Tendance. Souviens-toi l’été dernier

Par Oussama Meziaty

Chaque année, de plus en plus d’enfants passent leurs vacances en “colo”. Zoom sur une expérience humaine aussi enrichissante qu’émouvante.

 

Dimanche 15 juillet. Il est 15h30 lorsque nous arrivons au camping de Tamaris, situé en bord de mer, à 20 km de la métropole casablancaise. L’heure est à la sieste : les plus jeunes se reposent sous des tentes clairsemées le long d’une allée ombragée, en attendant l’heure du goûter. Un peu plus loin, à proximité du terrain de foot, un groupe de scouts, les Kachaf Al Atlas, répète une pièce de théâtre en prévision du spectacle du soir, sous les yeux de quelques parents émus. Les pères et mères des enfants originaires de Casablanca ont même fait le déplacement pour assister à la représentation. Les bambins, séparés des leurs depuis plusieurs jours, ne cachent pas leur joie. “Les trois premiers jours en colonie sont très durs à vivre, un véritable calvaire aussi bien pour les enfants que pour le personnel. Même si avec les téléphones portables, les choses se sont améliorées, nous confie Samir El Figha, moniteur en charge des Kachaf Al Atlas. Mais après quelque temps, ils se font des copains, prennent goût aux activités, s’amusent et… ne veulent plus repartir !” D’autant que la vie en colo est loin d’être triste.

 

Gai, gai, l’écolier…

Véritable bouffée d’oxygène, en particulier pour les enfants d’origine modeste, les colonies de vacances ont le vent en poupe. Et pour les parents, elles représentent une excellente manière d’occuper leur progéniture, puisque les activités qui y sont pratiquées permettent aux petits de développer des qualités telles que l’autonomie, la débrouillardise, la discipline, l’esprit d’équipe… Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le programme est chargé. D’ailleurs, les journées sont réglées comme du papier à musique. Le matin : réveil à 7h, toilette, un peu de sport, récitation de l’hymne national, levée du drapeau puis petit-déjeuner. Ensuite, à partir de 9h, les moniteurs font faire des travaux d’intérêt général aux enfants, pour renforcer leur civisme et leur sens des responsabilités : nettoyage du camping, rangement des casiers et des lits, décoration parfois des espaces communs, etc. A 11h, direction la plage pour des activités plus ludiques, alternant jeux et baignades. L’après-midi, après le déjeuner, les bambins font la sieste, avant d’enchaîner avec de nouvelles occupations vers 17h, après le goûter. “Chaque enfant arrive ici avec un vécu et des habitudes différentes. A nous de nous montrer créatifs dans ce que nous leur proposons, afin de faire naître l’esprit de cohésion et d’entraide nécessaires au bon déroulement de leur séjour”, nous explique Samir El Figha. Ce dimanche, les moniteurs des 4 associations présentes sur le camping  ont organisé un grand atelier commun sur les droits de l’enfant. Puis, l’heure est à la détente, avec une représentation drôle et inattendue sur le même thème. Vers 22h30, la journée se termine enfin. Extinction des feux.

 

