Zakaria Boualem. On a tous besoin de se détendre un peu

Par Réda Allali

Salut à vous, courageux lecteurs. Zakaria Boualem vous souhaite la bienvenue en cette semaine placée sans grand sens entre le ramadan et le mois huit. Il convient, en ces temps ténébreux, d’adopter un ton enjoué. Il fait beau, les vacances approchent, et on a tous besoin de se détendre un peu. Vous n’entendrez pas ici parler de cette grotesque histoire de la souris qui a déclenché une panique à la mosquée Hassan II, ni de l’exploit de ce voleur qui a dérobé une vache avant de la placer judicieusement dans une voiture avec laquelle il s’est empressé d’avoir un accident, ni même de ce classement qui place le Maroc parmi les pays les plus pauvres de la planète, à la 119e position s’il vous plaît! Tout ceci n’est pas à l’ordre du jour. Pareil, on vous épargne les habituels gémissements sur notre classement FIFA, et sur le retard de deux ans annoncé pour la mise en service du TGV. D’ailleurs, vous faites sans doute partie de ces grognons qui contestaient la pertinence de ce projet, ce retard devrait être une bonne nouvelle pour vous. Non, Zakaria Boualem préfère vous rapporter une scène qu’il a vécue il y a quelques années. Il s’agit d’un dialogue léger, divertissant et guilleret, au ton parfaitement en phase avec les objectifs annoncés de cette page. La scène se passe pendant les derniers jours du mois de ramadan, nous sommes un lundi et les Marocains se demandent si on va festoyer le lendemain ou le surlendemain. La situation classique, donc. Zakaria Boualem est au téléphone avec un fournisseur français.

–      Monsieur Boualem, donnons-nous rendez-vous demain pour une confirmation définitive, organisons une conférence-call avec les responsables du site central, je vous appelle vers 11 heures?

–      Demain, c’est peut-être férié…

–      Ah bon, comment ça peut-être?

–      Ça dépend de la lune, on le saura ce soir.

–      Ahhh, d’accord Monsieur Boualem, alors disons après-demain, mercredi, pour éviter ce doute.

–      Après-demain c’est férié.

–      Peut-être férié?

–      Non, c’est férié, c’est sûr, il n’y a pas de doute, vous avez réussi à l’éviter, bravo.

–      Bon, on dit jeudi, alors? Je peux vous appeler jeudi?

–      Jeudi, c’est peut-être férié.

–      Ah, on revient au peut-être… Ok, on va laisser ça pour la semaine prochaine

–      Vous avez raison, c’est plus sûr.

Vous vous demandez quelle est la pertinence de ce pénible dialogue? Vous souhaitez savoir où on veut en venir avec cette longue démonstration? Soyez patients, ça arrive. La semaine dernière, le Maroc Moderne a décrété le vendredi férié aux fonctionnaires et l’a fièrement annoncé en début de semaine. Autrement dit, nous avons disjoint l’organisation de notre travail des observations lunaires. C’est un progrès majeur dans la construction de notre démocratie futuriste. Les fonctionnaires ont ainsi pu organiser leurs déplacements sans attendre la possible apparition anticipée d’un improbable hilal. Il suffit que le secteur privé s’aligne sur cette décision audacieuse de l’administration et le dialogue précédent s’en ira sans plus attendre rejoindre l’oubli, juste à côté de Youki, des speakerines à épaulettes et des effroyables chewing-gum Cosmos. Voilà, c’est une bascule importante, il fallait la saluer.

Qu’importe si notre ijtihad aura fini par nous coûter une journée chômée pour rien, vu que l’Aïd le petit était bien samedi. On n’est plus à ça près, franchement, avec notre 119e position. Voilà, c’est fini, et je vous sens déçus. Cette décision administrative banale serait la manifestation d’un progrès majeur? Zakaria Boualem vous répond qu’il ne faut pas trop en demander à un pays qui est choqué par un bisou du grand patriote Rachid El Ouali, qu’on aura pourtant le plus grand mal à qualifier d’artiste subversif. C’est tout donc, et merci.

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