très importants et un cinéaste doit se concentrer pour bien les filmer. Quand j’ai besoin que le spectateur prête une attention particulière à ces scènes, ou comme vous dites, ce rituel, je préfère mettre de la distance entre lui et la violence. Je voudrais laisser la scène défiler et mettre le spectateur dans la position de l’observateur. Il n’a pas besoin de s’identifier au personnage violent mais doit observer de manière intelligente. Cette manière de filmer est peut-être différente du cinéma hollywoodien.

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