Le ciel, les oiseaux et ma mère

Situé sur un terrain boisé d’une superficie de 4 hectares, le camping de Tamaris peut accueillir jusqu’à 600 personnes, dont une centaine de moniteurs et de cadres pédagogiques. Chaque année, 4 à 5 grandes périodes (“séjours” dans le jargon) y sont programmés par le ministère de la Jeunesse et des Sports, entre début juillet et fin août, et durent chacune en moyenne 15 jours. Cette année, le camping accueille des enfants âgés entre 8 et 14 ans, venus des 4 coins du Maroc : si certains arrivent de la région de Casablanca ou de Youssoufia, d’autres par contre débarquent tout droit d’Agdez, près de Zagora. Une expérience humaine unique, surtout pour ceux qui ne se sont jamais séparés de leurs parents. “Les gamins qui viennent en colo pour la 1ère  fois sont souvent difficiles à gérer. En ce moment par exemple, l’un d’entre eux ne cesse de pleurer la nuit et de réclamer sa mère. Mais celle-ci souhaite qu’il reste, elle espère qu’il va finir par s’adapter”, explique Khadija, monitrice originaire d’Agdz. Par contre, d’autres enfants sont des habitués, des oulad el moukhayyam (fils du camping) pur jus. D’autres encore prennent goût aux vacances en colo très rapidement. A l’instar de Mohamed, 10 ans, qui vient de la région aride d’Agdz. Pour ce jeune garçon, c’est certes la première fois qu’il coupe le cordon avec sa famille, mais c’est surtout la première fois qu’il voit la mer. “Je n’ai pas de mots pour décrire mon sentiment quand j’ai découvert l’Atlantique. C’était exceptionnel. Je ne m’étais jamais baigné jusque-là dans l’océan, je ne connaissais que la piscine ou l’oued. C’est un moment inoubliable, qui restera gravé pour toujours dans ma mémoire”, nous raconte-t-il, les yeux brillants et le sourire éclatant. Tout comme plusieurs enfants de sa région, il a bénéficié d’un programme social financé par une coopérative minière locale. Quant aux enfants issus de Casablanca et des alentours, pour leur séjour en colo, leurs parents ont payé une participation comprise entre 200 et 300 dirhams. Une aubaine pour les familles à faibles revenus.

 

Moukhayyam addicts

Et pour veiller sur tout ce petit monde, une vaste équipe de moniteurs et de monitrices aguerris sont sur le pont. Bénévoles pour la plupart, ils doivent justifier au minimum du baccalauréat et avoir suivi des stages de formation organisés par le ministère de la Jeunesse et des Sports dans différentes régions du royaume chaque année au printemps. Et dans le lot, on trouve des profils très différents : étudiants, médecins, avocats, enseignants… Mais tous partagent la même prédilection pour le travail avec les enfants. Et, surtout, ils ont en commun d’avoir attrapé le virus de la colo très jeunes. “Généralement, ils ont commencé à fréquenter les colonies de vacances lorsqu’ils étaient enfants et, une fois adultes, continuent de venir en tant que moniteurs”, raconte Samira, 22 ans, qui entame sa 14ème année de camping. Cette diplômée en sociologie —dont les frères sont également moniteurs et de grands mordus de la colo— est même devenue une sorte d’icône des activités extrascolaires dans sa région, Ouarzazate, et ne manque aucune saison. D’autant que la plupart de ses collègues sont désormais des amis. Le soir, quand les enfants sont couchés, ils se réunissent pour papoter, rire ou jouer aux cartes. Tout en restant aux aguets, au cas où un des petits aurait besoin d’eux. “Il faut toujours garder un œil sur les enfants, il y en a qui peuvent être malades la nuit, ou simplement anxieux, faire des cauchemars… J’ai même eu un cas d’enfant somnambule, qui quittait chaque nuit le chalet où il dormait”, souligne de son côté Samir El Figha. Mais, souvent, il y a bien plus de peur que de mal et les choses rentrent rapidement dans l’ordre. D’ailleurs, les séjours en colo se passent si bien que les adeptes de ce type de séjour aimeraient souvent qu’ils ne s’arrêtent jamais…

 

Vacances pour tous. Combien ça coûte ?

Pas moins de 160 000 enfants et adolescents vont bénéficier cette année du programme “Vacances pour tous”, initié par le ministère de la Jeunesse et des Sports et qui couvre 113 zones, dont 64 campings dits urbains (sortes de centres de loisirs où les bambins passent la journée et rentrent chez eux la nuit). Pour financer cette vaste opération, le ministère a débloqué cette année 160 millions de dirhams, avec un budget nourriture par personne qui a été fixé à 25 dirhams pour les enfants âgés entre 8 et 14 ans, 35 dirhams pour les ados entre 15 et 17 ans, et 40 dirhams pour les jeunes de 18 à 30 ans.

Les principaux organismes bénéficiaires (173) du programme de cette saison sont principalement des associations nationales et locales travaillant auprès des enfants et des jeunes, des groupes de scouts, ainsi que les jeunesses des partis politiques.

 

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