Chaud devant

Par Karim Boukhari

Une association marocaine a demandé, cette semaine, l’abrogation d’une loi interdisant les rapports sexuels hors mariage. Les quoi ?

Les rapports hors mariage ! Je suis convaincu que certains parmi vos enfants, proches ou jeunes amis, auront du mal à le croire. Quoi, il est toujours interdit, au Maroc, dans le monde d’aujourd’hui, d’avoir des relations sexuelles entre adultes consentants ? Eh bien oui. Avec le Code pénal marocain, le ridicule ne tue point. Un tribunal peut vous envoyer séjourner en prison, une année durant, pour avoir consenti des relations sexuelles hors mariage.

Donc un couple en concubinage risque à tout moment de se retrouver en prison, pour peu qu’il soit dénoncé, que l’acte sexuel soit prouvé ou que les deux adultes concernés passent aux “aveux”. Parce que faire l’amour sans être marié est un crime. Un vieux célibataire ou une femme seule qui respectent la loi sont des individus sans vie sexuelle. Ils ne peuvent y prétendre. C’est un privilège réservé aux mariés. Le sexe, pour ainsi dire, commence avec le mariage, pas avant, ni après. Il ne peut lier que deux personnes mariées l’une à l’autre. La notion d’adulte n’a pas beaucoup de sens, et un adulte ne l’est vraiment que marié, pas autrement, pas avant, ni après. En fait, si on pousse jusqu’au bout la “logique” du législateur, le sexe n’existe pas tout à fait, il n’est pas “reconnu”, et l’activité sexuelle est seulement procréative. Quant au mariage, il n’est qu’une clé qui ouvre sur le sexe. Vous voulez avoir une vie sexuelle ? Mariez-vous ! Parce que sans mariage, point de sexe. Mais qui peut encore croire cela ?

Il est donc tout à fait normal qu’une association qui défend les droits humains (AMDH) se réveille, enfin, pour exiger la suppression de cette loi archaïque droit sortie des premiers temps de la révélation de l’islam. Il était temps. C’est logique et c’est heureux. L’AMDH s’est longtemps enfermée dans la seule défense des droits politiques de l’individu (ce qu’elle fait très bien, du reste), comme si l’ensemble des droits humains pouvait être réduit à cela. Les libertés individuelles semblaient exclure le droit de la personne à disposer de son corps et à décider librement de sa sexualité. Ce n’était pas juste. La sortie de l’AMDH répare une anomalie et arrime l’association à son temps, le nôtre, celui du Maroc du 21ème siècle, qui essaie de remettre l’individu au cœur de ses préoccupations.

Je vois d’ici les ayatollahs crier au scandale. Des éminences grises à l’esprit pierreux ont déjà fustigé l’ONG, l’accusant de détruire les valeurs familiales et de porter atteinte, carrément, à l’identité arabo-musulmane. Parce que les arabo-musulmans n’ont aucune vie sexuelle ? Ce sont des Martiens qui peuvent prétendre à l’équilibre personnel en sacrifiant toute activité sexuelle ?

En réalité, l’appel de l’association marocaine n’est pas une incitation à la débauche mais à ouvrir les yeux. Les Marocains ont une activité sexuelle non liée au mariage. Cela n’enlève rien à leur marocanité, ni à leur identité. Au contraire, cela fait d’eux juste des individus, des êtres humains qui ressemblent à tous les êtres humains.

En 2012, il y a encore des gens pour croire que le corps n’existe pas, que l’amour est seulement consenti à Dieu, à ses parents et à ses enfants, que le sexe équivaut à débauche et prostitution, que le citoyen modèle est un être asexué. Et que remettre en cause tout cela, et exiger de rétablir les droits de l’individu, est un moyen de faire diversion au moment, bien entendu, où les Marocains ont des problèmes “plus importants”. Non mais ! 

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