Zakaria Boualem et l'observatoire penché de la construction du Maroc moderne

Par Réda Allali

Bienvenue dans l’observatoire penché de la construction du Maroc Moderne, les amis. Cette semaine, Zakaria Boualem vous propose un petit tour d’horizon, basé sur une revue de presse. Dans la rigueur et l’objectivité, nous allons ensemble constater l’avancée des travaux et mesurer l’écart qui nous sépare des lumières de la gloire.

Le Matin du Sahara nous annonce avec fierté que notre ministre de l’Equipement « a proposé l’ouverture à Marrakech d’un centre de recherche sur la sécurité routière » ouvert à la coopération avec les ONG du monde entier. C’est une excellente idée, à condition que ce centre de recherche ne soit pas fixé à Marrakech. Que les experts de la planète, installés à bord de fourgons blindés, puissent déambuler dans les rues et observer de près le délire national que constitue notre conduite, cela ne peut que faire du bien au savoir universel. Et renflouer les caisses de l’Etat, puisque ce service, bien entendu, devra être payant.

Dans sa même édition, le journal patriote nous informe sans trembler qu’un ouvrier du bâtiment a décapité un centenaire et bu son sang « à grandes gorgées », le tout sur un fauteuil roulant (il avait perdu ses jambes lors d’une traversée de l’Atlas). Il y a d’autres détails, mais il vaut mieux les passer sous silence. Voilà, Zakaria Boualem a trop souvent raillé les écrits de ce journal pour ne pas saluer, aujourd’hui, la grande rigueur et la passion du détail qui l’animent. Respect.

Enfin, toujours dans le même journal, il faut signaler une excellente initiative sous forme de concours de photos intitulé « Vous aimez votre ville, montrez-la »Zakaria Boualem voudrait saluer cet encouragement à l’amour de l’art, et inviter en même temps les participants au respect rigoureux du règlement. Ne vous trompez pas les amis. Parce que si vous aimez votre copine, par exemple, et que vous la montrez en photo, vous risquez de finir en prison.

L’économiste, dans son édito de première page consacré à la couverture des soins de santé, pose cette douloureuse question métaphysique : « Pourquoi est-ce si difficile au Maroc d’agir efficacement ? » Zakaria Boualem n’a bien entendu pas le moindre début de réponse, mais il souhaitait diffuser la question, il faut qu’on réfléchisse ensemble à ce truc. Le joyau de la presse économique annonce en pages intérieures que, du côté de Sidi Ifni, on extrait l’eau du brouillard. C’est une information prodigieuse. On attend la suite, à savoir la rentabilisation des ténèbres, dont nous disposons en quantités abondantes et de bonne qualité.

La presse, dans sa totalité, dévoile enfin les chiffres du recensement. Nous sommes, figurez-vous, 99,96%, c’est prodigieux ! Pardon, c’est une erreur, Zakaria Boualem s’est emmêlé les pinceaux. Voici le vrai chiffre :  33,8 millions. C’est peu. Le Marocain se reproduit avec parcimonie, il est même bien possible qu’il s’agisse d’une espèce en voie d’extinction. Il faut dire que le Maroc Moderne, dans sa grande créativité, a mis en place un système de contraception des plus efficaces : l’école privée. En détruisant notre éducation nationale et en forçant les Marocains à mettre la main à la poche pour sauver leur progéniture, nos dirigeants ont considérablement refroidi leur libido. Il suffit que la terrifiante idée de devoir régler une quinzaine d’années de traites d’école vous traverse l’esprit au moment de l’acte conjugal et vous serez pris de panique, vérifiant avec votre moitié le niveau de fiabilité de vos méthodes contraceptives avant de poursuivre, si vous en avez encore le courage. Une famille nombreuse est un suicide économique, voilà ce qui explique ce 33,8 millions un peu ridicule, pour un pays qui nous avait habitués à plus de panache. 99,6% par exemple.

C’est tout pour cette semaine, restez souples sur vos appuis, la marche est encore longue. Et merci.

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