Limogeage de Chafik Chraïbi: la décision est-elle politique?

Le ministre de la Santé justifie la destitution du médecin militant contre les avortements clandestins par la décision d’une commission indépendante. En réalité, l’avis de celle-ci n’est que consultatif.

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Crédit : AFP/TelQuel

Encore un rebondissement dans ce qui est devenu « l’affaire Chafik Chraïbi ». Le médecin a été démis de ses fonctions fin janvier. Cette décision fait suite à un reportage sur l’avortement réalisé dans son service pour l’émission Envoyé spécial et diffusé sur la chaîne France 2 en décembre 2014. Le ministère de la Santé s’est justifié publiquement le 11 février.

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Interrogé par l’AFP, le ministre de la Santé Houcine El Ouardi a expliqué que la décision de démettre le gynécologue de ses fonctions de chef de service émanait « d’une commission scientifique indépendante ». Une affirmation à nuancer puisque, contacté par Telquel.ma, le professeur Adnaoui, doyen de la faculté de médecine et président de cette fameuse commission scientifique, nous explique que l’avis de cette dernière est « purement consultatif ». Problème : cet avis reste secret. Le professeur Adnaoui indique cependant que cette commission statue sur les compétences pédagogiques des médecins et que : « nous n’avons pas demandé qu’il ne soit plus professeur ». Il nous rappelle cependant que, suite à l’avis de la commission,  « le directeur du CHU fait une proposition au ministre, qui décide ensuite ».

« Je suis moi-même très favorable à la lutte contre l’avortement clandestin »

« C’est une sanction logique prise pour des considérations éthiques », a affirmé Houcine El Ouardi, avançant notamment que des personnes avaient été « filmées sans leur consentement écrit ». Chafik Chraïbi nous éclaircit en expliquant qu’on reproche aux journalistes d’avoir filmé une patiente en train d’accoucher à son insu et d’avoir interrogé une médecin par téléphone alors qu’elle n’était pas au courant qu’elle était enregistrée. « On a demandé son autorisation à cette femme et il n’y a eu d’ailleurs aucune plainte de sa part », nous assure le professeur Chraïbi, qui ajoute que concernant la médecin du service de réanimation, là aussi : « la journaliste l’avait prévenue que l’entretien téléphonique était enregistré».

« France 2 avait l’autorisation du ministère de la Communication et du ministère de la Justice », nous explique le gynécologue. Et de nous raconter : «  Nous avons filmé ce reportage à la vue de tous, les journalistes sont restés quinze jours sur place. Si vraiment cela dérangeait l’hôpital, il n’avait qu’à les arrêter et m’envoyer un courrier. J’aurais arrêté, je ne suis pas là pour abuser de la loi. »

Le service communication du ministère évoque aussi des « déclarations » du docteur Chraïbi. Pour ce dernier, il s’agit de sa déclaration sur les 800 avortements clandestins qui auraient lieu chaque jour au Maroc. Il précise que « la journaliste s’est basée sur une petite étude que nous avons réalisée mais le ministère n’a qu’à me donner la preuve du contraire ».

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Enfin, le ministre assure qu’il ne s’agit pas d’une décision politique. « Il ne s’agit pas de pénaliser des gens pour leurs idées. Je suis moi-même très favorable à la lutte contre l’avortement clandestin et souhaite ouvrir un débat » sur la question, a-t-il ajouté.

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Une page Facebook de soutien à Chafik Chraïbi a été mise en place. Elle compte déjà plus de 12 000 « j’aime ».

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