L’kora, sans pitié

Par Réda Allali

Si on vous disait qu’il y a un pays africain dont la fédération de football est à l’arrêt depuis des mois, qui a loupé la dernière date FIFA et qui a nommé un sélectionneur en catastrophe pour un seul match, histoire de ne pas en louper une nouvelle. Ce sélectionneur, c’est le treizième en dix ans… Un pays dont la sélection joue devant des tribunes vides, des matchs insipides, qui ne s’est qualifié pour aucune Coupe du Monde depuis 1998 et qui n’a pas passé le premier tour d’une CAN en 10 ans…Vous imaginez un pays en proie à une guerre civile ou deux, qui n’a pas la tête au football. Ce pays, c’est le nôtre.
Dans ces conditions, pourquoi s’intéresser au football ? Parce que le Maroc vibre pour le ballon, et que notre football a changé. Celui des années 1980 était entre les mains des hommes forts de l’Etat : Housni Benslimane à la fédération, Mohamed Mediouri à Marrakech, Driss Basri à Settat, Ahmed Dlimi à Sidi Kacem… Des hommes puissants et
silencieux, aux décisions sans appel. Ils ont disparu, laissant la place à une nouvelle génération. Des businessmen à visage humain, sans autre pouvoir que celui de l’argent. Ils s’expriment, prennent des décisions, elles-mêmes commentées à l’infini, sans complexes, sur les réseaux sociaux et les nombreux médias électroniques consacrés
au foot. Le royaume du silence a laissé la place à l’empire du verbe.
Les supporters se sont organisés, leur nature s’est, elle aussi, profondément modifiée. Fini les familles gentiment entassées dans les tribunes pour une
sortie du dimanche. Aujourd’hui, les groupes d’Ultras donnent de la voix dans les virages, allument des fumigènes et brandissent des tifos, ils se considèrent comme un contre-pouvoir. Ils sont la voix des quartiers populaires. Le football a conquis sa liberté d’expression.
Tout ce monde produit une masse extraordinaire de décisions, de commentaires, d’absurdités, d’échecs, eh oui, parfois, de gloire aussi… Parce que cette masse d’information est fascinante, qu’elle résume le Maroc d’aujourd’hui, TelQuel vous donne rendez-vous chaque mois pour une virée dans notre football.
On vous promet des présidents flamboyants, des héros capillaires, des arbitres déconcertants, des poètes de tribunes… Vous aurez des filous et des braves, des menteurs à la face dure et des naïfs un peu perdus, des dribbleurs et des simulateurs, des buteurs et des escrocs. De l’humour, de la passion, du délire, des ténèbres et de la lumière, de la violence et du racisme. On vous promet une plongée dans ce monde qui n’a bien sûr plus aucun rapport avec le sport, une plongée dans un phénomène de société.
Bonne lecture.

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