20-Février: une occasion manquée

Par Abdellah Tourabi

Comme à chaque anniversaire, on ressasse les souvenirs, on regarde les vieilles photos pour savoir si on a changé ou pas, et on refait le bilan du temps qui nous file entre les doigts. On regrette certains de nos actes et on s’enorgueillit d’autres. Et en ce quatrième anniversaire du Mouvement du 20-Février, les sentiments des militants et des sympathisants de ce front de protestation ne doivent pas être différents. Chez les jeunes et moins jeunes, qui ont pris part aux marches initiées par le mouvement, le bilan oscille entre la fierté et la déception, la frustration de ne pas avoir tout fait et accompli, et la satisfaction d’avoir écrit une page lumineuse de l’histoire du pays. Grâce à eux et à leur audace, le Maroc ne ressemblera jamais plus à celui d’avant.

Malgré leur naïveté, leur spontanéité et leur peu d’expérience politique, ils ont pu réaliser en quelques mois ce que des bataillons de politiciens n’ont pas réussi à obtenir en des dizaines d’années. Leur action a accéléré l’histoire et provoqué des réformes dont le royaume avait besoin. Mais le plus grand apport de ce mouvement est d’avoir brisé le mur de la peur, de l’autocensure et de l’inhibition qui s’érigeait entre les Marocains et leur liberté. L’héritage des années de plomb, de l’autoritarisme et de cycles de répression a façonné des individus frileux, apolitiques et méfiants à l’égard de toute forme d’engagement citoyen. L’élan de liberté insufflé par les jeunes militants du M20 a changé la donne et apporté de l’espoir là où il n’y avait qu’abattement et désolation.

L’hommage rendu aux membres de ce mouvement ne s’apparente pas à un éloge funèbre ou une nostalgie larmoyante, mais plutôt à un constat. C’est ainsi que l’on peut remarquer que les Marocains ont plongé de nouveau dans l’indifférence et la résignation. Plus rien ne les passionne dans la vie politique et tout le monde préfère vaquer à ses petites occupations personnelles plutôt que de porter un minimum d’intérêt aux affaires publiques. Tout semble fonctionner en pilotage automatique, et l’argument de la stabilité du pays, en comparaison avec les autres Etats de la région, arrange tout le monde.

Et c’est là que l’apparition d’une force pleine de vitalité, comme le Mouvement du 20-Février, semble être nécessaire. Une force qui réveille le royaume de son apathie et secoue les esprits et les consciences. Il est triste d’observer que les partis politiques n’ont pas pu séduire les milliers de jeunes qui ont pris part aux manifestations du 20-Février, et injecter ainsi un sang neuf dans leurs rangs. Une énergie, porteuse de valeurs et d’espoir, dont le Maroc a plus que besoin.

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